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L'exposition sur les Palestiniens déplacés ouvre samedi après les critiques

durée 18h41
26 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

WINNIPEG — La directrice du Musée canadien pour les droits de la personne déplore la démission d’un administrateur à cause d’une exposition consacrée aux Palestiniens déplacés, mais elle maintient sa décision d’ouvrir l’exposition au public samedi.

L'exposition, intitulée «Palestine déracinée: La Nakba au passé et au présent», est consacrée aux personnes touchées par la Nakba, mot arabe signifiant «catastrophe». Environ 750 000 Palestiniens ont été déplacés de force en 1948 lors des combats pour le contrôle de ce qui est aujourd’hui Israël.

Cette exposition est en préparation depuis quatre ans, bien que les Palestiniens du Canada réclament que leurs histoires soient racontées au musée de Winnipeg depuis son ouverture en 2014.

Des groupes juifs ont fait part de leurs inquiétudes, estimant que l’exposition pourrait attiser l’antisémitisme en ne fournissant pas suffisamment de contexte historique et qu’elle avait été conçue sans consultation ni transparence suffisantes.

Mark Berlin, membre du conseil d’administration, a présenté sa démission en début de semaine, accusant le musée de privilégier l’idéologie à une histoire fidèle aux faits.

«Il est regrettable que [M. Berlin] ait choisi de démissionner en se fondant sur ses opinions concernant cette exposition et sur ce qu’il en savait», a déclaré vendredi Isha Khan, directrice générale du musée.

«La gouvernance du conseil d’administration a pour but de gérer les divergences d’opinions, de prendre des décisions dans l'intérêt de ce musée et de veiller à ce que nous remplissions notre mission. Je pense que c’est ce qu’a fait notre conseil d’administration: il a soutenu ce musée dans son travail visant à remplir notre mission.»

M. Berlin, qui n’avait pas vu l’exposition avant de démissionner, a déclaré qu’elle ne tenait pas compte des quelque 850 000 Juifs qui ont été contraints de fuir les pays arabes dans les années qui ont suivi la création d’Israël.

Il a ajouté que présenter le déplacement des Palestiniens de 1948 sans le contexte historique et politique approprié pouvait aggraver la méfiance et l’animosité qui existent entre les juifs et les musulmans au Canada.

Mme Khan a soutenu que les récits des Canadiens d’origine palestinienne étaient sous-représentés dans les galeries du musée.

Elle a ajouté avoir entendu des critiques de la part de personnes et de groupes qui n’ont pas encore vu l’exposition sur la Nakba, et les a mis au défi de la découvrir avec compassion et empathie.

«Le fait de partager les expériences d’une communauté ne diminue ni ne nie celles d’une autre», a-t-elle fait valoir.

Mme Khan a précisé que le musée s’était engagé à raconter à l’avenir des histoires sur le déplacement des Juifs. Elle a également encouragé les détracteurs de l’exposition à se rendre d’abord sur place.

«Nous pourrons alors avoir une discussion constructive sur la nature de l’exposition et sur leurs éventuelles préoccupations. Jusqu’à présent, bon nombre de ces préoccupations reposaient sur des suppositions et sur la peur.»

Le musée a invité les médias à découvrir l’exposition vendredi.

Occupant environ 12 mètres d’une galerie existante, elle comprend des témoignages vidéo, des photographies, des œuvres d’art et des textes. Des actes de propriété, des clés de maison et des vêtements brodés d’un rouge profond figurent également parmi les objets exposés.

De courtes vidéos diffusées sur un petit écran présentent des témoignages directs de Palestiniens canadiens déplacés en 1948.

Isabelle Masson, commissaire de l’exposition, s’est entretenue avec une dizaine de Palestiniens canadiens à Winnipeg et à Montréal dans le cadre de ce projet.

Elle a affirmé que leurs récits avaient aidé l’équipe à comprendre les répercussions historiques du déplacement et avaient mis en lumière l’espoir des Palestiniens.

«L’exposition présente des récits sur ce traumatisme intergénérationnel, sur la perte et le déracinement, mais aussi des récits sur la beauté, les pratiques culturelles et l’art.»

Fouad Sahyoun avait quatre ans lorsque sa famille a été chassée de Haïfa, dans ce qui est aujourd’hui Israël. Il s’est installé au Canada en 1990.

Des extraits d’une entrevue de cet homme de 82 ans sont présentés. Il raconte comment les biens de son grand-père ont été confisqués, ainsi que les voitures, les comptes bancaires et les meubles de la famille.

Dans un entretien accordé à La Presse Canadienne, cet homme de 82 ans a raconté qu’il rêvait de retourner un jour à Haïfa en tant que citoyen palestinien.

«Nous vivons dans le traumatisme, et ce traumatisme ne prendra fin que lorsque nous serons autorisés à rentrer chez nous, en tant que personnes dignes, en tant qu’êtres humains, dans nos maisons et sur nos terres.»

M. Sahyoun espère que l’exposition permettra aux autres de connaître l'histoire de son peuple et «de savoir ce qu'ils ont enduré».

Brittany Hobson, La Presse Canadienne