Le Nouveau-Brunswick accueillera une usine de TNT destinée à approvisionner l'OTAN
FREDERICTON — Une entreprise privée canadienne prévoit de construire une usine d’explosifs au Nouveau-Brunswick qui, selon elle, pourrait doubler la quantité de TNT produite chaque année par les pays de l’OTAN.
Patrick Gagnon, PDG de Nalagx Corp., a annoncé que cette usine permettrait au Canada de retrouver son statut de grand producteur de munitions, dans un contexte qu’il a qualifié de «crise de la chaîne d’approvisionnement» parmi les alliés occidentaux.
«C’est essentiel pour notre sécurité», a déclaré à La Presse Canadienne M. Gagnon, ancien député libéral qui représentait la circonscription québécoise de Bonaventure-Îles-de-la-Madeleine dans les années 1990.
Le trinitrotoluène, ou TNT, est utilisé dans les obus d’artillerie, les bombes et les grenades. M. Gagnon a indiqué qu’il souhaitait contribuer à accroître l’offre de ce matériau explosif et à diversifier ses sources d’approvisionnement.
Les pays de l’OTAN sont actuellement approvisionnés presque exclusivement par une usine polonaise qui produit entre 10 000 et 12 000 tonnes de TNT par an, destinées aux obus d’artillerie de 155 mm et aux bombes aériennes.
Mais le site que Nalagx prévoit d’implanter à Belledune, au Nouveau-Brunswick, permettrait de doubler cette capacité en produisant 10 000 tonnes d’explosifs, a déclaré le PDG.
«Nous allons rétablir l’équilibre sur le marché, et le Canada dispose de toutes les matières premières nécessaires pour produire des explosifs de qualité», a-t-il affirmé.
Nalagx a examiné les propositions de plusieurs provinces et de deux États américains avant de choisir une zone dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, pour laquelle le gouvernement provincial avait proposé un bail.
Dans une lettre datée du 30 juillet et transmise aux médias cette semaine, le ministre des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick a proposé à Nalagx six kilomètres carrés de terrain appartenant à l’État pour l’implantation de l’usine.
Dans cette lettre, John Herron a qualifié ce terrain d’«emplacement favorable» en raison de la proximité des routes, des voies ferrées et du port de Belledune, un port en eau profonde spécialisé pouvant accueillir de grands navires de fret sur l’océan Atlantique.
«Ce projet représente un développement potentiellement positif pour la croissance économique continue du Nouveau-Brunswick», a écrit M. Herron.
Nalagx devra élaborer des plans d’ingénierie et mener à bien une étude d’impact environnemental avant de pouvoir lancer la construction de l’installation.
L’entreprise espère lancer les travaux d’ici fin 2027 et voir l’usine pleinement opérationnelle d’ici 2030.
La première phase du projet permettrait de créer environ 250 emplois, selon Patrick Gagnon. À mesure que l’entreprise agrandira son site, il estime qu'elle pourrait embaucher près de 1000 employés.
La majeure partie du TNT de l’OTAN est fournie par le fabricant polonais Nitro-Chem, soutenu par l’État, depuis que d’autres pays alliés, dont les États-Unis, ont fermé leurs usines de munitions dans les années 1980.
Cependant, les chaînes d’approvisionnement étrangères sont mises à rude épreuve depuis le début de la guerre en Ukraine en 2021. En réponse, les États-Unis et d’autres alliés ont soutenu la relance de la production nationale d’explosifs.
«Il faut en vouloir à l’Occident, car nous avons démantelé ou mis en sommeil toutes ces capacités il y a plus de 40 ans — aujourd’hui, nous essayons de les reconstruire», a ajouté M. Gagnon.
Nalagx ne se contentera pas de fabriquer du TNT pour les armées occidentales.
Patrick Gagnon a précisé qu’environ 30 à 40 % de la production de l’usine de la région de Belledune serait destinée aux secteurs minier et de la construction, alors même que ces industries connaissent un essor dans la province.
«Si l’on veut relancer l’industrie minière au Canada, il faut des produits énergétiques, il faut des explosifs», a-t-il souligné.
«Il faut donc disposer d’un approvisionnement suffisant pour ne pas dépendre de sources étrangères. Le moment est donc bien choisi, c’est le moment idéal.»
Le PDG de Nalagx a également confirmé que son entreprise comptait annoncer prochainement le nom d’un partenaire chargé de gérer les opérations quotidiennes du site, l’une des conditions posées par le gouvernement pour la mise à disposition du terrain.
— Avec des informations de l’Associated Press.
Eli Ridder, La Presse Canadienne

