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Les environnementalistes ont essuyé une «lourde défaite», reconnaît David Suzuki

durée 08h09
18 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

David Suzuki admet sa défaite, du moins en partie.

Le généticien devenu écologiste, qui fêtera bientôt ses 90 ans, a évoqué son héritage à l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage, «Lessons from a Lifetime», un recueil de photos et d'anecdotes de sa vie, ainsi que de témoignages de ceux qu'il a inspirés.

«Pour moi, l'héritage le plus important que je souhaite transmettre à mes petits-enfants, c'est: "Regardez, j'ai essayé. Je vous aime. J'ai fait de mon mieux pour vous. Et j'ai essayé"», a-t-il déclaré lors d'un appel vidéo le mois dernier.

«On ne juge pas une personne à sa réussite – car nous avons échoué, les écologistes ont essuyé une lourde défaite – mais au fait d'avoir essayé.»

Cet échec peut se quantifier de deux manières, a-t-il expliqué: d'abord, par les objectifs manqués; les buts non atteints. Les scientifiques ont averti, par exemple, que nous ne pouvions pas laisser les températures augmenter de 1,5 degré au-dessus des niveaux préindustriels avant 2100 – un seuil qui a été franchi l'an dernier.

«Nous ne pourrons pas revenir en arrière et nous ignorons ce que l'avenir nous réserve», a-t-il soutenu.

Mais cet échec se manifeste aussi par le peu d'importance que nous accordons à l'environnement, a-t-il ajouté – ce qui est difficile à accepter, car il a consacré sa vie à sensibiliser le public à cette cause.

Des funérailles avant l'heure

Son nouveau livre, qui est déjà disponible, reprend en grande partie des extraits de son autobiographie publiée en 2006. Il y relate son expérience de généticien étudiant les drosophiles, sa reconversion de professeur en animateur scientifique à la CBC, et ses décennies d'activisme environnemental qui l'ont mené aux quatre coins du monde.

«Lessons from a Lifetime» est, à certains égards, un témoignage de l'héritage de M. Suzuki. À d'autres égards, a-t-il relaté, les témoignages qu'il contient lui donnent des allures d'hommage prématuré.

«Aux funérailles, les gens font tout un discours sur la gentillesse du défunt, mais il est mort», dit-il en riant.

«J'ai toujours dit que je voulais avoir mes propres funérailles avant de mourir. Et d'une certaine manière, ce livre est un peu comme des funérailles.»

Dans le livre, sa fille aînée, Tamiko Suzuki, se souvient comment son père l'emmenait visiter un marais voisin lorsqu'elle était enfant; le financier et membre du conseil d'administration de la Fondation Suzuki, Stephen Bronfman, dit qu'il considère le militant comme un frère dans la lutte pour mère Nature et l'autrice Margaret Atwood le décrit comme «intemporel».

L'ancien premier ministre Justin Trudeau a qualifié M. Suzuki de «mentor, de source d'inspiration et d'ami, mais aussi de détracteur, d'opposant et de véritable casse-pieds». L'actrice et militante Jane Fonda se souvient de leur rencontre dans les années 1980: «J'ai été frappée par son beau visage, l'éclat pétillant de son regard et sa carrure athlétique. (Il portait un short.)»

Des victoires et un grand revers

Bien que son livre relate ses nombreuses victoires, David Suzuki estime que les gouvernements n'ont pas retenu son message essentiel.

«On oublie souvent que les mots économie et écologie sont intimement liés. L'écologie, c'est notre foyer, notre domaine, l'endroit où nous vivons», a-t-il déclaré.

«L'écologie est l'étude de notre environnement. L'économie, c'est la gestion de nos foyers.»

Dès lors, s'est-il interrogé, pourquoi les dirigeants mondiaux privilégient-ils les finances à court terme au détriment du destin à long terme de la planète?

«On pourrait penser que nos systèmes économique, politique et juridique reposeraient tous sur le principe que l'air, l'eau, la terre qui nous nourrit, les plantes qui captent la lumière du soleil, l'énergie solaire, voilà ce qui nous maintient en vie et en bonne santé», a-t-il souligné.

Bien qu'il continue d'inciter les gouvernements et les entreprises à revoir leurs priorités, l'objectif n'est plus la prévention de la catastrophe climatique.

«Je dis: la science est formelle. Nous avons franchi tous les points de non-retour et nous ne pouvons rien y faire, a-t-il expliqué. Nous entrons en territoire inconnu, mais nous pouvons au moins essayer de minimiser les effets de ce qui nous attend.»

Tisser des liens

Pour y parvenir, il est notamment important d'encourager les gens à tisser des liens.

Ces dernières semaines, lui et son épouse Tara Cullis, cofondatrice de la Fondation David Suzuki, ont entamé une tournée de 16 dates avec leur pièce de théâtre «What You Won't Do For Love», dans laquelle le couple revient sur leurs 50 ans de vie commune. «Tara et moi avons montré ensemble ce que deux personnes amoureuses l'une de l'autre et de la Terre peuvent accomplir», a-t-il soutenu.

Ce qu'il apprécie particulièrement dans ce spectacle, c'est la façon dont il rassemble les gens et favorise les échanges.

C'est là, selon lui, que chacun peut faire la différence en cas de catastrophe.

«Qui sont les gens de votre quartier? a-t-il demandé. Y a-t-il des personnes à mobilité réduite qui auront besoin d'aide? Savez-vous vous servir d'une tronçonneuse? Êtes-vous plombier et pouvez-vous accéder à l'eau? Quelqu'un possède-t-il une génératrice?»

Si les gens tissent des liens dans un contexte de calme relatif, les crises seront bien plus faciles à gérer, a-t-il affirmé.

C'est pourquoi, le lendemain de chaque représentation, il organisait des rencontres où les membres de la communauté travaillant dans différents secteurs – logement, santé publique, par exemple – pouvaient se rencontrer et discuter.

«Je pense que les gens trouveront cela très enrichissant. Tout est là, au sein de la communauté», a-t-il conclu.

Nicole Thompson, La Presse Canadienne