Les totems du sentier de Chilkoot témoignent de la longue histoire de cet itinéraire
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Par La Presse Canadienne, 2026
Deux totems sculptés en cèdre encadrent désormais l’extrémité canadienne du sentier Chilkoot, rappelant en permanence que cet itinéraire, surtout connu comme la voie menant aux champs aurifères du Yukon lors de la ruée vers l’or des années 1890, possède une histoire qui remonte bien plus loin.
Long de 53 kilomètres, le sentier du Chilkoot relie Dyea, en Alaska, à Bennett, en Colombie-Britannique, et constituait autrefois la route périlleuse empruntée par les chercheurs d’or qui espéraient faire fortune dans le Klondike. Il est aujourd’hui parcouru par des milliers de randonneurs chaque année.
Sean McDougall, directeur général par intérim de la Première Nation de Carcross/Tagish au Yukon, a indiqué que les discussions avec Parcs Canada concernant l’installation de ces totems duraient depuis des années.
«Nous avons commencé à discuter d’une nouvelle image de marque et de la nécessité de raconter l’histoire complète du sentier, au lieu de nous en tenir à ce qui se faisait à l’époque, qui mettait principalement l’accent sur la ruée vers l’or», a-t-il mentionné lors d’une entrevue.
«Il est important pour nous de reconnaître que ce sentier possède une histoire bien plus longue et bien plus riche que celle qui était racontée jusqu’à présent», a-t-il soutenu.
Le sentier du Chilkoot est un lieu historique national du Canada en raison du rôle qu’il a joué dans le déplacement massif des chercheurs d’or pendant la ruée vers l’or.
Les totems représentent le corbeau et le loup, les deux groupes qui regroupent les six clans traditionnels de la Première Nation de Carcross/Tagish.
Il a fallu six mois à l’artiste, aidé d’une équipe, pour sculpter ces totems, qui ont ensuite été transportés par train avant d’être installés au pied du sentier, à Bennett.
Les totems sont arrivés en mai à bord d’un wagon à plateforme, couramment utilisé par les touristes, et ont été dévoilés au public vendredi.
Des photos d’époque montrent de longues files d’hommes enfoncés jusqu’à la taille dans la neige boueuse, gravissant l’«escalier doré» quasi vertical dans le cadre de la dernière ligne droite vers les champs aurifères.
Mais pendant des millénaires, les communautés des Premières Nations ont emprunté ce sentier pour se déplacer entre l’intérieur des terres et la côte afin d’assurer leur survie.
«Si l’on remonte dans les récits de nos clans, ces histoires transmises de génération en génération par la tradition orale, ces sentiers peuvent remonter à l’époque de la dernière période glaciaire», a raconté M. McDougall.
«Nous avons des récits de clan qui évoquent les différentes périodes où nous allions de la côte vers l’intérieur des terres», a-t-il ajouté.
M. McDougall décrit le sentier du Chilkoot comme «l’une des principales veines de vie» qui reliait les Premières Nations, utilisé pour la migration par les peuples Tlingit et Tagish, qui vivent principalement au Yukon, dans le nord de la Colombie-Britannique et en Alaska.
«À l’origine, ce sentier servait au commerce, car il y avait un certain nombre de denrées alimentaires et de remèdes que l’on trouvait dans l’intérieur des terres et qui n’existaient pas sur la côte, et vice versa. C’est ainsi que nous avons mis en place et établi ces routes commerciales», a-t-il expliqué.
Il a précisé que ces voyages avaient pour objectif principal la survie en cas de besoin, notamment lors de pénuries alimentaires ou d’épidémies de variole, mais aussi le commerce et les mariages entre communautés.
«C’était véritablement une bouée de sauvetage qui a permis de rapprocher nos proches de la côte et ceux de l’intérieur», a-t-il souligné.
Le grand-oncle de M. McDougall était Keish, également connu sous le nom de Skookum Jim, qui faisait partie du groupe ayant découvert en premier l’or qui allait déclencher la ruée vers le Klondike.
Le célèbre sculpteur Keith Wolfe Smarch, dont les œuvres ont été exposées dans le monde entier et figurent dans la collection privée du roi Charles, a travaillé sur ces totems avec son équipe pendant des mois et a déclaré que c’était la première fois qu’un de ses totems voyageait en train.
Il a expliqué avoir décidé de sculpter le loup et le corbeau pour représenter les peuples des Premières Nations.
«Ce que les gens retiendront en passant devant ces totems, c’est qu’ils reconnaîtront que nous sommes présents ici, que nous sommes toujours là, et que tout ne se résume pas à la ruée vers l’or», a-t-il avancé.
Ashley Joannou, La Presse Canadienne