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L'ONU se dit préoccupée par la situation des personnes 2ELGBTQI+ au Canada

durée 09h30
26 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le Comité des droits de l'homme de l'ONU interpelle le gouvernement canadien face à la «discrimination persistante» à l'égard de divers groupes, dont les personnes 2ELGBTQI+. Il le somme également de légiférer afin d'interdire les interventions chirurgicales «médicalement inutiles» sur les enfants intersexes.

«(Le Comité) se déclare notamment préoccupé par le harcèlement, la violence et l’exclusion sociale fondés sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle, y compris à l’encontre des personnes 2ELGBTQI+», peut-on lire dans le plus récent texte des observations finales sur le Canada du Comité.

Le document invite Ottawa à renforcer les programmes de formation destinés aux fonctionnaires, aux agents des forces de l'ordre, aux magistrats et aux procureurs, et à intensifier la sensibilisation du public aux droits de la personne.

«L'État devrait poursuivre la lutte contre les stéréotypes et les attitudes négatives à l'égard des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, réelle ou supposée, notamment par l'entremise de campagnes d'information du public et de programmes éducatifs dans les écoles», indique le document.

Contacté par La Presse Canadienne, le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres a indiqué par courriel avoir pris connaissance du document publié au début du mois par l’ONU et précisé qu'il «prendrait le temps de l’examiner attentivement».

«Le gouvernement du Canada demeure déterminé à contrer toutes les formes de discrimination, de violence et de harcèlement, notamment celles fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre», a ajouté le ministère.

Il a souligné que 10,9 millions $ avaient été alloués dans le budget 2025 au renforcement du soutien aux communautés 2ELGBTQI+.

Aux yeux de la directrice générale du Conseil québécois LGBT, Magali Boudon, l'ONU vient confirmer la situation observée sur le terrain et l'absence de leadership au fédéral et au provincial.

«Il y a ce prérequis que le Canada est un des pays les plus avancés en matière de droits 2ELGBTQI+ et, si c'est vrai historiquement, ce que montre ce rapport, c'est que cette avance est fragile et est surtout en train de s'éroder, dit-elle. On observe que le climat social est défavorable pour nous au niveau pancanadien, dans la rue comme en ligne, à l'école comme à la maison, il y a définitivement un climat hostile envers nous.»

Elle souligne que des reculs des droits des personnes 2ELGBTQI+ ont lieu à travers le pays, notamment au Québec, et note un désintérêt des décideurs politiques à protéger les communautés 2ELGBTQI+.

«On a l’impression que l’espèce de violence envers nous est décomplexée, on le voit en ligne, mais aussi sur la place publique», ajoute Mme Boudon.

La CAQ «nous a clairement nui»

Magali Boudon dénonce des multiples politiques publiques mises en place par le gouvernement Legault au cours des dernières années et qui ont été délétères pour les personnes 2ELGBTQI+.

«Ce gouvernement nous a clairement nui, il nous a mis dans la face qu’il avait plus d’intérêt à satisfaire un groupuscule haineux plutôt que satisfaire ces citoyens queers, dit-elle. Chaque mois on nous sort un nouveau règlement qui vient essayer de nous limiter et de nous mettre dans une case. (...) L’intention est homophobe ou transphobe? J’ai envie de dire que oui.»

Elle mentionne entre autres la mise en place du «comité de sages» sur l'identité de genre, l'accès inégalitaire aux soins, les traitements transphobes en prison, les directives par rapport à l'écriture inclusive ou encore la diminution des efforts de sensibilisation dans les écoles.

«Monsieur (Bernard) Drainville nous a ramenés en 1991, merci à lui, et le comité de sages a été un des pires choix politiques concernant nos enjeux à travers le Canada, ajoute Mme Boudon. Pour nous, et particulièrement pour les personnes trans, ça a été une année hyper anxiogène, on l’a vu dans notre réseau, ça a créé des failles, c’était une expérience hyper éprouvante et ça venait légitimer une remise en question de notre existence.»

Des interventions chirurgicales «purement esthétiques»

Le rapport de l'ONU interpelle également le Canada pour qu'il tienne la consultation publique, comme prévu dans le Plan d’action fédéral 2ELGBTQI+ de 2022 concernant les réformes du droit pénal, visant à interdire «les interventions chirurgicales purement esthétiques sur les organes génitaux des enfants intersexes jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment mûrs pour donner leur consentement».

Chaque année, près de 1,7 % des enfants naissent dans le monde avec des variations de leurs caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux normes binaires des corps dits masculins ou féminins.

Selon la directrice générale de l'organisme Aide aux trans du Québec (ATQ), Victoria Legault, ces interventions chirurgicales sont rarement effectuées dans le but de refléter le genre de la personne, mais plus avec l'objectif de la «faire un peu mieux rentrer dans le moule, dans le cadre, dans les normes de la société».

«C'est ce qui est hyper grave et justement qui peut causer beaucoup de détresse psychologique et émotionnelle en grandissant tout au long de l'adolescence et même de la vie adulte et du développement sexuel», assure Victoria Legault.

Elle explique que les interventions chirurgicales sur mineurs sont très souvent des chirurgies de «féminisation génitale».

«C'est souvent plus facile de faire ça que le contraire, explique Mme Legault. Souvent c'est un peu une espèce de formule uniforme qui est appliquée à tout le monde, mais qui ne convient absolument pas justement à tout le monde.»

«Les conclusions du Comité des droits de l’homme des Nations unies sont sans équivoque: le Canada manque à ses obligations internationales en matière de droits de la personne en continuant d’autoriser ces interventions chirurgicales non consenties et médicalement inutiles sur des nourrissons et des enfants intersexes», explique pour sa part la directrice générale de l'organisme Egale, Helen Kennedy.

Elle décrit ces interventions chirurgicales comme un moyen de «faire respecter des normes sociales plutôt que pour répondre à des besoins médicaux urgents».

«Depuis plus d’une décennie, plusieurs organes des Nations unies (...) ont appelé le Canada à modifier le Code criminel afin d’interdire explicitement ces pratiques jusqu’à ce que l’enfant soit en mesure de donner son consentement libre, préalable et éclairé, dit-elle. Il s’agit d’une question de consentement et de prévention de préjudices à vie. Le Canada doit agir sans plus tarder.»

Quentin Dufranne, La Presse Canadienne