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«Extraordinaire»: de retour sur Terre, Jeremy Hansen raconte son périple

durée 15h31
17 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

HOUSTON — Lorsque l'astronaute canadien Jeremy Hansen s'est approché de la vitre pour la première fois après le décollage fracassant de la capsule Orion au début du mois, ce qu'il a vu et ressenti l'a laissé sans voix.

Il a d'abord aperçu l'étendue de l'océan, puis, apparaissant peu à peu, le rouge riche et poussiéreux de l'Australie. Et derrière tout cela s'étendait l'immensité de l'espace, avec la limite de l'atmosphère terrestre brillant comme une bulle de verre bleu dans le noir.

«C'était assez extraordinaire», a déclaré M. Hansen à La Presse Canadienne jeudi au Centre spatial Johnson de la NASA à Houston.

L'ampleur de ce qu’ont vécu M. Hansen et ses coéquipiers d’Artemis II commence seulement à s’imposer une semaine après leur retour sur Terre, où ils ont amerri dans l’océan Pacifique après un survol de la Lune de 10 jours.

L'équipage de quatre personnes — le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover et les spécialistes de mission Hansen et Christina Koch — a été le premier à se rendre autour de la Lune depuis plus de 50 ans. M. Hansen et ses coéquipiers se sont aventurés plus loin de la surface de la Terre que quiconque avant eux.

M. Hansen, âgé de 50 ans, originaire de London, en Ontario, a grandi comme des millions d’enfants à travers le monde: en regardant le ciel nocturne et en rêvant de ce que cela ferait d’y voyager.

Une expérience humaine unique

Flotter dans l’espace lui a offert une perspective unique qui n’avait rien à voir avec les images dignes d’un planétarium, auxquelles M. Hansen s’attendait. Il y avait là une profondeur, a-t-il déclaré — une sensation claire de distances infinies.

«Voir la Lune de la même manière, puis la Terre à nouveau, et simplement observer leur relation l’une avec l’autre a vraiment été une expérience humaine unique», a-t-il souligné.

Cette mission a permis à M. Hansen de réaliser le rêve de toute une vie. C'était également une réussite canadienne. Il est devenu le premier non-Américain à voyager au-delà de l'orbite terrestre basse et la première personne à parler français pendant son voyage vers la Lune.

M. Hansen attribue au Canada le mérite d’avoir investi à long terme dans les technologies spatiales, ce qui a permis de jeter les bases d’une collaboration fructueuse avec la NASA et les autres partenaires internationaux du projet Artemis.

Contrairement au programme Apollo, qui a envoyé des hommes sur la Lune de 1968 à 1972, le programme Artemis prépare une présence humaine plus permanente sur la Lune et jette les bases pour envoyer un jour des astronautes sur Mars.

Le Canada a été le premier parmi des dizaines de pays à rejoindre le programme Artemis. Le célèbre système de manipulation robotique Canadarm est un outil essentiel pour les missions spatiales depuis le début des années 1980, et il est utilisé à bord de la Station spatiale internationale.

Des applications ici sur Terre

Investir dans ces technologies ne se limite pas à repousser les frontières du voyage spatial humain, a déclaré M. Hansen — cela aide également à résoudre des problèmes ici sur Terre.

«Nous pouvons participer à l’exploration spatiale humaine et robotique d’une manière qui nous aide à résoudre les problèmes auxquels notre société est confrontée sur la planète», a-t-il fait valoir.

La robotique spatiale a des applications terrestres, telles que les soins de santé à distance, a-t-il ajouté. En apprenant à nourrir et à approvisionner les astronautes dans une future base lunaire permanente, a-t-il expliqué, le Canada peut améliorer la sécurité alimentaire dans son Grand Nord isolé, tandis que les investissements dans la production d'énergie dans l'espace peuvent faire progresser les technologies énergétiques sur Terre.

«Le Canada possède une grande expertise dans le domaine nucléaire qui peut vraiment nous aider dans l’exploration spatiale, mais en même temps, les petits réacteurs modulaires constitueraient un atout considérable pour les Canadiens alors que nous essayons de développer nos infrastructures dans le pays», a déclaré M. Hansen.

La mission Artemis a également apporté autre chose au monde: de l’inspiration.

Elle a uni les peuples à une époque de guerre et de troubles géopolitiques. Les réseaux sociaux ont explosé de messages enthousiastes sur les manifestations visibles de camaraderie, d’émerveillement et de joie de l’équipage alors qu’il tournait autour de la Lune et revenait vers la Terre.

Les voyages spatiaux nous rappellent à tous que «la prochaine étape pour l’humanité est d’apprendre véritablement à collaborer», a déclaré M. Hansen. Il a rendu hommage aux États-Unis et à la NASA pour avoir dirigé le programme Artemis et créé un environnement où de nombreux pays ont pu s’unir pour repousser les limites et «accomplir des choses difficiles».

«Nous devons créer ensemble, et non nous détruire les uns les autres, a-t-il déclaré. Nous soutenir mutuellement, c’est exactement ce que nous devons faire en tant qu’espèce humaine.»

Soulagé de retrouver sa famille

M. Hansen était pilote d'avion à réaction lorsqu’il est devenu l’une des deux recrues sélectionnées pour la mission par l’Agence spatiale canadienne en 2009. Il a confié que les avions de chasse ne l’avaient pas tout à fait préparé à l’expérience d’être propulsé hors du puits gravitationnel de la Terre.

Quand on est pilote d'avion de chasse, la force gravitationnelle donne l’impression que le sang monte à la tête, a-t-il expliqué. Avec une fusée, a ajouté M. Hansen, la sensation est bien plus intense: l’accélération se prolonge longtemps et la force gravitationnelle se fait sentir d’une manière complètement différente.

«Ça vous fait rire, a-t-il dit en souriant. C'est tout simplement très amusant.»

M. Hansen est revenu sur Terre juste à temps pour fêter son 23e anniversaire de mariage avec sa femme Catherine. Les voyages spatiaux peuvent être stressants pour les proches restés sur Terre, a-t-il souligné, et il était soulagé de retrouver sa femme et ses trois enfants sain et sauf.

Il était également ravi de pouvoir manger de la vraie nourriture pour la première fois depuis deux semaines. La nourriture des missions spatiales est loin d’être digne d’un restaurant quatre étoiles, mais M. Hansen n'avait rien à redire sur sa qualité.

Lorsqu’on a demandé à l’équipage d’Artemis ce qu’ils désiraient le plus à leur retour, M. Hansen a raconté qu’ils avaient tous répondu la même chose: un hamburger.

«Nous étions tous allongés dans notre lit après tous les examens médicaux, et ils nous ont apporté un hamburger, a-t-il confié. Et c'était un 11 sur 10.»

Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne