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Lametti accuse les États-Unis d'«obstructionnisme» en matière d'égalité à l'ONU

durée 11h51
4 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'administration Trump entrave les travaux menés aux Nations unies en faveur de l'égalité, selon l'ambassadeur du Canada auprès des Nations unies, David Lametti.

«On observe une politique générale d’obstruction, une politique acrimonieuse en matière de droits des femmes, du droit des femmes à disposer de leur corps, des droits des personnes LGBTQ+ et de l’égalité des sexes», a indiqué M. Lametti à La Presse Canadienne lorsqu’on lui a demandé de décrire les actions des États-Unis à l’ONU.

«On observe une réaction hostile dès que l’on voit apparaître les mots “changement climatique” ou “égalité des sexes”», a-t-il ajouté.

En mars 2025, le prédécesseur de M. Lametti, Bob Rae, avait déclaré que l’administration du président américain Donald Trump utilisait son équipe à l’ONU pour s’allier aux délégations russe et du Vatican afin de lutter contre les droits des personnes LGBTQ+ et l’accès à l’avortement.

Dans une tentative infructueuse de modifier des documents reconnaissant l’existence des adolescents LGBTQ+ et le fait qu’ils sont plus exposés à la violence, Washington a imposé l’année dernière le tout premier vote sur les documents de routine de l’UNICEF à l’ONU depuis la création de l’agence en 1946.

M. Lametti a indiqué que les États-Unis avaient depuis modéré leur approche à l’ONU et s’étaient concentrés ces derniers mois sur des sujets où Washington peut trouver un terrain d’entente avec d’autres pays, tels que les efforts visant à stabiliser Haïti.

«Nous avançons là où nous trouvons un terrain d’entente avec les Américains et nous construisons et rétablissons la confiance», a-t-il souligné.

M. Lametti a précisé que les droits de la personne étaient au cœur de son action à l’ONU.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a cité les droits de la personne comme l’un des trois piliers de la politique étrangère du Canada, aux côtés de la défense et de la sécurité économique.

Le gouvernement du premier ministre Mark Carney a fait l’objet de critiques soutenues de la part de militants et d’experts pour avoir cherché à éviter de critiquer directement M. Trump au sujet de ses provocations internationales, telles que l'enlèvement effronté du dirigeant autocratique du Venezuela par les forces américaines et les sanctions imposées par Washington à l’encontre d’un juge de la Cour pénale internationale.

Plus récemment, M. Carney a laissé entendre que la guerre menée par M. Trump contre l’Iran «en valait la peine» en raison de la menace nucléaire de Téhéran, alors même qu’il avait précédemment déclaré que cette guerre enfreignait probablement le droit international.

Un siège à briguer

M. Lametti a mentionné que le Canada briguait toujours un siège au Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour la période 2028-2030. Le gouvernement Trudeau avait annoncé cette candidature en mai 2023.

Le vote sur la composition du Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour le mandat 2027-2029 s’achève en octobre. M. Lametti a indiqué que le Canada redoublerait d’efforts publics pour rejoindre le Conseil après cette date.

M. Lametti s’est dit confiant quant à la capacité du Canada à décrocher un siège au Conseil des droits de l’homme, car il existe «de nombreux marchandages» au sein des instances de l’ONU, que le gouvernement d’Ottawa sait habilement gérer.

Il a cité l’exemple de l’élection, le mois dernier, de l’universitaire canadienne Amanda Dale au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, qui, selon lui, est le résultat à la fois d’une excellente candidate et des efforts déployés par les diplomates canadiens pour apporter leur soutien aux candidats d’autres pays au sein d’autres organes des Nations unies.

«À l’ONU, les gens échangent des voix contre des voix; il s’agit donc d’une stratégie à long terme. Elle est mise en œuvre depuis Ottawa, en collaboration avec nous», a-t-il expliqué.

«Les gens attendent du Canada qu’il fasse preuve de leadership en ce moment», a-t-il ajouté.

M. Lametti a avancé que M. Carney avait renforcé la visibilité du Canada grâce à son discours prononcé en janvier lors du Forum économique mondial de Davos, dans lequel il avait exhorté les puissances moyennes à s’unir.

D'autres inquiétudes

La campagne du Canada pour le siège dédié aux droits de la personne intervient alors que de nombreux pays en développement s’alarment de la manière dont la guerre menée par M. Trump contre l’Iran a entravé l’accès aux engrais et à d’autres fournitures essentielles.

Ces pays critiquent également vivement les bombardements israéliens au Liban et dans les territoires palestiniens, ainsi que le peu d’attention accordée par la communauté internationale aux violences ethniques brutales au Soudan.

L’Allemagne n’a pas réussi à entrer au Conseil de sécurité de l’ONU pour la première fois le mois dernier, un revers majeur que les militants ont interprété comme un rejet du soutien indéfectible de Berlin à Israël. M. Lametti a attribué cet échec à un problème de moment choisi.

«Ils se sont lancés tardivement. Et cela s’explique en grande partie par le fait que bon nombre de ces accords avaient déjà été conclus avant que l’Allemagne n’entre dans la course», a-t-il soutenu, ajoutant que le Canada s’était probablement lui aussi lancé trop tard dans la course au Conseil de sécurité en 2020.

M. Lametti a également indiqué que les droits de la personne guidaient la position du Canada sur une réforme plus large de l’ONU, qui envisage de fusionner des agences et de fermer des bureaux afin de réaliser des économies.

Le Canada a soulevé des questions précises concernant une proposition visant à fusionner ONU Femmes — qui se concentre globalement sur les droits à l’égalité — avec le Fonds des Nations unies pour la population, qui se consacre à la santé sexuelle et reproductive.

«Nous ne voulons pas jeter le bébé avec l’eau du bain», a fait savoir M. Lametti, ajoutant que le Canada était tout à fait favorable aux «gains d’efficacité opérationnelle», mais pas si ceux-ci discréditent un travail essentiel, tel que la défense des femmes afghanes.

«On ne fusionnerait pas deux institutions dont les modes de fonctionnement sont très différents sans avoir de bonnes raisons de le faire, sans disposer de preuves. C’est pourquoi nous demandons ces preuves», a-t-il expliqué.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne