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Les boissons chaudes augmenteraient le risque de cancer de l'œsophage

Les boissons chaudes augmenteraient le risque de cancer de l'œsophage
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La consommation régulière de boissons extrêmement chaudes, comme du thé ou du café, pourrait tripler le risque de cancer de l'œsophage, prévient une nouvelle étude britannique.

Le risque concerne plus spécifiquement la forme la plus courante de cancer de l'œsophage, le carcinome épidermoïde de l'œsophage.

«Des études asiatiques ont démontré que ce sont des cancers qui sont augmentés par la boisson très, très chaude, par la cigarette, l'alcool et d'autres irritants des muqueuses œsophagiennes, a dit le docteur Moishe Liberman, qui est chirurgien thoracique et directeur du Centre endoscopique trachéo-bronchique et œsophagien du CHUM.

«Cette fois, on parle d'une population occidentale qui est plus similaire à la nôtre.»

Les chercheurs britanniques ont analysé des données provenant de près d'un million de sujets à qui ils ont demandé à quelle température ils préféraient consommer leurs boissons (allant de 'je n'en bois jamais/je préfère ne pas répondre' à 'très chaudes') et, le cas échéant, combien ils en buvaient par jour (plus ou moins de six).

Un peu moins de la moitié des participants ont déclaré consommer au moins six boissons chaudes par jour, tandis qu'environ 15 % ont rapporté préférer leurs boissons très chaudes. Le Centre international de recherche sur le cancer calcule qu'une boisson est «très chaude» à partir de 65 ℃ et estime qu'elle est alors «probablement cancérigène pour l'humain».

Les auteurs de l'étude admettent toutefois que la température exacte des boissons n'a pas pu être mesurée et que les perceptions de 'chaud' ou 'très chaud' peuvent varier d'une personne à l'autre.

«On n'a pas de contrôle de la température, a effectivement déploré le docteur Liberman. Si une personne pense que sa boisson tiède est chaude et si une autre personne pense que sa boisson chaude est tiède... Ce n'est pas une étude randomisée prospective où on a pris deux groupes de sujets à qui on a donné des boissons dont la température avait été mesurée. Il pourrait y avoir beaucoup de biais.»

Cela étant dit, des études similaires ont souvent été menées en Asie et il n'y a pas vraiment de raison de remettre en question les conclusions de celle-ci, précise-t-il.

Sur une période de suivi d'une douzaine d'années, le risque de carcinome épidermoïde de l'œsophage était deux fois plus élevé chez les sujets qui préféraient leurs boissons chaudes plutôt que tièdes, et trois fois plus élevé chez ceux qui les préféraient très chaudes.

Consommer au moins six boissons chaudes par jour augmentait le risque de carcinome épidermoïde de l'œsophage de 71 %.

«Le mécanisme le plus probable est une lésion thermique, susceptible d'altérer l'intégrité des muqueuses et de favoriser les processus cancérigènes», expliquent les auteurs de l'étude.

Ces muqueuses, a expliqué le docteur Liberman, forment la couche interne de l'œsophage, soit celle qui vient directement en contact avec la nourriture, la fumée de cigarette ou l'alcool. Des dommages pourront ouvrir la porte au développement d'un cancer.

«C'est similaire au soleil et au mélanome, a-t-il comparé. Ce n'est pas exactement le même principe, mais on parle d'une irritation locale.»

Les associations observées entre la température préférée des boissons, la fréquence de consommation de boissons chaudes et le risque, ajoutent les auteurs de l'étude, n'ont été que relativement peu influencées «par l'ajustement sur les principaux facteurs de confusion, notamment le statut tabagique ou la consommation d'alcool».

Ces associations étaient évidentes «tant chez les personnes n'ayant jamais fumé que chez les buveurs modérés et ne peuvent donc probablement pas s'expliquer par un effet de confusion résiduel», précisent les chercheurs.

La consommation de boissons chaudes n'a pas été associée à une autre forme de cancer de l'œsophage, l'adénocarcinome de l'œsophage, qui compte parmi ses facteurs de risque le tabagisme, l'obésité et le reflux gastrique.

«J'aime aussi mon café très, très chaud, a conclu le docteur Liberman. Mais depuis que j'ai lu cette étude, j'attends quelques minutes avant de boire mon café, même si je l'aime très, très, très chaud (...) je vais changer parce que je ne veux pas augmenter mon risque.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par l'International Journal of Cancer.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne