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La flore intestinale pourrait interférer avec la médication contre l'hypertension

durée 11h02
3 juin 2022
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

MONTRÉAL — Des bactéries installées dans l'intestin semblent grandement réduire l'efficacité de médicaments contre l'hypertension, ce qui pourrait finalement expliquer pourquoi certains patients répondent mieux que d'autres à la médication, ont découvert des chercheurs américains.

Les chercheurs de l'Université de Toledo, dans l'Ohio, ont étudié l'efficacité chez des souris dont le microbiote intestinal était normal d'un médicament utilisé de longue date pour combattre l'hypertension, comparativement à des souris dont le microbiote avait été anéanti par des doses massives d'antibiotiques.

Ils ont constaté que les animaux du deuxième groupe réagissaient nettement mieux au quinapril. Ils ont ensuite déterminé que la bactérie Coprococcus était en cause, puisqu'elle est en mesure de dégrader le quinapril et un autre produit, le ramipril.

Environ 20 % des patients à qui on a diagnostiqué une hypertension souffrent d'une forme résistante de la maladie, à savoir que même un traitement agressif ne réussit pas à abaisser leur pression à des niveaux acceptables. Face à une telle situation, la seule option qui s'offre aux médecins est d'ajouter ou de retirer des médicaments, ou encore de changer la dose, dans l'espoir de finalement mettre le doigt sur une stratégie gagnante.

«L'étude est très intéressante, parce que la résistance aux hypotenseurs qui sont disponibles actuellement est un enjeu très important», a réagi le professeur Benoît Arsenault, de la faculté de médecine de l'Université Laval.

Si cette étude a été menée sur des souris, les chercheurs ont découvert un cas humain anecdotique qui permet de croire qu'ils sont sur la bonne piste.

En 2015, l'International Journal of Cardiology relatait le cas d'une femme atteinte de longue date d'hypertension résistante. Mais quand la femme a eu besoin d'antibiotiques pour une infection, les médecins ont réussi à contrôler son hypertension sans médicament pendant deux semaines, puis pendant six mois avec une seule médication. Son hypertension a ensuite recommencé à résister au traitement.

Les chercheurs américains conviennent qu'il n'est pas réaliste d'envisager d'utiliser des antibiotiques à long terme pour contrôler l'hypertension. Ils croient toutefois qu'un patient pourrait altérer son microbiote avec des probiotiques, des prébiotiques ou des changements à son alimentation.

«On sait que les humains ont dans leurs intestins la même bactérie que les (souris), mais c'est essentiellement tout ce qu'on sait pour le moment, a dit le professeur Arsenault, qui prévient qu'on devra s'armer de patience avant que cette découverte trouve des applications concrètes chez l'humain.

«Donc, avant de penser qu'on a découvert une cause majeure de la résistance aux hypotenseurs chez l'humain... Je pense qu'il faut en prendre et en laisser.»

Pour des raisons évidentes, rappelle-t-il, les chercheurs sont toujours beaucoup plus empressés de publier les résultats prometteurs et spectaculaires que les études qui ont fait chou blanc. Cela crée une sorte de «biais de publication» qui explique en partie pourquoi des résultats précliniques qui font parfois rêver ne sont pas toujours au rendez-vous quand les études cliniques commencent.

L'hypertension est la maladie cardiovasculaire la plus répandue de la planète. Elle est surnommée la «tueuse silencieuse» puisque des millions de personnes en souffrent sans le savoir et qu'elle gonfle le risque d'autres problèmes de santé, comme les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Hypertension.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne