D'ici 2100: la température moyenne au Québec pourrait augmenter de 6,6° en hiver

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La température moyenne hivernale pourrait augmenter de 6,6 degrés Celsius d'ici à la fin du siècle au Québec, selon des estimations d'Ouranos, un consortium composé de quelque 70 professionnels en sciences du climat et de l'adaptation.
L’accord de Paris, ratifié en 2015, vise à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 degrés et, si possible, à 1,5 degré.
Mais dans un contexte où la lutte contre les changements climatiques est en perte de vitesse, ce scénario est de moins en moins probable.
Lors d'un breffage technique destiné aux médias, l’équipe d’Ouranos a présenté, mardi, à quoi ressemblerait l’hiver québécois s'il y avait un réchauffement climatique mondial de 3,5 à 4,0 degrés d’ici la fin du siècle.
Dans ce scénario pessimiste qualifié de «probable», on peut s'attendre à une augmentation de la température de «5 degrés Celsius dans le sud de la province» à «+ 9 degrés dans le Nord du Québec», a expliqué la chercheuse Angelica Alberti-Dufort en précisant que la température moyenne dans la province augmenterait de 6,6 degrés.
«L'augmentation est plus marquée au nord de la province, en raison du phénomène d’amplification arctique», qui fait en sorte que «les régions les plus nordiques se réchauffent trois fois plus rapidement que la moyenne mondiale».
Un réchauffement climatique mondial de 3,5 à 4,0 degrés d’ici la fin du siècle signifie que la durée du couvert neigeux pourrait diminuer de 16 à 25 jours sur l’ensemble du Québec.
Le couvert neigeux pourrait commencer 10 jours plus tard et se terminer environ 10 jours plus tôt et dans l’ensemble du Québec, la saison sans gel pourrait s’allonger de 29 jours.
«Les gens de Québec vont avoir de plus en plus des hivers de Montréal et les gens de Montréal auront de plus en plus voir des hivers de Toronto», a résumé Alain Bourque, directeur général d'Ouranos.
Des redoux plus rapprochés
Les hivers seront plus chauds et dans le sud de la province, «ça se décline aussi dans un décalage des événements de gel-dégel», a indiqué Angelica Alberti-Dufort.
Les «redoux», donc les événements où la température minimale est inférieure à 0 degré et au-dessus de 0 degré dans une même journée, ne vont pas nécessairement être plus fréquents, mais ils vont se rapprocher dans la saison.
Dans le sud de la province, «où sont la majorité des routes et des infrastructures», historiquement «les gels-dégels se produisaient d'octobre à décembre et de mars à mai», mais dans le futur, «on voit qu'ils se rapprocheront drôlement», a expliqué la chercheuse en précisant qu’il y en aura de plus en plus de novembre à janvier et de février à avril.
«Si on couple ça avec une augmentation des précipitations liquides dans ces périodes-là, donc plus de pluies en hiver, ça peut devenir une combinaison d'événements qui pourraient être néfastes pour plusieurs infrastructures», a ajouté Angelica Alberti-Dufort, en donnait l'exemple des routes.
Après de fortes précipitations lors d’un dégel, «il y a beaucoup d'absorption de liquides dans la chaussée» et si un gel survient par la suite, l'eau devient solide et la glace fissure la chaussée.
«Le phénomène de gel-dégel concentré sur une plus courte période, l’augmentation de la pluie en hiver, la perte de couvert de neige, la pluie sur neige (pluie verglaçante) sont tout des phénomènes qui vont affecter l'intégrité de nos infrastructures, que ce soit les routes, les bâtiments et évidemment tout ce qu'est l’infrastructure hydroélectrique», a-t-elle souligné.
Pour s’adapter aux hivers qui changeront et faire face aux changements climatiques, les membres du Groupe d’experts en adaptation aux changements climatiques (GEA), dont fait partie Ouranos, ont remis au printemps 2024 une liste de 20 recommandations au gouvernement québécois.
Le GEA recommande notamment d’accélérer la protection de 30 % des terres et des eaux, viser un objectif de zéro artificialisation nette des sols en 2035, imposer un dédommagement lors de la destruction d’infrastructures naturelles, mettre en œuvre une stratégie nationale de corridors écologiques favorisant la connectivité des écosystèmes et assurer une mise à jour rapide du Code de construction du Québec.
Ces recommandations sont articulées autour de cinq axes stratégiques:
- Assurer une gestion préventive des écosystèmes naturels et des services écosystémiques;
- Protéger la santé, la sécurité et le bien-être de toutes et tous;
- Adapter les bâtiments et les infrastructures et assurer la résilience des systèmes essentiels;
- Favoriser l’adaptation des activités économiques et du système financier face aux risques;
- Soutenir la capacité d’adaptation et le passage à l’action de l’ensemble des acteurs.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne