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La consommation de drogues récréatives multiplie le risque d'AVC

durée 11h31
16 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La consommation de drogues récréatives comme le cannabis, la cocaïne et les amphétamines multiplie le risque d'accident vasculaire cérébral, même chez les consommateurs les plus jeunes, prévient une nouvelle méta-analyse.

Qui plus est, les chercheurs de l'université britannique de Cambridge montrent pour une des toutes premières fois une association plus étroite entre certaines drogues et certains types d'AVC.

«C'est une expérience très concrète pour plusieurs médecins qui travaillent à l'urgence, a confié le docteur Christian Stapf, un neurologue spécialiste des AVC au Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

«On voit des patients qui viennent de consommer, par exemple, de la cocaïne ou des amphétamines et qui viennent avec une complication immédiate à l'urgence, comme une ischémie du myocarde ou un AVC aigu. Donc, c'est une expérience très concrète et une observation qui était déjà partagée dans la littérature médicale depuis de nombreuses années.»

Cette fois-ci, l'équipe britannique a rassemblé les conclusions d'études totalisant plus de cent millions de sujets. Son analyse a montré que la consommation de cannabis augmentait le risque d'AVC de 37 %, comparativement à 96 % pour la consommation de cocaïne et à 122 % pour la consommation d'amphétamines.

Chez les sujets de moins de 55 ans, la hausse était de 14 % pour le cannabis, de 97 % pour la cocaïne et d'un impressionnant 174 % pour les amphétamines.

«Dans l'ensemble, la cohérence entre les données d'observation et les données génétiques suggère que les associations fortes rapportées précédemment ne peuvent probablement pas s'expliquer par des cas d'intoxication aiguë ou par des facteurs de mode de vie susceptibles d'introduire un biais, mais pourraient refléter un lien direct entre la consommation de cocaïne et le risque d'AVC», écrivent les auteurs de l'étude.

Une analyse statistique plus poussée a révélé que la consommation de cocaïne était particulièrement associée aux accidents vasculaires cérébraux hémorragiques et d'origine cardio-embolique (lorsqu'un caillot se forme dans le cœur et vient ensuite obstruer une artère au cerveau). Le cannabis était associé aux AVC en général, mais surtout aux AVC qui touchent les grandes artères. Une telle analyse n'a pas été possible avec les amphétamines.

Les chercheurs suggèrent par voie de communiqué que les raisons possibles pour lesquelles ces drogues sont associées à un risque accru d'AVC comprennent des pics soudains de tension artérielle; des spasmes et une constriction des vaisseaux sanguins; des troubles du rythme cardiaque; une augmentation de la coagulation sanguine (en particulier le cannabis); et une inflammation ou une vascularite (en particulier les amphétamines).

Il s'agit là de mécanismes bien établis, connus pour provoquer à la fois des AVC ischémiques ou hémorragiques, rappelle-t-on.

Contrairement à une consommation excessive systématique d'alcool qui peut lentement abîmer les vaisseaux sanguins, a dit le docteur Stapf, la consommation de certaines drogues pourra avoir un impact immédiat.

«Des drogues comme la cocaïne ou des amphétamines peuvent avoir un effet aigu au moment même où on a consommé la drogue, a-t-il expliqué. Elles peuvent créer comme une surcharge d'adrénaline, de stress, dans le corps qui peut détériorer de façon aiguë la fonction cardiaque ou faire éclater un vaisseau dans la tête. Et donc là, c'est lié. Ce n'est pas parce qu'on le prend depuis plusieurs années, non, c'est parce qu'on l'a pris ce jour même, et ce jour même, il peut y avoir une complication.»

Dans le cas du cannabis, a précisé le docteur Stapf, c'est plutôt une consommation régulière qui semble favoriser les AVC.

Une étude comme celle-ci pourrait avoir un impact clinique en précisant aux médecins quel type d'AVC menace le plus sérieusement le patient après sa consommation de drogue, a-t-il ajouté.

Elle pourrait aussi avoir une valeur sur les plans de la prévention et de l'éducation, croit-il.

«Notre objectif, c'est de motiver les patients à trouver un moyen de se détacher de ce type de consommation, a conclu le docteur Stapf. On parle de drogues qui sont distribuées dans les soirées, mais qui peuvent être extrêmement dangereuses. Et pour le cannabis, ce n'est pas parce qu'on a le droit d'en acheter que c'est bon pour la santé.»

Les conclusions de la méta-analyse ont été publiées par l'International Journal of Stroke.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne