Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

ACEUM: les négociations se poursuivront au-delà de l'échéance de renouvellement

durée 04h00
1 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

WASHINGTON — Des représentants du Canada, du Mexique et des États-Unis doivent se réunir virtuellement mercredi pour discuter de l'Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique — et tout porte à croire que l'administration Trump ne donnera pas son accord pour une prolongation de 16 ans.

Mercredi est la date limite à laquelle les trois partenaires de cet accord commercial, mieux connu sous le nom d’ACEUM, doivent indiquer s’ils souhaitent le renouveler.

Même si les États-Unis devraient dépasser cette date butoir sans renouveler l’accord, celui-ci restera en vigueur et fera l’objet de révisions annuelles renouvelables pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans — date à laquelle il expirera si aucune prolongation n’est convenue.

Carlo Dade, directeur de la politique internationale et de l’initiative «New North America» à l’École de politique publique de l’université de Calgary, a déclaré que le non-respect de cette date butoir n’avait pas beaucoup d’incidence sur l’avenir de l’ACEUM «tant qu’un travail constructif et un dialogue sont en cours».

«Je pense que le marché s’adapte à une nouvelle normalité marquée par l’incertitude vis-à-vis des États-Unis, a expliqué M. Dade dans un courriel. Cela dit, la prise de conscience de cette réalité implique également une meilleure prise de conscience des coûts.»

L’ACEUM a été négocié sous la première administration Trump pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ces négociations, parfois tumultueuses, ont constitué un premier test de l’approche d’Ottawa vis-à-vis de l’administration Trump, mais les trois pays ont finalement salué cet accord comme un succès.

Mais le président Donald Trump n’a cessé de semer le doute sur l’avenir de l’ACEUM depuis son retour à la Maison-Blanche et son engagement dans une vaste campagne de droits de douane. Il a qualifié l’accord d’«obsolète» et a mentionné qu’il avait peut-être fait son temps.

L’ACEUM reste en vigueur à moins qu’un des pays partenaires ne notifie son retrait avec un préavis de six mois. Le Canada et le Mexique ont tous deux indiqué qu’ils souhaitaient maintenir l’accord en vigueur.

Les négociations commerciales entre le Mexique et les États-Unis ont débuté, mais Ottawa et Washington n’ont pas encore entamé de pourparlers officiels.

Anticiper le chaos

Le premier ministre Mark Carney a indiqué mardi qu’il ne s’attendait pas à des «rebondissements» lors de la réunion de cette semaine sur l’avenir de l’ACEUM.

Andrew Hale, chercheur à Advancing American Freedom — un groupe de défense conservateur fondé par l’ancien vice-président américain Mike Pence —, a déclaré que l’ACEUM constituait une réalisation majeure de la première administration Trump et a rendu hommage à l’ancien représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, pour avoir respecté la loi tout en se montrant un négociateur intransigeant.

Les mesures commerciales de M. Trump sèment désormais le «chaos» et de nombreux membres de l’administration «ne comprennent pas le Canada», a déclaré M. Hale.

«Ils sont tellement imprévisibles et c’est tellement chaotique. Si je savais quelle était leur stratégie, je pourrais faire fortune. C’est comme si on me demandait si j’avais une boule de cristal.»

Les négociations commerciales se poursuivront, mais cette incertitude décourage les investissements à long terme en raison de la forte intégration entre les trois pays, a ajouté M. Hale. Selon lui, si les négociations s’éternisent, cela pourrait nuire à la compétitivité mondiale de l’Amérique du Nord.

Les consultations annuelles pourraient également entraîner une recrudescence des tensions commerciales, a averti M. Hale, car elles «ne se déroulent généralement jamais en bonne entente avec l’administration Trump».

«Chaque fois qu’elles mènent ces négociations, elles poussent les gens au bord du précipice», a-t-il souligné.

Quant à M. Dade, il a indiqué que certains membres de l’administration Trump avaient laissé entendre que les États-Unis accordaient toujours de l’importance à cet accord commercial.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a déclaré que certains «piliers» de l’accord commercial continental fonctionnaient bien. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le conseiller principal de Donald Trump, Peter Navarro, se sont montrés beaucoup plus critiques.

«Trump négocie en public; nous devons donc prendre ses propos avec beaucoup de recul, quitte à les ignorer, et les considérer comme un moyen pour lui de se procurer un levier de négociation», a expliqué M. Dade.

Ce dernier a reconnu que le fait de faire traîner le processus de révision pourrait poser problème à l’administration Trump si cela freinait les investissements.

Les sondages montrent également un soutien public soutenu en faveur de l’accord des deux côtés de la frontière.

Un récent sondage réalisé pour la New North America Initiative par Ipsos Public Affairs et Nanos Research a révélé que seuls 8% des Américains considéraient le Canada comme un défi économique majeur. La plupart des Canadiens — 77% — ont déclaré considérer les États-Unis comme un défi économique.

Une majorité des deux côtés de la frontière s’est prononcée en faveur de la coopération économique bilatérale, 88 % des Canadiens et 56 % des Américains soutenant l’accord de libre-échange trilatéral.

Ipsos Public Affairs a interrogé 1022 adultes aux États-Unis du 27 au 29 mars, puis 1022 autres adultes aux États-Unis du 24 au 26 avril. Nanos Research a interrogé 1047 adultes au Canada du 31 mars au 3 avril, puis 1039 autres adultes du 25 au 27 avril, par téléphone et en ligne.

Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne