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Les femmes font tranquillement leur place en sport automobile

durée 15h36
16 juin 2022
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

MONTRÉAL — Le jour où une femme pilotera en Formule 1 n'est peut-être pas si loin que ça, finalement. C'est du moins ce que croient les pilotes canadiennes Nicole Havrda, Demi Chalkias et Cherie Storms.

Le trio a formé une équipe entièrement féminine qui a participé en octobre 2021 à une course d’endurance de nuit sur le circuit de Buttonwillow, en Californie, dans le cadre du Western Endurance Racing Championship. 

Le projet du trio est lié à la plateforme «She’s Mercedes», une initiative mondiale de Mercedes-Benz mettant en valeur des femmes qui se démarquent dans le sport automobile.

«C'était merveilleux de faire partie d'une équipe composée entièrement de femmes fortes, qui voulaient abattre des barrières en se faufilant au sein du peloton. C'est un souvenir que je chérirai pour toute ma vie, même si nous avons dû abandonner en raison d'un problème mécanique», a déclaré Chalkias en visioconférence jeudi.

La principale intéressée a cependant indiqué qu'elles étaient parvenues à se qualifier en quatrième place sur la grille de départ, et que les chances de podium semblaient très bonnes avant l'incident. 

«Malheureusement, la chance n'était pas de notre côté, mais c'est aussi ça la course automobile», a ajouté Chalkias en riant. 

Ces trois femmes ont été sélectionnées par Melanie Paterson, une ancienne pilote de course évoluant dans les sports motorisés depuis 1999. Elle les a également entraînées et encadrées pour les préparer à la course.

«Elles comprenaient toutes ce que c’était que d’être la seule femme dans leur domaine et étaient ravies d’avoir l’occasion de travailler ensemble et de s’imposer comme des compétitrices sérieuses, a déclaré Paterson. La représentation est importante, et je sais que de voir ces incroyables coureuses automobiles inspirera de nombreuses jeunes femmes.»

L'Ontarienne originaire de Stouffville croit fermement qu’il faut enseigner aux enfants, dès leur plus jeune âge, qu’ils peuvent tout faire. Elle aime montrer aux femmes et aux jeunes filles qu’elles peuvent réussir dans les sphères dominées par les hommes.

«C'est notre mission, en tant que minorité dans les paddocks, de paver la voie aux femmes pour l'avenir du sport automobile. Il faut leur montrer qu'elles ont le droit de rêver, que ce rêve leur est accessible et qu'il n'y a aucune raison pour elle de ne pas pouvoir rivaliser avec les hommes. C'est le message que je veux envoyer aux gens», a dit Chalkias avec aplomb.

La pilote âgée de 27 ans a aussi fait preuve de détermination face à l’adversité. En 2021, elle a reçu un diagnostic de tumeur ténosynoviale à cellules géantes, une maladie rare qui s’attaque aux articulations. Après une intervention chirurgicale et un rétablissement spectaculaire, Chalkias fait à nouveau parler d’elle au volant. 

«Cette tumeur était agressive et elle a attaqué mon genou gauche. Elle devait être retirée le plus tôt possible, et je suis passée sous le bistouri environ un mois avant l'épreuve en Californie. La période de rééducation devait être longue, mais j'étais déterminée à retourner dans la voiture le plus vite possible et j'ai travaillé très fort pour y parvenir. Ç'a fonctionné, et c'est tout ce qui comptait pour moi», a résumé celle qui a remporté le championnat Pirelli GT4 Sprint 2018 et le championnat Pirelli GT3 Sprint 2020.

L’objectif à court terme de Chalkias, qui en est à sa huitième année en sport automobile, est de se classer parmi les 10 premières aux 24 Heures de Spa (circuit de Spa-Francorchamps), en Belgique, du 28 au 31 juillet.

D'autre part, Havrda, Chalkias et Storms feront aussi l'objet d'un long métrage documentaire qui portera sur leur épopée, et la plateforme de diffusion de celui-ci sera annoncée plus tard cet été.

Latifi croit qu'une femme fera le saut en F1

Pour leur part, les pilotes de F1 semblent de plus en plus enclins à voir un jour une femme sur la grille de la série reine du sport automobile. 

Le septuple champion du monde, le pilote Mercedes Lewis Hamilton, s'est déjà exprimé en faveur d’un renforcement des efforts visant à accroître la diversité dans ce sport. Havrda était d'ailleurs supposée rencontrer Hamilton en fin de journée jeudi.

«Un immense honneur, et un rêve devenu réalité», a assuré Havrda, les yeux pétillants. 

Le pilote de l'équipe Williams Nicholas Latifi croit aussi que la diversité est de plus en plus tangible dans le sport automobile, lors d'un entretien avec La Presse Canadienne plus tôt cette semaine. 

«Il n'y a rien qui puisse empêcher une femme d'accéder à la F1. Ce sport n'a jamais eu de barrière physique, comme d'autres sports professionnels qui ont des ligues masculines et féminines. Un jour, pas si lointain, il y aura des opportunités pour les femmes», a évoqué Latifi. 

Évidemment, la représentativité féminine en F1 n'augmentera pas du jour au lendemain pour des motifs bien simples, selon le Torontois âgé de 26 ans.

«Le problème, c'est qu'en F1 il n'y a que 20 sièges présentement, et un grand nombre de pilotes luttent pour ces sièges-là. C'est déjà très difficile pour un homme d'obtenir un volant en F1, et si on observe le ratio hommes/femmes en sport automobile, alors ça devient encore plus difficile pour elles. Ce n'est pas un enjeu physique, mais simplement une question de probabilités», a expliqué Latifi. 

Le Canadien a ajouté que plusieurs initiatives sont déjà en place afin de développer le sport automobile féminin, ce qui renforce son opinion au sujet de l'arrivée d'une femme en F1. 

«La série W fait du bon travail pour mettre en lumière le talent des pilotes féminines en course automobile. C'est une bonne école, et un excellent tremplin pour l'avenir. Et plus il y aura de femmes qui lutteront pour des sièges en série W, alors plus les chances augmenteront de voir un jour une femme en F1. Mais ça va arriver un jour, j'en suis certain», a conclu Latifi.

Alexandre Geoffrion-McInnis, La Presse Canadienne