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Améliorer les pratiques de déprescription de médicaments chez les aînés

durée 04h30
7 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Au Canada, environ le quart des personnes âgées prend chaque année des médicaments d'au moins dix prescriptions différentes. Le phénomène de la polypharmacie est bien documenté et on observe une tendance à la hausse chez les aînés. Or, la déprescription de médicaments pose plusieurs défis, soulève une récente étude de l’Association canadienne de protection médicale (ACPM).

Une personne qui prend dix médicaments ou plus aura un risque d’interactions médicamenteuses huit fois plus élevé que chez quelqu’un qui prend deux médicaments sur ordonnance, rappelle l'ACPM.

Avec les avancées de la science, les gens sont capables de vivre de plus en plus longtemps avec une maladie chronique, souligne le Dr Armand Aalamian, directeur administratif des Soins médicaux sécuritaires et Équité, diversité et inclusion à l'ACPM. Le vieillissement de la population fait aussi en sorte que les aînés prennent plusieurs médicaments pour traiter différentes conditions de santé liées à l'âge.

Mais avant d'en arriver à déprescrire, comment se fait-il que le patient se retrouve avec autant de prescriptions? Selon le Dr Aalamian, on a une culture du médicament, pas seulement au Canada, mais mondialement.

«Quand on va chez le médecin, souvent on a quelque chose qui a besoin d'être géré et soigné. À ce moment-là, on a un réflexe de partir avec quelque chose en main. Et c'est contre-intuitif de dire qu'on va arrêter quelque chose. Il y a un questionnement de la part des patients: ''pourquoi vous l'arrêtez?''».

Les médicaments les plus souvent arrêtés

L'étude avait pour objectif d'identifier des moyens d’améliorer les pratiques de déprescription chez les personnes âgées. Au total, 31 dossiers médico-légaux de déprescription concernant des aînés de 65 ans et plus ont été analysés. De ce nombre, 27 avaient des plaintes auprès des autorités réglementaires médicales et quatre auprès des affaires civiles. Quinze cas comportaient des critiques d'experts concernant la déprescription d'au moins un médicament.

«Même si on fait toutes les bonnes choses, on peut avoir une plainte», reconnaît le Dr Aalamian. L'une des raisons est que les médicaments les plus fréquemment arrêtés sont les analgésiques et les benzodiazépines. De plus, les affections les plus souvent traitées sont la douleur, les troubles de l’humeur et les troubles anxieux.

«Ce sont souvent des gens qui ont des douleurs, des problèmes de santé mentale. Il faut que les problèmes soient gérés, mais des fois, il y a un problème de dépendance aussi. Et ce n'est pas facile de laisser aller des dépendances», soutient le Dr Aalamian.

Il ajoute que les opioïdes sont souvent impliqués dans les problèmes de déprescription. «C'est important qu'on évalue chaque médicament, pour être sûr qu'il est bien indiqué et voir si la continuité des médicaments s'impose pour le bien-être des patients. Et des fois, on doit regarder la recette et toutes les listes de médicaments qui sont là pour être certains qu'il faut qu'on continue avec», dit-il.

La communication avec le patient

Les plaintes surviennent également lorsque les patients ne sont pas d'accord avec le jugement du médecin d'arrêter un médicament. Le Dr Aalamian souligne que la communication est un élément essentiel pour bien déprescrire.

«C'est très important qu'on ait un raisonnement bien éclairé et qu'il soit bien discuté avec le patient. Au-delà de l'importance de la communication avec le patient, il faut être certain qu'on a un plan d'action, qu'on a un bon raisonnement bien expliqué et qu'il y ait un accord entre le patient et le médecin», dit-il.

Il y a par ailleurs souvent des enjeux de partage d'informations entre les différents professionnels de la santé. «Des fois il y a plusieurs intervenants qui sont impliqués dans le soin des patients et il y a des défis avec les dossiers médicaux. Ils ne sont pas nécessairement tous à la même place», rapporte Dr Aalamian.

Pour lui, les étapes de la déprescription ne sont pas compliquées, mais il faut prendre le temps de bien les faire. L'ACPM a mis en place des outils pour aider les médecins à avoir des balises à suivre en termes de déprescription.

Il faut bien sûr connaître le dossier du patient et la relation entre ses maladies et ses médicaments. Puis, si un médicament n'est plus nécessaire, ou si les bénéfices sont moins grands que les effets secondaires par exemple, on diminue la dose graduellement.

Le médecin doit aussi s'assurer qu'il y a un suivi médical, assuré par lui-même ou un autre professionnel. Le raisonnement du médecin doit être bien documenté dans le dossier du patient pour que les autres professionnels puissent suivre la démarche.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne