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Le Collège LaSalle de Montréal rouvrira ses portes avec un sursis donné par un juge

Le Collège LaSalle de Montréal rouvrira ses portes avec un sursis donné par un juge
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les étudiants du Collège LaSalle se sont dits soulagés et ravis d’apprendre qu’ils pourraient retourner en cours vendredi, après une semaine d’incertitude durant laquelle l’avenir de leur établissement était resté en suspens.

«Je suis aux anges. Je suis juste super heureuse. Je ne sais pas, j’avais l’impression de retenir mes larmes pour quasiment cinq jours», a dit Dominique Goulet, étudiante en deuxième année de design de mode, devant le palais de justice de Montréal.

Une dizaine d’étudiants, d’enseignants et de membres du personnel administratif discutaient sur les marches du palais de justice, à côté d’une courtepointe que les étudiants avaient cousue et sur laquelle on pouvait lire: «Pas d’école, pas d’avenir. Gardez nos portes ouvertes.»

Jeudi, un juge a prolongé la protection contre les créanciers accordée au Collège LaSalle, alors que l’établissement fait face à près de 30 millions $ d’amendes infligées par le gouvernement du Québec. Les subventions gouvernementales accordées au collège seront également rétablies, tandis que l’établissement négocie un plan de remboursement avec la province.

Ces amendes découlent d’une loi linguistique de 2022 adoptée par le gouvernement provincial, qui imposait des limites au nombre d’étudiants dans les programmes collégiaux anglophones.

Au cours de l'année scolaire 2023-2024, première année d'application de ces nouvelles limites, le Collège LaSalle a dépassé son quota de 716 étudiants et s'est vu infliger une amende de 8,8 millions $. L'année suivante, l'établissement a dépassé son quota de 1066 étudiants et s'est vu infliger une amende supplémentaire de 21 millions $.

L’année dernière, le collège a reporté d’un jour la rentrée en raison de ces amendes.

Le Collège LaSalle est un établissement privé subventionné et l’un des rares au Québec à proposer à la fois des programmes en anglais et en français.

«De nouvelles règles au jeu», selon le juge

En plus de ces amendes, le Collège LaSalle doit rembourser 17,9 millions $ de subventions perçues l’année dernière, ce qui porte sa dette totale à près de 48 millions $.

Au cours de l’audience, le juge Martin Castonguay, qui présidait l’affaire, a reproché au gouvernement provincial de ne pas avoir offert au Collège LaSalle une issue pour rembourser ses dettes et d’avoir tenté de «créer de nouvelles règles au jeu».

«Pourquoi le gouvernement se placerait-il au-dessus du reste du monde ?» a-t-il interrogé.

Il a souligné la nécessité de prendre en compte les 3000 étudiants et les employés du collège dont la vie serait affectée par une éventuelle fermeture.

«On me demande de jeter le bébé avec l’eau du bain. Après seulement dix jours. Je ne le ferai pas», a-t-il dit.

La Cour supérieure du Québec avait initialement accordé au collège un délai de protection de dix jours le 24 août. Cette protection a été prolongée jusqu’au 24 septembre, date à laquelle l’établissement et le gouvernement devront faire le point sur un accord de paiement.

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, s’est exprimée brièvement à ce sujet depuis le début de la campagne électorale.

«Nous allons prendre le temps d’analyser le jugement, mais nous y donnerons suite», a-t-elle dit aux journalistes.

À sa sortie de la salle, Camille Dorvilier-Schell, une étudiante qui avait assisté à l’audience, s’est dite impatiente de retourner en cours.

«C’est absolument incroyable, et c’est ce que nous demandons depuis le début. Nous voulons continuer à aller en cours pendant que le gouvernement et le collège négocient en coulisses», a-t-elle dit.

Nathalie Simard et Lara Jaber, respectivement présidente et vice-présidente du syndicat des enseignants du Collège Lasalle, se sont dites soulagées et ont indiqué que les enseignants étaient prêts à entamer la rentrée.

«Nous sommes également heureuses pour les élèves, qui vivaient dans une certaine incertitude depuis deux semaines, et qui vont enfin retrouver une certaine tranquillité», a dit Mme Jaber.

La question des sommes dues par le Collège LaSalle au gouvernement provincial reste en suspens. Jeudi, Claude Marchand, directeur du Collège LaSalle, a une nouvelle fois qualifié l’amende de «disproportionnée».

«Mais pour ce qui est le plus important, c'est de remplir notre mission première, à savoir le retour de nos élèves en classe, et c’est assuré jusqu’à la fin de l’année scolaire», a-t-il déclaré.

Mme Dorvilier-Schell a dit qu’elle ne craignait pas que ses camarades de classe et elle-même aient à revivre cette situation l’année prochaine. À ses yeux, les propos du juge contre les amendes, ainsi que la vague de soutien dont les étudiants ont bénéficié, devraient les protéger à l’avenir.

À la sortie du tribunal, Mme Goulet, l’étudiante en mode, a affirmé qu’elle restait inquiète quant à ce qui se passerait à la prochaine rentrée.

«Je suis prête à me battre à nouveau l’année prochaine si nécessaire», a-t-elle ajouté.

Et si cela s’avère nécessaire, leur courtepointe de protestation sera prête à l’emploi.

«On n’aura qu’à la réutiliser l’année prochaine, en y ajoutant quelques points de couture», a-t-elle dit en riant.

— Avec des informations fournies par Patrice Bergeron

Marieke Glorieux-Stryckman, La Presse Canadienne