Des employés d’Affaires mondiales Canada sont avertis de suppressions d’emplois

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Des milliers d'employés d'Affaires mondiales Canada ont reçu un avis de licenciement, plusieurs mois avant la fin d'une révision de la politique étrangère qui permettra de redéfinir les priorités du ministère.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué que le ministère dispose des grandes lignes de la politique étrangère du Canada, ce qui peut influencer les priorités en matière de personnel.
Le syndicat des diplomates estime cependant que les compressions budgétaires à Affaires mondiales Canada sont prématurées.
«Je ne comprends pas pourquoi on procède à des coupes budgétaires sans avoir défini nos objectifs et nos besoins, a fait savoir Pam Isfeld, diplomate de carrière et présidente de l'Association professionnelle des agents du service extérieur. Je ne comprends pas pourquoi on ne bâtirait pas l'organisation souhaitée une fois les priorités définies.»
Mme Isfeld a précisé qu'environ le tiers des membres de son syndicat, soit près de 700 personnes, ont reçu cet avis.
Ce sont 1172 autres avis de licenciement qui ont été envoyés aux employés d’Affaires mondiales Canada (AMC) membres de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, 477 aux membres de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada et 746 aux employés d’AMC membres de l’Association canadienne des employés professionnels.
Affaires mondiales Canada a annoncé vendredi dernier devoir réduire ses effectifs de 12 à 13 % d’ici 2030 afin de réaliser des économies de 1,12 milliard $.
«AMC met tout en œuvre pour encourager les départs volontaires en envoyant des lettres de licenciement à un nombre d’employés bien supérieur au nombre de postes visés», a écrit le porte-parole John Babcock.
Mme Isfeld a indiqué que tous les employés de son syndicat ayant reçu un avis de licenciement potentiel possèdent une «vaste expérience», car les deux grades les plus bas du service extérieur ne sont pas concernés par cette mesure.
«Il reste à voir comment cela se traduira concrètement», a souligné Mme Isfeld, ajoutant qu’elle espère obtenir plus de précisions sur les priorités du gouvernement et sur les secteurs qui seront touchés par les suppressions de postes.
«Cela engendre beaucoup d’incertitude et d’inquiétude parmi nos membres», a-t-elle ajouté.
Mme Isfeld a précisé que des avis avaient été envoyés aux employés, tant au siège social qu’en mission à l’étranger.
Une ligne directrice à venir
Dans une entrevue approfondie accordée lundi à La Presse Canadienne, Mme Anand a indiqué que le gouvernement publierait un document de politique étrangère en 2026 axé sur la diversification des échanges, les liens entre les peuples et la sécurité économique.
«Le travail que nous accomplissons s’inscrit dans ce cadre et continuera d’être mené en tenant compte des besoins de la population canadienne, a affirmé Mme Anand. Nous ne devons pas oublier un seul instant que notre politique étrangère est liée à la vigueur de l’économie nationale.»
Elle a ajouté que le plan prévoit qu’Ottawa publie sa stratégie de sécurité nationale cette année, laquelle comprendra «des piliers spécifiques dont les ministres concernés seront responsables».
Par la suite, Affaires mondiales Canada lancera sa propre révision de la politique étrangère en s’appuyant sur les thèmes énoncés dans la stratégie globale.
Lors d'un point de presse organisé avant le voyage de M. Carney en Chine, au Qatar et en Suisse ce mois-ci, des responsables ont indiqué que la stratégie de sécurité nationale devrait être présentée avant l'été.
Mme Anand n'a pas précisé la teneur de cette révision de la politique étrangère, mais ces exercices portent généralement sur les régions et les pays où le nombre de postes diplomatiques sera accru, les missions qui pourraient fermer ou fusionner, et les thèmes ou langues sur lesquels le service diplomatique entend se concentrer.
Durant la campagne électorale, le premier ministre Mark Carney s'est engagé à rétablir la présence diplomatique du Canada à l'étranger grâce à une «nouvelle politique étrangère complète».
Son programme indiquait que la dernière politique étrangère complète du Canada remontait à 2005 et que «le monde est aujourd'hui radicalement différent».
«L'objectif est de déployer davantage de diplomates et de fonctionnaires canadiens à l'étranger, de développer nos échanges commerciaux et de rétablir le leadership canadien», précisait le programme.
Inquiétudes au syndicat
Mme Isfeld s'interroge sur l'opportunité de procéder à des compressions budgétaires au sein du ministère, compte tenu du récent discours du premier ministre à Davos, qui a mis en avant le rôle du Canada comme «chef de file mondial», et de son ambitieux programme commercial et économique international.
«Cela exigera davantage de diplomatie, de compétences, d'expérience, de discernement, de réseaux (formels et informels) et de discussions, a mentionné Mme Isfeld. Cela représente plus de travail pour les diplomates et les personnes expérimentées, et non moins, ce qui est quelque peu inquiétant.»
Le ministère est déjà en train de repenser son fonctionnement dans le cadre d'une initiative axée sur l'organisation du travail et les effectifs, plutôt que sur la politique étrangère proprement dite.
Cet examen a notamment porté sur des questions telles que l'équilibre approprié entre le temps passé à l'étranger et le temps de travail au Canada par les diplomates, ainsi que sur la manière dont le service diplomatique intègre les Canadiens maîtrisant les langues asiatiques mais pas le français.
Dans le budget de novembre dernier, le gouvernement Carney a réaffecté les fonds diplomatiques au dossier du commerce, réduisant ainsi l'aide étrangère et suggérant à Ottawa de consolider la présence de son service diplomatique à l'étranger.
Le budget prévoyait également une refonte des services consulaires, à la suite d'une augmentation constante du nombre de Canadiens ayant besoin d'aide pour fuir des zones de conflit comme Haïti, le Liban ou le Soudan, en raison de la montée des tensions à travers le monde.
Mme Anand a laissé entendre que la révision de la politique étrangère aborderait cette période de plus en plus chaotique.
«Nous vivons une époque sans précédent. Le contexte géopolitique actuel est marqué par de multiples conflits à travers le monde. L'ordre commercial mondial a été bouleversé et les répercussions sur l'économie nationale sont manifestes et préoccupantes», a-t-elle déclaré.
Mme Anand affirme suivre de près les réductions d'effectifs, ayant par le passé supervisé l'ensemble de la fonction publique canadienne en tant que présidente du Conseil du Trésor.
«Je suis très sensible aux préoccupations de nos fonctionnaires, et particulièrement à celles d'Affaires mondiales Canada, a-t-elle ajouté. Nous sommes tous humains et nous essayons de subvenir aux besoins de nos familles, et je ne l'oublie jamais.»
Dylan Robertson et Catherine Morrison, La Presse Canadienne