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Des jeux vidéo pour aider nos politiciens à prendre de meilleures décisions

durée 10h00
11 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

QUÉBEC — Changements climatiques, pandémies, mouvements migratoires: nos élus sont confrontés à des problèmes d’une complexité sans précédent. Malheureusement pour eux (et pour nous), des recherches montrent qu’ils ne sont pas plus aptes qu’un citoyen lambda pour prendre des décisions face à des enjeux complexes. Mais un chercheur affirme qu’il y a de l’espoir et que les jeux vidéo peuvent les aider dans leur travail.

Benoît Béchard est docteur en psychologie et s’intéresse à la prise de décision en politique depuis plusieurs années. Ses recherches l'ont mené au constat que nos élus «font de leur mieux dans des circonstances qui les dépassent».

«Face à la complexité de notre monde, les politiciennes et politiciens commettent régulièrement des erreurs qui, loin de résoudre les problèmes qu’ils cherchent à régler, peuvent les aggraver», écrit le chercheur dans son livre qui vient de paraître, «Biais et politique: Pourquoi les élus ne décident pas mieux que vous et moi».

Loin d’être cynique, il croit qu’il faut développer de l’«empathie» pour nos décideurs. «Si on était dans leurs souliers, probablement qu'on ne ferait pas mieux. Pas pire non plus. Ça donne l’idée que tout le monde peut faire de la politique», soutient-il en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le chercheur associé au laboratoire Co-DOT de l’Université Laval, qui s’intéresse à la cognition humaine, s’est donc lancé le défi colossal d’entraîner nos politiciens à prendre de meilleures décisions. Et il propose un moyen inusité pour y parvenir: les jeux vidéo.

Simuler la démocratie en laboratoire

Il cite en exemple le jeu «Democracy» qui «peut servir de micromonde de simulation pour reproduire la complexité politique dans un laboratoire».

Ce jeu propose d'incarner un décideur politique à la tête d’un pays avec tous les choix difficiles qui viennent avec. Il faut adopter des lois, gérer des crises, percevoir des impôts tout en gardant les électeurs heureux. Bref, on est loin de «Tetris».

Benoît Béchard explique que les politiciens pourraient venir en laboratoire pour une séance d’une heure, qui serait l’équivalent d’un mandat de quatre ans, avec l’objectif d’être réélus tout en tenant compte de plusieurs facteurs.

«En considérant par exemple un budget qui est favorable à la fin du mandat. Déjà, ils ont un objectif contradictoire: il faut qu’ils plaisent au monde, mais ils ne peuvent pas dépenser comme des fous», illustre le chercheur.

Plus la séance de jeu avance et plus les politiciens réalisent que leurs décisions ont parfois des «conséquences très négatives, parfois désastreuses», note-t-il.

«Il faut les amener au laboratoire et les exposer à plusieurs reprises à des séances d'entraînement. (...) C'est comme aller au gym. À plusieurs égards, le cerveau, c'est un muscle», illustre Benoît Béchard.

«Les conséquences des conséquences»

Le chercheur précise qu’il ne vise pas à ce que les politiciens développent une expertise technique, par exemple en santé ou en éducation, mais plutôt en «pensée complexe». Cela signifie être davantage en mesure d’anticiper les impacts à long terme de leurs décisions. Ce qu’il appelle «tenir compte des conséquences des conséquences».

Dans son livre, il souligne que de nombreux biais peuvent brouiller le processus décisionnel d’un élu. Les politiciens ont aussi tendance à mettre en place des «mesures “frappantes” à court terme», mais qui ne sont pas nécessairement efficaces sur le long terme.

Benoît Béchard cite en exemple la décision d’envoyer des chèques directement aux électeurs.

Humilité

Le chercheur est conscient qu’il ne sera pas simple de convaincre les politiciens de venir s'entraîner avec lui. Dans son livre, il raconte que, pour ses recherches sur la prise de décision, il avait besoin que des élus viennent dans son laboratoire pour tester leurs compétences décisionnelles face à des citoyens ordinaires.

«Autant vous dire que la majorité des personnes sollicitées n’ont pas donné suite à notre invitation», souligne-t-il. Heureusement pour lui, 20 politiciens ont accepté pour «contribuer à l’avancement des connaissances». Les résultats montrent que la performance des élus est «demeurée remarquablement faible, c’est-à-dire tout au bas de l’espace solution, comparable à celle de l’échantillon citoyen».

Il faut en effet une bonne dose d’humilité pour un élu dont la tâche est de prendre des décisions pour ses commettants d'accepter qu’il n’a peut-être pas les capacités pour bien faire son travail. Et Benoît Béchard en sait quelque chose, car il a lui-même fait de la politique dans le passé. Il a été conseiller ministériel et candidat pour le Parti québécois en 2018.

Qu’à cela ne tienne, le chercheur est déterminé et souhaite collaborer avec des organismes municipaux, comme la Fédération québécoise des municipalités et l'Union des municipalités du Québec, mais également l'Assemblée nationale et la Chambre des communes.

«J'ai déposé, au début de l'année 2026, une importante demande de financement auprès des organismes subventionnaires. Mon objectif est de travailler dès cette année sur un protocole d'entraînement avec les élus», explique-t-il.

Reste à voir maintenant si nos politiciens accepteront de se prêter au jeu.

***

Benoît Béchard, «Biais et politique: Pourquoi les élus ne décident pas mieux que vous et moi», Presses de l'Université du Québec, 2026, 232 pages.

Thomas Laberge, La Presse Canadienne