Carney s'engage à former un gouvernement majoritaire fondé sur la collaboration

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Au lendemain de la victoire des libéraux dans trois élections partielles, leur permettant de former un gouvernement majoritaire, le premier ministre Mark Carney a déclaré que les Canadiens pouvaient s'attendre à ce que le Parlement se concentre davantage sur le fond et moins sur la politique spectacle.
«Il y a une différence entre les témoignages authentiques, le fond des choses, le fait d’aborder les enjeux, de débattre des aspects juridiques, de faire avancer les choses — c’est le travail des parlementaires — et la mise en scène», a-t-il déclaré.
«On veut gouverner, on veut agir», a-t-il ajouté.
Le parti a conservé des sièges lors de trois élections partielles lundi à Terrebonne, à Scarborough-Sud-Ouest et à University-Rosedale.
Une fois que les candidats élus auront prêté serment, les bancs libéraux à la Chambre des communes compteront 174 députés, soit 2 de plus que le minimum requis pour une majorité.
Ces chiffres renforcés — cinq sièges de plus que ce que les libéraux avaient remporté lors des élections d’avril dernier — sont dus aux cinq députés qui ont changé de camp en quittant les bancs de l’opposition. Depuis novembre, quatre conservateurs et un néo-démocrate ont rejoint les rangs libéraux.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a accusé M. Carney lundi soir d’avoir fabriqué une majorité grâce à «des accords en coulisses avec des politiciens qui ont trahi les électeurs qui ont voté pour eux».
Il a qualifié ce passage historique d’un gouvernement minoritaire à un gouvernement majoritaire de «prise de pouvoir cynique».
M. Carney a fait valoir mardi que le nouveau pouvoir de son gouvernement était le fruit d’un «soutien croissant» aux candidats libéraux lors des élections partielles.
«Dans tous les cas, la proportion de votes pour le Parti libéral a fortement augmenté», a-t-il fait valoir en soulignant l'exemple de Terrebonne.
Il a également déclaré que le gouvernement tiendrait compte «de tous les points de vue au Parlement» et a promis de travailler en collaboration avec les autres partis.
«Afin de répondre aux attentes des Canadiens en termes de rapidité et d'ampleur, le travail qui nous attend nécessite de la collaboration, des partenariats et de l'ambition.»
Il faudra quelques semaines pour que les résultats des élections partielles soient certifiés et que les députés nouvellement élus prêtent serment.
Une fois cela fait, les libéraux disposeront d’un contrôle bien plus important sur la Chambre des communes.
Défaite du Bloc à Terrebonne
En point de presse, mardi, le chef bloquiste Yves-François Blanchet avait plutôt le ton de quelqu’un qui avait gagné l’élection partielle dans Terrebonne malgré la défaite.
M. Blanchet a fait valoir que sa formation a récolté 46,8 % des voix comparativement à 38,7 % à l’élection générale de l’an dernier.
La candidate libérale, Tatiana Auguste, qui a conservé le siège après une première courte victoire par une voix, est allée chercher l’appui de 48,4 % des électeurs de la circonscription.
Ce sont les votes conservateur et néo-démocrate qui se sont effondrés, le premier passant de 18,2 % l’an dernier à 3,3 % lundi, le second chutant de 2,6 % à 0,5 %.
«Malgré les apparences, le mandat du Bloc québécois n'est mathématiquement pas plus faible qu'en avril dernier, mais bien plus fort. Le résultat est décevant, mais il n'est pas du tout gênant», a fait valoir le chef du Bloc.
Cependant, le Bloc québécois détenait la circonscription depuis 1993 avec une seule pause, soit l’élection de 2011 où les néo-démocrates s’en étaient emparés dans le contexte de la vague orange.
Pour Yves-François Blanchet, le premier ministre Mark Carney n’a pas remporté une majorité à la suite des trois élections partielles de lundi: «Il a récupéré des comtés qui, dans les trois cas, étaient occupés avant d'être libérés par des députés libéraux en 2025. Donc, sa majorité ne tient pas aux élections complémentaires d'hier. Sa majorité tient à une série de transfuges. C'est une majorité qui, jusqu'à avis contraire, tient avec de la broche.»
Quant à l’invitation à la collaboration du premier ministre Carney, Yves François Blanchet rappelle que les propositions du Bloc démontrent sa volonté de collaborer.
Il avertit cependant que «tout ce qui va aller à l'encontre des valeurs québécoises de laïcité ou la préservation de la langue française va être vu comme le contraire d'une collaboration, le contraire du respect élémentaire à l’endroit de la nation québécoise. Et croyez-moi, en trois ans, ça va les rattraper.»
Gouvernement majoritaire
Les prochaines élections fédérales ne doivent pas nécessairement être déclenchées avant 2029, et le gouvernement sera en mesure de traverser les votes de confiance sans le soutien d’un autre parti pour la première fois depuis 2019.
Le gouvernement n'aura plus besoin de compter sur le soutien de l'opposition pour faire adopter des lois, et les libéraux pourront désormais accélérer le processus législatif au Parlement en limitant les débats et en prenant le contrôle des comités de la Chambre.
Pour modifier la composition des comités, il faudrait un vote à la majorité afin de modifier le Règlement — les règles qui régissent la Chambre des communes.
Laissant entendre qu'un tel changement pourrait avoir lieu, M. Carney a déclaré aux journalistes qu'au cours de l'année écoulée, certains projets de loi avaient été bloqués pour des raisons politiques.
Il a également indiqué qu'il n'envisageait pas de déclencher des élections pour le moment.
Susan Smith, commentatrice libérale et fondatrice du Blue Sky Strategy Group, a soutenu que les résultats des élections partielles de lundi montrent qu’il existe un soutien en faveur de la stabilité à Ottawa.
«Avec ces résultats d’élection partielle et l’effet des changements de camp, on voit ce que veulent les Canadiens, à savoir un gouvernement stable, et ils veulent Mark Carney à sa tête», a-t-elle déclaré.
Défis à venir
Le Canada n'a pas eu de gouvernement majoritaire depuis 2019, lorsque les libéraux de l'ancien premier ministre Justin Trudeau ont été réduits à une position minoritaire à la suite d'une élection.
Mais cette faible majorité s'accompagne de ses propres casse-tête.
Elle donne aux députés libéraux un plus grand poids au sein de leur propre caucus, mais pose également des problèmes pour obtenir des votes lorsqu’un membre du caucus est malade ou en déplacement à l’étranger.
Cela met davantage de pression sur le whip du parti, qui devra s’assurer que les députés ne manquent pas les votes clés et veiller à ce que les membres ayant rejoint les libéraux après avoir fait défection d’autres partis ne sortent pas du rang.
Les spéculations sur de nouveaux transfuges vont bon train sur la colline du Parlement.
Le député conservateur Billy Morin a déclaré lundi à La Presse Canadienne que les libéraux tentaient de l'attraper dans leur filet. Il a ensuite indiqué dans un message sur les réseaux sociaux qu’il était «fier de faire partie d’une opposition forte».
Le député libéral Wayne Long a nié que son parti tentait d'attirer M. Morin et a affirmé qu’il n’avait pas connaissance d’autres changements de camp à venir.
Ces derniers jours, plusieurs députés conservateurs ont publié des messages sur les réseaux sociaux pour assurer à leurs électeurs qu’ils comptaient rester fidèles à leur allégeance.
M. Poilievre, dont le parti est à la traîne dans les sondages, a fait face à des questions sur son leadership alors que les défections se poursuivent.
Il a déclaré lundi dans un message publié sur les réseaux sociaux qu’il comptait continuer à diriger les conservateurs au Parlement et mener le parti jusqu’aux prochaines élections.
D'autres élections partielles sont également attendues à l'avenir, ce qui pourrait entraîner de nouvelles fluctuations au Parlement.
Le député libéral Nate Erskine-Smith envisage de se présenter à la direction du Parti libéral de l'Ontario et devrait démissionner de son siège de Beaches — East York dès que le premier ministre Doug Ford convoquera une élection partielle pour un siège vacant en Ontario.
— Avec la contribution de Catherine Morrison, Kyle Duggan et Pierre St-Arnaud
Sarah Ritchie, La Presse Canadienne