Carney reste discret sur les retombées des propos de Michael Ma concernant la Chine

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney n'a pas répondu directement lundi lorsqu'on lui a demandé si le député libéral Michael Ma allait subir des conséquences pour ses récentes déclarations sur le travail forcé en Chine, et a éludé les questions concernant son opinion sur les pratiques de travail en Chine.
M. Carney a indiqué que M. Ma s'était excusé et qu'il restait membre du caucus libéral. Il n'a pas précisé si M. Ma devait toujours coanimer une soirée de collecte de fonds libérale lundi soir à Markham, en Ontario, lors de laquelle le premier ministre devait prendre la parole.
M. Carney se trouvait à Toronto pour faire une annonce sur le logement aux côtés du premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, et de la mairesse de Toronto, Olivia Chow, où il a dû répondre pour la première fois à plusieurs questions concernant les propos tenus par M. Ma lors d'une audience d'une commission de la Chambre des communes jeudi.
Le comité discutait de la décision d'assouplir les restrictions canadiennes sur les véhicules électriques chinois, lorsque M. Ma a semblé mettre en doute les informations faisant état de travail forcé en Chine.
Il s'est ensuite excusé et a déclaré qu'il s'était renseigné sur le travail forcé à Shenzhen, où se concentre la majeure partie de la production chinoise de véhicules électriques, et non au Xinjiang, où le gouvernement chinois est accusé de violations généralisées des droits des Ouïghours.
Les propos de M. Ma s'adressaient à Margaret McCuaig-Johnston, chercheuse principale à l'Université d'Ottawa, qui avait mentionné à la commission que les véhicules chinois étaient fabriqués à partir de produits issus du travail forcé effectué par des membres de la minorité ouïghoure.
Au cours de la réunion, M. Ma a demandé à Mme McCuaig-Johnston si elle avait personnellement été témoin de travail forcé à Shenzhen.
«M. Ma s'est excusé pour ses propos, comme il se devait. Il a reconnu la gravité de la situation dans ces excuses», a souligné M. Carney.
Il a également indiqué que M. Ma «s'était excusé directement auprès de Mme McCuaig-Johnston».
Un porte-parole du cabinet du premier ministre a précisé par la suite à La Presse Canadienne que M. Carney faisait référence à la déclaration d’excuses de M. Ma, publiée sur ses médias sociaux, dans laquelle il s’adressait à Mme McCuaig-Johnston.
Jointe par téléphone lundi, Mme McCuaig-Johnston a indiqué à La Presse Canadienne qu’elle n’avait pas reçu d’excuses directement de M. Ma, précisant qu’elle lui avait remis sa carte de visite.
Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce Canada-États-Unis, a mentionné lors d’une conférence de presse lundi qu’il ne pensait pas que les propos de M. Ma puissent suggérer à l’administration de Donald Trump que le Canada ne prend pas au sérieux l’élimination des produits issus du travail forcé de ses chaînes d’approvisionnement.
«Je ne suis pas inquiet, dans la mesure où M. Ma a clairement exprimé ses regrets et présenté ses excuses pour ces propos. Ceux-ci ne reflètent pas la position du gouvernement du Canada», a soutenu M. LeBlanc.
Début mars, le représentant américain au commerce a ouvert des enquêtes visant à déterminer si le Canada et des dizaines d’autres économies ne parvenaient pas à lutter contre les produits issus du travail forcé — une mesure qui pourrait entraîner des droits de douane de rétorsion en vertu de l’article 301 de la loi sur le commerce, ou des droits plus spécifiques à certains secteurs.
«Nous avons évidemment pris note de l’enquête au titre de l’article 301 menée aux États-Unis. Nous sommes convaincus que le Canada, à l’instar d’autres pays, fait le nécessaire pour s’assurer que ces produits ne soient pas importés au Canada», a souligné M. LeBlanc.
Des violations reconnues
Interrogé lundi sur la question de savoir s’il pensait qu’il existait du travail forcé en Chine, M. Carney a évité d’aborder spécifiquement les pratiques chinoises, mais a reconnu qu’il existait des régions de Chine présentant un «risque plus élevé».
«Je suis cette question depuis des années, en Chine et ailleurs. Et il existe des preuves de travail des enfants partout dans le monde. Il y a des preuves, et je dirais même qu’il existe bel et bien du travail des enfants et du travail forcé partout dans le monde», a déclaré M. Carney aux journalistes.
«Il existe des régions de Chine qui présentent un risque plus élevé, et il faut donc faire preuve de diligence», a-t-il ajouté.
Les Nations unies ont signalé en 2022 que la Chine avait commis de graves violations des droits de l’homme au Xinjiang à l’encontre des Ouïghours et d’autres minorités musulmanes, violations qui «pourraient constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité».
Pékin nie avec véhémence ces allégations, affirmant qu’il a fait face aux menaces terroristes tout en offrant des opportunités économiques aux populations minoritaires.
Le Canada a rejeté à plusieurs reprises la version de Pékin. En juin 2021, une réponse du gouvernement à un rapport de commission a dénoncé «la détention massive et arbitraire d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones dans des camps d’internement» au Xinjiang.
La commission de l'industrie, devant laquelle M. Ma a fait ses remarques jeudi, étudie actuellement les politiques canadiennes en matière de véhicules électriques.
Les questions soulevées lors de l'audition de la commission jeudi portaient sur l'existence éventuelle de travail forcé dans la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques chinois.
Un rapport de 2024 publié par Human Rights Watch a identifié un «risque d’exposition au travail forcé» dans la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques en raison de la quantité d’aluminium produite au Xinjiang. Le rapport indiquait qu’un dixième de l’aluminium mondial provenait de cette région.
La semaine dernière, l'ambassade de Chine au Canada a publié une déclaration sur son compte X qualifiant les allégations de travail forcé dans la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques chinois de «mensonge flagrant».
Les efforts du Canada remis en question
M. Carney a défendu lundi les efforts déployés par le Canada pour s'assurer qu'aucun produit importé au Canada ne provienne du travail forcé ou du travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement en amont.
«Nous prenons très au sérieux la question du travail forcé et du travail des enfants. Le Canada a adopté les engagements les plus rigoureux en la matière», a précisé M. Carney, ajoutant que le Canada continuait d’évaluer l’adéquation de ses propres lois interdisant l’importation de biens fabriqués par le recours au travail forcé.
Mme McCuaig-Johnston a déclaré lundi à La Presse Canadienne que le Canada ne faisait pas tout ce qu’il pouvait pour empêcher les intrants entachés de travail des enfants ou de travail forcé d’entrer dans les chaînes d’approvisionnement.
«Nous ne disposons pas d’une législation et d’exigences strictes. Le contrôle exercé par l’ASFC n’est pas aussi minutieux qu’il pourrait l’être, ou qu’il devrait l’être», a mentionné Mme McCuaig-Johnston à La Presse Canadienne.
Le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, doit se rendre en Chine cette semaine. M. Carney a indiqué que l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement ferait partie de ses discussions sur place.
— Avec des informations de Dylan Robertson et Kyle Duggan
Nick Murray, La Presse Canadienne