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Don Cherry: les conservateurs continuent de récolter des signatures; Poilievre muet

durée 04h30
17 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Près d'une semaine après le début de la controverse, le Parti conservateur du Canada continue de récolter des signatures pour sa pétition visant à appuyer la candidature à l'Ordre du Canada du commentateur de hockey Don Cherry, un personnage tout aussi réputé pour ses vestons flamboyants que ses propos dénigrants.

Pendant ce temps, le chef conservateur Pierre Poilievre ignore les appels à ce qu'il s'explique. Des demandes de La Presse Canadienne transmises vendredi, puis à nouveau lundi, sont demeurées lettre morte.

M. Poilievre, qui est en visite au Texas cette semaine pour, dit-il, défendre les intérêts canadiens, n'a aucun événement de presse prévu à son agenda public. Il n'a pas abordé le sujet de Don Cherry lors d'une conférence de presse tenue dimanche à Windsor, en Ontario. Et c'est silence radio à ce sujet sur ses réseaux sociaux où il continue d'être fort actif.

Son commentaire voulant que Don Cherry «incarne la fierté d'être Canadien» et la mention qu'il endosse la candidature sont également en ligne.

L'enjeu est que Don Cherry, aujourd'hui âgé de 92 ans, ne fait pas exactement l'unanimité. Durant ses 39 ans à animer le populaire segment «Coach's Corner» de l'émission «Hockey Night in Canada», il s'est fait un devoir d'envoyer paître à maintes occasions, et souvent de manière vulgaire, toutes sortes de groupes: francophones, Québécois, immigrants, Autochtones, femmes, etc.

Or, la position officielle du Parti conservateur reste que Don Cherry a un «style franc et direct» qui «reflète un esprit d’authenticité et d’indépendance qui a trouvé un écho auprès de millions de Canadiens».

Fait rare: la semaine dernière, la plupart des députés conservateurs du Québec ont pris leurs distances de la démarche de leur parti. C'est «une mauvaise idée», a affirmé l'un d'eux, cela «discréditerait irrémédiablement» tous les précédents récipiendaires, a jugé un autre.

Malgré cela, autour de Pierre Poilievre, des élus conservateurs – tous de l'extérieur du Québec – continuent de fanfaronner sur les réseaux sociaux qu'ils viennent de signer la fameuse pétition.

La première ministre albertaine, Danielle Smith, s'est elle-même jetée dans la mêlée pour demander au premier ministre Mark Carney de décerner les plus grands honneurs à cette «légende du hockey» dont les opinions sportives sont considérées comme «des paroles d'Évangile» par des millions de Canadiens.

Le vote nationaliste en péril

Le professeur de science politique à l'Université Laval Yannick Dufresne juge qu'un retrait de la pétition risquerait de mal passer au Canada anglais.

«Don Cherry est tellement adoré dans l'Ouest que ça ferait un dommage», a-t-il tranché.

Selon lui, la controverse suscitée par la prise de position de Pierre Poilievre et des conservateurs est susceptible d'avoir un impact qui n'est pas insignifiant chez l'électorat nationaliste au Québec.

La force de l'appui au «symbole» que représente Don Cherry a touché, croit-il, «un nerf assez important» chez ce segment de la population qui est «important» pour les conservateurs au Québec.

«Rendre un hommage à quelqu'un qui a tenu des propos anti-québécois... (...) On sait que, dans les segments où il peut y avoir un potentiel de croissance au Québec pour le Parti conservateur, c'est des gens avec une sensibilité nationaliste. Donc c'est certain que ça ne peut pas être bon», a-t-il lâché.

Les récipiendaires de l'Ordre du Canada, la plus prestigieuse distinction civile au pays, sont déterminés par un comité indépendant. La médaille vise à reconnaître des «réalisations exceptionnelles», une «contribution extraordinaire à la nation» ou un dévouement remarquable envers une communauté.

Michel Saba, La Presse Canadienne