Selon des experts, les droits de douane de Donald Trump nuiront aussi aux États-Unis

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Par La Presse Canadienne, 2026
HALIFAX — Des spécialistes du commerce international affirment que la dernière menace du président américain Donald Trump d'imposer des droits de douane de 100 % sur les produits canadiens nuira autant, voire plus, à son économie qu'à celle du Canada.
Ils ajoutent que cela signifie que Donald Trump pourrait être contraint de trouver une issue de secours pour éviter les conséquences économiques désastreuses, à l’instar de son revirement de la semaine dernière concernant ses menaces d’imposer des droits de douane à huit pays européens si le Danemark ne cédait pas la souveraineté du Groenland aux États-Unis.
«Oui, il nuit aux entreprises canadiennes, bien sûr, mais il nuit davantage aux consommateurs américains. Il ne peut s'en empêcher», a déclaré Preetika Joshi, professeure adjointe à la faculté de gestion de l'Université McGill, lors d'une entrevue samedi.
S'adressant au premier ministre Mark Carney en l'appelant «gouverneur», reprenant ainsi une insulte qu'il utilisait déjà à l'égard de l'ancien premier ministre Justin Trudeau, le président a publié un message sur les réseaux sociaux samedi matin affirmant que si M. Carney pense que le Canada peut devenir un simple point de transit pour les produits chinois destinés aux États-Unis, il se trompe lourdement.
«La Chine va dévorer le Canada tout entier, jusqu'à détruire ses entreprises, son tissu social et son mode de vie, a écrit le président sur Truth Social. Si le Canada conclut un accord avec la Chine, il se verra immédiatement imposer un droit de douane de 100 % sur tous les biens et produits canadiens entrant aux États-Unis.»
Plus tôt ce mois-ci, M. Carney s'était engagé à ramener le droit de douane canadien de 100 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine à seulement 6,1 %, avec un quota annuel de 49 000 véhicules. Le Canada a imposé des droits de douane plus élevés sur les véhicules électriques chinois en 2024, en accord avec les États-Unis.
L'entente conclue avec le président chinois Xi Jinping, prévoit que la Chine réduira la plupart de ses droits de douane de rétorsion sur les produits agricoles canadiens, notamment le homard, le crabe et le canola.
Lana Payne, présidente nationale d'Unifor, a indiqué dans un communiqué que Donald Trump ressort ses vieilles tactiques et qu'il s'agit simplement d'une nouvelle menace de la part du président américain. Bien qu'elle ait critiqué l'accord commercial avec la Chine en raison de ses répercussions sur ses membres qui fabriquent des automobiles en Ontario, le véritable problème, c'est M. Trump.
«Il se nourrit du chaos, a lancé Mme Payne. Unifor a été très clair quant à ses vives inquiétudes concernant l'accord sur les automobiles avec la Chine, mais rien de tout cela ne change le fait que le cœur du problème réside dans un président américain qui, par le biais des droits de douane, s'emploie à détruire chirurgicalement notre économie industrielle.»
Elle a ajouté que la dernière menace de Donald Trump renforce la nécessité pour le Canada d'adopter des politiques industrielles fortes. «La réalité, c’est que ce sont aussi les travailleurs et les entreprises américains qui paieront le prix de ses politiques destructrices», a-t-elle souligné.
Elle a ajouté que ces politiques doivent être claires: si vous voulez vendre au Canada, vous devez y construire.
La réaction de Donald Trump ne surprend pas
Romel Mostafa, professeur adjoint de commerce international à la Ivey Business School de l’Université Western, a énoncé que le voyage de Donald Trump la semaine dernière au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, ne s’était pas très bien déroulé pour lui. Il a notamment évoqué son refus d’inclure le Groenland dans ses projets, ainsi que le discours de M. Carney lors de cet événement, qui a fait les manchettes du monde entier.
Sans nommer directement le président américain, le premier ministre a averti que l’ancien ordre mondial était mort et a exhorté les puissances moyennes à s’unir face aux pressions économiques exercées par les grandes puissances.
M. Mostafa a assuré qu’il n’était pas surpris par la réaction virulente de M. Trump, ajoutant que l’accord commercial avec la Chine n’est pas un moyen d’inonder le marché américain d’importations chinoises bon marché. «Il est un peu étrange de s'en prendre au Canada, car il s'agit d'un accord très équilibré et finement négocié avec la Chine», a-t-il exprimé samedi lors d'une entrevue.
Matthew Holmes, de la Chambre de commerce du Canada, a déclaré que le gouvernement canadien avait clairement indiqué que l'accord avec la Chine concernait les consommateurs et les entreprises du Canada et de la Chine, et non des «manœuvres visant d'autres marchés».
«Parallèlement, les États-Unis ont affirmé qu'ils poursuivaient également leurs propres accords commerciaux avec la Chine», a expliqué M. Holmes, vice-président exécutif et chef des politiques publiques de la Chambre, dans un communiqué.
«Aucune entreprise ne peut survivre indéfiniment avec un seul client. Et notre économie mondiale est en pleine mutation», a-t-il dit.
M. Holmes a ajouté que des relations stables avec la Chine ou d'autres pays ne visent pas à remplacer nos relations avec les États-Unis, qui, selon lui, continuent de profiter aux travailleurs, aux consommateurs et à la compétitivité nord-américaine.
Le Bureau du représentant américain au commerce a indiqué que le Canada était la première destination des exportations américaines en 2024 et le troisième fournisseur des États-Unis. Plus de 909 milliards $US de biens et services ont été échangés entre les deux pays.
Environ 85 % des marchandises canadiennes sont expédiées aux États-Unis sans droits de douane en vertu d'un accord de libre-échange. La plupart des produits non couverts par cet accord sont assujettis à un droit de douane de 25 %.
On ne sait pas encore si les menaces de droits de douane de Donald Trump s'appliqueront aux produits conformes à l'ACEUM.
L'accord commercial fait l'objet d'un réexamen cette année.
Devin Stevens, La Presse Canadienne