Trois ordres professionnels inquiets de pratiques d'hormonothérapie pour la ménopause

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La ménopause a été largement médiatisée au cours des dernières années au Québec, et de nombreuses femmes ont cherché à soulager leurs effets secondaires. Or, des «pratiques préoccupantes» inquiètent trois ordres professionnels, ce qui les a amenés à faire une sortie conjointe mercredi matin.
Le Collège des médecins du Québec (CMQ), l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) et l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) ont publié deux avis, l'un adressé à leurs membres et l'autre au public, afin de rappeler les bonnes pratiques déontologiques.
Les ordres se sont dits préoccupés par certaines pratiques chez les professionnels. Rappelons que par le passé, des médias avaient fait état de patientes se faisant prescrire trop d'hormones trop rapidement ainsi que de bilans sanguins parfois inutiles.
«Dans les derniers mois, le CMQ et l’OIIQ ont été interpellés à plusieurs reprises au sujet de pratiques préoccupantes liées à la prise en charge des femmes présentant des symptômes associés à la périménopause et postménopause. Pour sa part, l’OPQ a dû répondre à de nombreuses questions relatives à l’hormonothérapie», peut-on lire dans l'avis envoyé aux professionnels.
Les trois ordres disent vouloir rappeler «les obligations professionnelles et déontologiques aux médecins, aux infirmières, notamment aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) et aux pharmaciens qui offrent des soins et des services liés à l’hormonothérapie», dans le but d'assurer une pratique sécuritaire pour le public. On précise que cela concerne les prescriptions, les préparations, les conseils et la délivrance des produits.
«Les médecins, les infirmières, notamment les IPS, et les pharmaciens sont tenus de faire preuve de rigueur dans la prescription ou la recommandation de bilans paracliniques. Ceux-ci doivent être requis en fonction de l’évaluation clinique, puis appuyés par les données probantes et les recommandations reconnues. La prescription de bilans inutiles, extensifs ou sans valeur clinique démontrée, constitue une pratique non conforme aux obligations professionnelles et déontologiques», indique l'avis aux membres.
S'appuyer sur des données probantes
Dans l'avis adressé aux patientes, on mentionne que plusieurs approches existent pour les symptômes de la ménopause, mais qu'elles ne sont pas toutes appuyées par des preuves scientifiques. On invite les patientes à se tourner vers les traitements d’hormonothérapie approuvés par Santé Canada, ce qui permet de valider les normes d'efficacité et de sécurité.
«Devant la multitude de traitements visant les symptômes de la ménopause et offerts sur le marché, il s’avère important de rappeler qu’ils ne s’appuient pas tous sur des preuves scientifiques établies. Les médecins doivent agir conformément à leurs obligations déontologiques lorsqu’ils accompagnent une patiente dans le cadre d’un traitement d’hormonothérapie», commente dans une déclaration écrite le président du CMQ, le Dr Mauril Gaudreault.
Lorsqu'une patiente souhaite soulager les effets de la ménopause, les IPS et les médecins vont pouvoir évaluer les symptômes, discuter des options possibles pour trouver le bon traitement. Les pharmaciens pourront quant à eux assurer un suivi de la thérapie et y apporter des ajustements au besoin, en collaboration avec les médecins et infirmières, a mentionné dans une déclaration écrite le président de l'OPQ, Jean-François Desgagné.
«Comme tous les professionnels de la santé, les pharmaciens ont l'obligation de s'appuyer sur des données probantes et de recommander uniquement des produits homologués par Santé Canada — une garantie fondamentale de sécurité pour les patientes. C'est dans cet esprit que l'OPQ s'est joint au CMQ et à l'OIIQ pour rappeler à l'ensemble des professionnels concernés leurs obligations déontologiques, et pour que chaque femme puisse recevoir des soins rigoureux, sécuritaires et adaptés à sa situation.»
Le président de l'OIIQ, Luc Mathieu, a fait valoir que les infirmières et les IPS jouent un «rôle clé pour informer et soutenir les femmes afin qu’elles puissent prendre des décisions éclairées, dans le respect de leurs besoins et de leur bien-être».
«La périménopause et la ménopause peuvent avoir des répercussions importantes sur la vie quotidienne ainsi que sur la santé physique et mentale des femmes. Il est essentiel qu’elles puissent compter sur un accompagnement de qualité et des soins sécuritaires», a souligné M. Mathieu par écrit.
Les avis publiés par les trois ordres abordent aussi la question de spécialité. Ils rappellent que le titre de professionnel est strictement encadré par la loi et qu'il n’existe aucune spécialité médicale reconnue en hormonothérapie ou en ménopause, autant chez les médecins que chez les infirmières. Ils ajoutent que les médecins, les infirmières ou les pharmaciens ne doivent pas faire la promotion d'une marque ou d’un type d'hormonothérapie plus qu’un autre.
Par ailleurs, l’hormonothérapie ne peut être amorcée qu’avec un consentement libre et éclairé de la part des patientes. Le consentement doit être donné «sans pression ou influence indue» et les patientes peuvent le retirer en tout temps.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne