N.-É.: un couple fait don de terres pour créer une «communauté intentionnelle»

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Par La Presse Canadienne, 2026
HALIFAX — Lorsqu'Amy Hendricks et Paul Davie ont quitté Yellowknife pour s'installer à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, trouver le terrain idéal s'est avéré un véritable défi.
«On se disait que ce ne serait pas si compliqué !, raconte M. Davie. On a passé un an, voire dix-huit mois, à chercher à Antigonish l'endroit parfait, celui qui nous correspondait vraiment. Il fallait un zonage adapté et un espace de stationnement.»
Médecin interniste, Mme Hendricks a consacré une grande partie de sa pratique à la cardiologie. Dans les Territoires du Nord-Ouest, elle a parcouru des millions d'hectares pour soigner ses patients là où ils se trouvaient, ce qui l'a habituée à travailler en dehors des hôpitaux traditionnels.
Avec M. Davie, elle a décidé de construire un espace où Mme Hendricks pourrait ouvrir une clinique au rez-de-chaussée et aménager leur logement à l'étage.
Ils ont fait appel à un agent immobilier qui leur a finalement parlé d'un terrain en périphérie de la ville.
«C'était magique», se souvient Mme Hendricks, évoquant sa première visite sur la propriété. Situé au pied du mont Sugarloaf, le terrain était boisé, mais restait à distance de marche de l'hôpital pour Hendricks. «C'était une évidence.»
Mme Hendricks et M. Davie ont acheté le terrain — ses 18,6 hectares.
Mais ils ont rapidement réalisé qu'ils n'avaient pas besoin d'autant d'espace.
«Paul a dit : "Vous imaginez un projet de logements abordables ici ?"», raconte Mme Hendricks.
Le couple a rencontré Colleen Cameron lors d'un concert de charité il y a trois ans. Mme Cameron, présidente du conseil d'administration d'Antigonish Affordable Housing, venait de terminer son discours et se souvenait d'Hendricks venant la voir après le concert.
«Elle a demandé si nous serions intéressés par un terrain pour des logements abordables ?, se souvient Mme Cameron. C'est un rêve pour les organismes sans but lucratif comme nous de recevoir des terrains gratuits. Cela représente une part importante de nos dépenses.»
Mme Cameron a adhéré au projet et a travaillé avec M. Davie et Mme Hendricks pour les mettre en relation avec d'autres organisations intéressées.
La Société Naomi, un organisme sans but lucratif qui offre des logements de transition aux personnes fuyant la violence, et l'Association canadienne pour l'intégration communautaire (ACIC), un groupe œuvrant pour les personnes ayant un handicap physique ou intellectuel, ont chacune acquis un terrain à des fins de développement.
C'est ainsi que la communauté intentionnelle de Sugarloaf a vu le jour.
Des logements cruellement nécessaires
Les bâtiments de l'ACIC, ainsi que la clinique médicale, sont déjà en construction. Mme Cameron espère que les travaux de construction des logements abordables débuteront à la fin de l'été, car ils sont cruellement nécessaires dans la région.
Dans un rapport municipal sur le logement de 2023, la ville d'Antigonish a constaté que près de la moitié des locataires avaient un revenu inférieur au seuil nécessaire pour se loger dans un logement locatif moyen.
Mme Cameron indique que son organisme a pu ouvrir 17 logements entre 2017 et 2018. «Nous avons reçu 120 demandes pour ces 17 logements.»
Patrick McKenna, coordonnateur à la Société Naomi, souligne que le manque de logements abordables peut représenter un risque pour la santé et la sécurité.
«La principale raison pour laquelle les gens ne quittent pas les situations de violence, c'est l'absence d'alternatives face à la crise du logement actuelle», a expliqué M. McKenna.
Il ajoute que si le soutien gouvernemental existe, la situation a évolué ces dernières années.
«On constate que la municipalité de Houston renforce considérablement ses contrôles ; le gouvernement Carney fait de même. Je pense qu'il sera plus difficile pour les organismes sans but lucratif d'obtenir des financements publics.»
C'est pourquoi, selon lui, les projets communautaires comme celui-ci sont si importants : les membres de la communauté sont impliqués et comprennent les besoins de leurs voisins.
Mme Hendricks et M. Davie ont pu constater directement l'impact de la crise du logement dans leur communauté.
«Antigonish compte plusieurs maisons de retraite, a expliqué Mme Hendricks. Avec les salaires qu'elles perçoivent, les personnes travaillant en maison de retraite ne peuvent pas se loger dans la communauté.»
Elle dit avoir entendu parler de travailleurs venant de Port Hawksbury, à environ 40 minutes de route. Mme Hendricks et M. Davie envisagent leur communauté intentionnelle comme un lieu qui contribuera à atténuer certaines de ces pressions et de ces coûts. Ils souhaitent en faire un espace piétonnier, avec éventuellement une garderie et une épicerie de quartier.
Malgré ces grands projets, ni Hendricks ni Davie ne se considèrent comme des philanthropes ou des défenseurs du logement. Ils se voient simplement comme des personnes qui cherchent à partager leur espace et à créer une communauté.
«C’est un terrain dont nous n’avons pas besoin, a expliqué M. Davie. Le laisser à l’abandon nous semblait un peu dommage.»
Emily Baron Cadloff, La Presse Canadienne