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Des Américains remontent plusieurs siècles pour retrouver leurs ancêtres canadiens

durée 20h55
18 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

Cody Sibley est né et a grandi en Louisiane, mais il a toujours senti que sa famille avait des liens étroits avec le Canada grâce à ses ancêtres acadiens de Nouvelle-Écosse.

M. Sibley explique qu'en tant que descendant d'Acadiens de la huitième génération, les racines de sa famille remontent à la «génération zéro», Agathe Doucet, baptisée le 19 janvier 1710 en Nouvelle-Écosse.

Il raconte que Mme Doucet a épousé Pierre Pitre en 1727, mais que la vie du couple a basculé en 1755 lorsque des soldats britanniques se sont présentés à leur porte et ont ordonné leur expulsion.

Comme de nombreux Acadiens, ils se sont retrouvés en Louisiane, où la communauté a pris le nom de Cajuns.

M. Sibley fait désormais partie de ces nombreux Américains qui épluchent leurs archives généalogiques dans l'espoir de trouver un ancêtre canadien — certains, comme les siens, remontant à plusieurs siècles, bien avant la création officielle du Canada.

Ils comptent utiliser ces informations pour obtenir la citoyenneté canadienne, grâce aux récentes modifications législatives qui suppriment la restriction dite de «première génération» pour l'acquisition de la citoyenneté par les personnes nées ou adoptées à l'étranger par un citoyen canadien.

Hausse des demandes

À mesure que la nouvelle de ces changements se répandait, les demandes de documents de la part de ces aspirants citoyens ont submergé les archives canadiennes.

L'archiviste provinciale du Nouveau-Brunswick, Joanna Aiton Kerr, a indiqué que les archivistes ont constaté cette augmentation dès décembre.

Mme Aiton Kerr a ajouté qu'ils ignoraient initialement la cause de cette hausse, avant de réaliser qu'elle était liée à la modification législative. «Normalement, nous recevons environ 100 à 150 demandes de recherche généalogique par mois. Mais actuellement, nous en recevons entre 300 et 400, et nous sommes convaincus qu'il s'agit de personnes directement liées à des citoyens américains qui recherchent les documents nécessaires à leur demande de citoyenneté», a déclaré Mme Aiton Kerr.

Elle a précisé qu'ils ont actuellement 1700 demandes en attente.

«Ce serait formidable d'avoir du personnel et des ressources supplémentaires, mais ce n'est pas possible dans le contexte budgétaire actuel, a-t-elle dit. Alors, un peu de patience, s'il vous plaît. Nous vous en sommes très reconnaissants.»

L'hypothèse défendue par cette vague d'aspirants citoyens est que les modifications apportées à la Loi sur la citoyenneté, connues sous le nom de projet de loi C-3, entrées en vigueur en décembre, impliquent la transmission automatique de la citoyenneté à travers les générations de descendants nés ultérieurement à l'étranger.

«Je ne sais pas exactement ce que pense la majorité des Canadiens de cette mesure. Mais je trouve fascinante la décision du Parlement canadien», a observé M. Sibley, qui vit maintenant à Portland, en Oregon, et qui épluche les certificats de naissance, les registres de baptême et les sites de généalogie pour prouver l'existence d'une lignée ininterrompue d'ancêtres canadiens.

Le porte-parole d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Matthew Krupovich, a toutefois précisé que si les récentes modifications élargissent l'accès à la citoyenneté canadienne par filiation, «avoir des ancêtres canadiens, même lointains, ne rend pas automatiquement une personne admissible».

Les espoirs des demandeurs sont néanmoins soutenus par certains avocats et consultants en immigration.

Amandeep Hayer, avocat en immigration en Colombie-Britannique, a expliqué qu'après l'entrée en vigueur de la Loi sur la citoyenneté canadienne le 1er janvier 1947, toute personne née au Canada avant ou après cette date — vivante ou décédée — est devenue Canadienne.

Combien de générations une personne ayant des ancêtres canadiens pourrait-elle remonter pour demander la citoyenneté en vertu des récentes modifications apportées à la loi? M. Hayer a déclaré que la réponse est «illimitée pour le moment», pourvu qu'ils possèdent des documents prouvant une filiation ininterrompue avec l'ancêtre canadien d'origine.

M. Hayer a précisé que les descendants des Acadiens font également partie des bénéficiaires de cette loi, à condition de pouvoir justifier leurs droits par des documents.

Rod Chalmers, consultant en immigration basé à Toronto, partage cet avis. Il explique que, aussi surprenant que cela puisse paraître, il n'y a pas de limite légale au nombre de générations, pourvu qu'une personne puisse prouver une filiation ininterrompue.

Par conséquent, «il y a probablement des millions d'Américains qui sont maintenant Canadiens sans le savoir», a déclaré M. Chalmers.

Les archivistes canadiens affirment que leurs services, autrefois calmes, sont désormais submergés de demandes en provenance des États-Unis suite aux modifications apportées à la Loi sur la citoyenneté.

Claire-Hélène Lengellé, directrice des communications de la Bibliothèque et des Archives du Québec, a déclaré que son organisme reçoit un nombre exceptionnel de demandes de copies certifiées conformes d'actes d'état civil de la part de citoyens américains ayant des ancêtres nés au Québec.

Mme Lengellé a précisé qu'à peine en avril, environ 1700 demandes ont été reçues, soit plus de douze fois plus que les 56 demandes enregistrées à la même période l'an dernier.

Registres anciens

Cette modification législative fait suite à une décision de 2023 de la Cour supérieure de l'Ontario qui a déclaré inconstitutionnelle la limite de première génération pour l'acquisition de la citoyenneté par filiation. Le gouvernement fédéral n'a pas interjeté appel et a modifié la Loi sur la citoyenneté en conséquence.

Prouver son ascendance canadienne peut nécessiter de fouiller dans des documents jaunis et se heurter fréquemment à des impasses et des obstacles. Les descendants des Acadiens ont été confrontés à des difficultés liées à la destruction de documents lors des incendies d'églises au XVIIIe siècle.

M. Sibley a expliqué qu'il recherchait des registres de baptême catholiques, une démarche qui peut prendre jusqu'à quatre mois, mais qu'il trouve «étrangement amusante, d'une certaine manière».

M. Hayer a indiqué que son cabinet recevait entre 15 et 30 appels par jour d'Américains intéressés par le projet de loi C-3. «Franchement, cette année a été ma plus fructueuse jusqu'à présent, et ça ne fait que s'amplifier», a-t-il commenté.

Nicolas Volante, agent de bord chez Alaska Airlines, a appris en février, lors d'un appel téléphonique avec sa sœur, qu'il était probablement admissible à la citoyenneté canadienne.

«Elle m'a dit: "Dis-moi, tu as vu cette nouvelle loi canadienne?" On est Canadiens!», a raconté M. Volante.

Leur grand-mère est née en 1904 à Coaticook, au Québec, et, à la fin de son adolescence, elle a déménagé à Easthampton, au Massachusetts.

«Je me souviens qu'elle est rentrée chez elle. Toute sa famille, ses parents, ses frères et sœurs, sont enterrés au Canada, et elle n'a jamais obtenu la citoyenneté américaine», a expliqué M. Volante.

Il a indiqué qu'il comptait déposer sa demande de citoyenneté d'ici la fin du mois et que ses frères et sœurs et lui étaient «ravis» à l'idée de devenir Canadiens.

Il a ajouté qu'il était prêt à s'installer au Canada dès que sa demande serait approuvée. «Je trouve cela profondément touchant, et j'adore notre premier ministre (Mark Carney), que j'appelle mon premier ministre», a déclaré M. Volante.

Nono Shen, La Presse Canadienne