Mark Carney part pour la France afin de renforcer les liens avec l'Union européenne
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney s'envole vers la France mardi avant de prendre la parole devant le Parlement européen, où il espère renforcer les liens avec l'Union européenne.
M. Carney a été invité par Roberta Metsola, présidente du Parlement européen — une fonction similaire à celle de président de la Chambre des communes —, pour s'adresser aux 720 représentants des 27 États membres de l'UE à Strasbourg, en France.
Cette visite intervient alors que M. Carney tente de forger une «alliance unique» avec l’Europe, fondée sur des valeurs et des priorités communes.
«Nous menons des discussions assez larges couvrant un certain nombre de secteurs», a indiqué mardi l’ambassadeur du Canada auprès de l’UE, Jonathan Wilkinson, à La Presse Canadienne.
«Ce n’est pas tout. Il s’agit des domaines dans lesquels nous pensons réellement pouvoir nous entraider en travaillant ensemble», a précisé l’ancien ministre de l’Énergie, citant les perspectives de collaboration dans les domaines des minéraux critiques, de l’énergie nucléaire et de l’hydrogène, de l’intelligence artificielle et du calcul intensif.
L’ambassadrice de l’UE au Canada, Geneviève Tuts, a déclaré la semaine dernière que les deux parties identifiaient des domaines de coopération supplémentaires — au-delà de l’accord commercial existant, du pacte sur l’industrie de la défense et du partenariat stratégique.
On ignore encore quelle forme prendra ce nouvel accord. Le Wall Street Journal a laissé entendre cette fin de semaine que M. Carney étudiait la possibilité pour le Canada de devenir un «membre associé» de l’Union européenne. Un tel statut de membre associé n’existe pas actuellement.
Alors qu’il se trouvait dimanche sur le tapis rouge du Festival international du film de Toronto, M. Carney a été interrogé sur l’article du Wall Street Journal. Il a répondu que le Canada ne cherchait pas à devenir membre de l’Union européenne, mais qu’il souhaitait établir une «alliance unique» avec ce bloc économique.
Mme Tuts a souligné qu’il était peu probable qu’un nouvel accord soit finalisé cette semaine à Strasbourg.
Elle a ajouté qu’un accord pourrait voir le jour lors du sommet UE-Canada prévu les 29 et 30 octobre à Montréal. M. Carney accueillera à cette occasion la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa.
Bruxelles prévoit déjà d’encourager les députés européens à multiplier leurs rencontres avec les députés et sénateurs canadiens. Lundi, Mme Metsola a annoncé que le Parlement européen allait ouvrir un nouveau bureau à Ottawa afin de faciliter ces échanges.
Un itinéraire chargé
M. Carney arrivera à Strasbourg alors que Mme von der Leyen doit prononcer mercredi un discours devant le Parlement européen — ce dernier doit définir les priorités de l'UE, similaire au discours sur l'état de l'Union prononcé par le président américain.
M. Carney devrait rencontrer Mme von der Leyen après son discours.
Le premier ministre doit également se rendre à Manchester, en Angleterre, mercredi soir, puis à Liverpool. Il y rencontrera le premier ministre britannique Andy Burnham — qui occupe ce poste depuis seulement deux mois — et assistera à une partie de soccer de l’Everton dans le cadre de la coupe de la ligue anglaise plus tard dans la soirée.
Le père de M. Burnham est décédé en début de semaine et le Guardian a rapporté qu’il avait annulé ses engagements prévus pour lundi et mardi. Un haut responsable du gouvernement a déclaré à La Presse Canadienne que, lundi, la rencontre prévue mercredi entre MM. Carney et Burnham devait toujours avoir lieu.
M. Carney doit reprendre l’avion pour Strasbourg mercredi afin de prononcer un discours devant le Parlement européen jeudi.
Cette source gouvernementale de haut rang, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a noté que M. Carney ne devrait rien annoncer de nouveau à Strasbourg.
La source a précisé qu’outre un resserrement des liens en matière de défense et de commerce, M. Carney cherchait à renforcer les liens de la population avec l’Europe. Les tenants et aboutissants de cette démarche sont encore en train d'être définis.
Hans-Gert Poettering a été président du Parlement européen de 2007 à 2009. Il a remarqué que depuis le discours très médiatisé de M. Carney au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, en janvier, les dirigeants européens se tournaient vers le premier ministre pour obtenir des conseils sur la manière de faire face aux grandes puissances prédatrices.
«C’est un dirigeant politique qui nous montre que nous ne devons pas nous soumettre à des pays autoritaires», a déclaré M. Poettering à La Presse Canadienne lors d’une visite à Ottawa la semaine dernière.
Il a ajouté que les membres du Parlement européen espéraient que M. Carney viendrait en France avec des idées «très concrètes» sur le commerce, l’énergie et les minéraux, ainsi qu’une vision pour la défense des valeurs communes.
«Ces valeurs sont la dignité de l’être humain, la liberté, la démocratie, l’ordre juridique et la paix — et nous pouvons adresser un message au monde entier, invitant les pays à se joindre à nous», a déclaré M. Poettering.
«Nous avons besoin d’actions concrètes et d’un engagement en faveur de nos valeurs communes.»
M. Wilkinson a précisé que l’objectif de M. Carney n’était pas d’adhérer à l’UE, mais de rechercher une collaboration accrue.
«L’adhésion est un pas de trop pour nous», a-t-il affirmé.
«Nous souhaitons nous rapprocher davantage de l’Union européenne et approfondir nos relations avec elle d’une manière qui nous permette réellement de créer davantage d’opportunités économiques et de renforcer la sécurité économique. Mais pas au point de perdre notre capacité à prendre des décisions importantes.»
Troubles en Europe
La visite de M. Carney survient alors que les dirigeants européens sont aux prises avec des crises économiques, environnementales et migratoires, ainsi qu'une montée en puissance des partis d’extrême droite. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a provoqué une flambée des prix des carburants et mis à l’épreuve la détermination européenne.
Les dirigeants européens ont accusé la Russie de soutenir des actes de sabotage au sein des pays de l’OTAN. Ils ont entre autres accusé le Kremlin de payer des jeunes sur internet pour qu’ils vandalisent les voies ferrées servant à acheminer l’aide militaire vers l’Ukraine, et de lancer des incursions de drones qui ont paralysé le fonctionnement des aéroports européens.
Roger Hilton, chercheur associé non résident au Canadian Global Affairs Institute de Vienne, a soutenu que si le Canada cherche à diversifier ses échanges commerciaux au-delà des États-Unis, l'UE ne constituait pas une alternative adéquate.
«L’Europe est aux prises avec tant de problèmes internes. Qu’il s’agisse de questions politiques, d’un manque de compétitivité, du virage numérique, de la dette publique ou de l’évolution démographique», a expliqué M. Hilton.
«Ne vous méprenez pas, l’UE est un géant commercial. Mais l’idée que le Canada puisse miser tout sur l’UE — et que cela permette, disons dans dix ans, de résoudre bon nombre des problèmes auxquels nous sommes confrontés, avec l’UE, n’est pas réaliste. L’UE n’est pas les États-Unis, ni la Chine, ni l’Asie en termes de dynamisme.»
Le Parlement européen a deux sièges: les commissions se réunissent principalement à Bruxelles, tandis que la plupart des grandes séances plénières ont lieu à Strasbourg.
Nick Murray et Dylan Robertson, La Presse Canadienne

