La médétomidine, un «enjeu émergent» de santé publique

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Un puissant sédatif vétérinaire, qui se retrouve de façon quasi systématique depuis plusieurs mois dans les mélanges vendus illégalement comme du fentanyl, fait craindre aux autorités l'émergence d'un enjeu de santé publique. Plusieurs autorités de santé publique à travers le pays, notamment au Québec, ont lancé au cours des derniers mois un appel à la vigilance face à cette substance qui accroît significativement les risques de surdose.
Combinée à des opioïdes comme le fentanyl, la médétomidine peut entraîner une dépression respiratoire sévère, une bradycardie, une hypotension et, plus gravement, la mort.
L'Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ) a lancé en août 2025 un appel à la vigilance après la détection pour la première fois de la médétomidine en Montérégie.
Selon le toxicologue et médecin‑conseil à la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal, le Dr Alexandre Larocque, la situation actuelle se caractérise par l'imprévisibilité provoquée par la présence ou non de certains additifs et par leur quantité dans les mélanges vendus comme du fentanyl.
«Cette imprévisibilité augmente de façon significative le risque de surdose, explique par courriel à La Presse Canadienne, le Dr Larocque. La médétomidine représente un enjeu émergent de santé publique à Montréal.»
Il ajoute que la combinaison de cette substance à des opioïdes peut aussi mener à des «sevrages complexes» lors de l’arrêt de la consommation, car chacune des substances a des manifestations et des traitements distincts, ce qui complique la prise en charge des personnes.
Plusieurs villes canadiennes ont enregistré au cours des derniers mois des nombres record de surdoses en une seule journée, notamment en Colombie-Britannique et en Ontario. Certaines autorités de santé publique attribuent ces pics de surdoses à la combinaison de médétomidine et de fentanyl.
«Le 19 novembre, la Colombie-Britannique a enregistré le plus grand nombre jamais relevé d'appels au 911 pour des cas d'intoxication par des substances toxiques, a indiqué la Régie de la santé des Premières Nations en Colombie-Britannique. Bien qu'il soit encore trop tôt pour le confirmer définitivement, tout porte à croire que cette forte augmentation des appels est due à la combinaison de fentanyl et de médétomidine.»
Le Dr Larocque assure toutefois qu'une telle situation n'a pas encore été observée au Québec.
«Il est trop tôt pour confirmer quelles substances sont en cause dans les incidents observés hors Québec, dit-il. Étant donné l’imprévisibilité de la présence des adultérants (additifs) dans les substances vendues sur le marché illicite, il est difficile de prédire les tendances à moyen et long terme.»
«Sortir la tête du sable»
L'arrivée de la médétomidine a contraint les équipes de l'organisme Dopamine, à adapter leur approche sur le terrain.
«Ça change des techniques de réanimation en cas de surdoses, mais il y a très peu de données, donc ça change un peu nos techniques d'accompagnement», explique le directeur général de l'organisme, Martin Pagé.
En effet, la naloxone, qui est utilisée comme antidote lors de surdoses aux opioïdes, n'agit pas sur la médétomidine, ce qui complique la prise en charge lors d'une surdose. Les autorités de santé publique recommandent toutefois l'administration systématique de la naloxone en cas de suspicion de surdose.
«Dans la plupart des échantillons de fentanyl qui sont testés, la médétomidine est retrouvée de façon très très régulière, donc on propose toujours que les gens fassent tester leur substance», ajoute M. Pagé.
Pour lui, la situation provoquée par la médétomidine reflète une fois de plus les conséquences de l'approche prohibitionniste adoptée par le Canada.
«Tant qu'on ne se sort pas la tête du sable concernant la prohibition des drogues, on va toujours avoir des substances (de coupe), sur le terrain, explique Martin Pagé. Ce que ça fait, c'est qu'on doit adapter nos techniques de soutien et d'accompagnement.»
Il souligne l'importance d'amener les personnes consommatrices de substances vers les programmes de réductions des méfaits existants dans leur communauté, afin qu'elles puissent tester leurs substances et éviter de les consommer seules.
«Mon équipe est rendue habituée (à la présence de médétomidine) jusqu'à tant qu'il y ait une nouvelle molécule», ajoute M. Pagé.
La Colombie-Britannique déclarait il y a dix ans un état d'urgence sanitaire à cause de la crise des surdoses.
Quentin Dufranne, La Presse Canadienne