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La jalousie en ligne peut miner la satisfaction des jeunes adultes, dit une étude

durée 10h00
31 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La jalousie suscitée par le contenu mis en ligne par le ou la partenaire romantique pourrait, à long terme, miner la qualité de la relation de couple des jeunes adultes, prévient une étude québécoise.

Il semblerait, selon les autrices de l'étude, que la méfiance et l'insécurité provoquées par ce qu'on voit (ou ce qu'on croit voir) en ligne influencent la manière dont la personne perçoit sa relation, et donc la satisfaction qu'elle ressent.

«On a observé que la jalousie liée au contenu de son partenaire amoureux en ligne (...) peut susciter des sentiments de jalousie», a expliqué l'autrice de l'étude, la chercheuse Sarafina Métellus, qui a mené ces travaux lors de ses études doctorales à l'Université de Montréal.

«Puis ce qu'on a trouvé, c'est que ça a mené à une satisfaction relationnelle moindre un an plus tard, et que cette jalousie a mené à des comportements de surveillance électronique en ligne.»

Mme Métellus et ses collègues ont suivi, pendant deux ans, 322 jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans et engagés dans une relation amoureuse. Les participants ont répondu à des questionnaires sur leur utilisation des réseaux sociaux, leur style d’attachement amoureux et leur satisfaction relationnelle.

Les chercheuses ont tout d'abord constaté que la jalousie sur les réseaux sociaux était associée à une surveillance électronique accrue du ou de la partenaire et à une satisfaction relationnelle moindre un an plus tard.

Toutefois, précisent-elles, cette «surveillance électronique accrue» – à savoir, le fait de consulter les publications, d’examiner la liste d’amis ou de vérifier les mentions J’aime – n'était pas elle-même à l'origine de la satisfaction relationnelle plus faible.

Le facteur clé était plutôt la jalousie engendrée par le contenu mis en ligne par le ou la partenaire romantique.

«Dans l'ensemble, nos conclusions démontrent que l'utilisation des réseaux sociaux joue un rôle significatif dans la formation des relations amoureuses chez les jeunes adultes, écrivent les chercheuses. En effet, les résultats montrent que la jalousie liée aux réseaux sociaux à un moment donné était négativement associée à la satisfaction relationnelle des jeunes adultes un an plus tard.»

De plus, poursuivent-elles, «ces résultats suggèrent un effet d'entraînement du monde numérique sur la dynamique des relations dans la vie réelle, soulignant l'impact à long terme de certains phénomènes liés aux réseaux sociaux (par exemple, la jalousie numérique)».

Fait un peu étonnant, les autrices de l'étude n'ont trouvé aucune association entre l’anxiété d’attachement d’une personne et sa jalousie un an plus tard.

Il semblerait donc que la jalousie liée aux réseaux sociaux «ne découle pas uniquement de traits individuels, mais bien de l’environnement numérique lui-même, qui offre une foule d’informations visibles, mais sans mise en contexte», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

Ce n'est pas d'hier que la jalousie s'immisce dans les relations de couple. Les autrices de l'étude estiment toutefois que les jeunes adultes sont particulièrement vulnérables à la jalousie en ligne, puisqu'ils sont habituellement les principaux adeptes de réseaux sociaux.

C’est aussi souvent à cette période, font-elles remarquer, que se forment les premières relations amoureuses sérieuses, parfois avec cohabitation et engagement.

D'autant plus, a souligné Mme Métellus, que toute information en ligne peut être ambiguë, «comme un commentaire ou un J'aime sur une publication».

«Quand on lit un commentaire ou qu'on voit une émoticône plutôt subjective, tout ça est décontextualisé, dans le fond», a-t-elle dit.

Pour éviter de tomber dans le cercle vicieux du «plus je surveille, plus je suis jaloux, et plus je suis jaloux, plus je surveille», il est important de verbaliser nos sentiments au ou à la partenaire, a conseillé Mme Métellus.

«Ça complique encore plus la chose quand les partenaires demeurent dans leur sentiment d'insécurité et se mettent à avoir des comportements de surveillance électronique sans en parler de façon transparente, ouverte à leur partenaire amoureux», a-t-elle dit.

Il faut «prendre du recul et voir si une communication plus ouverte et transparente avec son partenaire amoureux peut rassurer au niveau des insécurités, au lieu d'utiliser des moyens plus dissimulés, plus camouflés comme la surveillance», a ajouté Mme Métellus.

«Au lieu de parler de la photo en tant que telle, parce que ça pourrait faire augmenter les défenses du partenaire, ce serait plutôt de parler de l'insécurité que ça a générée, a-t-elle expliqué. Donc, de comment nous, en tant que personne, on s'est senti en voyant cette publication ou ce contenu. Je pense que ça peut permettre au partenaire d'avoir un peu plus d'empathie si on est dans la transparence et dans la vulnérabilité, plutôt que d'être dans le reproche.»

Il pourrait même être possible de négocier «un terrain d'entente, de définir des balises» sur la manière dont les réseaux sociaux seront utilisés au sein du couple, a conclu Mme Métellus.

Mme Métellus a réalisé ses études doctorales sous la direction de Marie-Ève Daspe, professeure agrégée au département de psychologie de l’Université de Montréal, en collaboration avec Marie-Pier Vaillancourt-Morel, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, et Audrey Brassard, de l’Université de Sherbrooke.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le Journal of Marital and Family Therapy.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne