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Tuerie en N.-É.: les proches des victimes ont été laissés longtemps dans l'angoisse

durée 11h32
20 juin 2022
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

HALIFAX — La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a eu du mal à informer rapidement les familles de la mort d'un proche à la suite de la tuerie d'avril 2020 en Nouvelle-Écosse: un seul policier traitait la plupart des cas au milieu d'un flux «astronomique» d'informations, apprend-on aujourd'hui.

Un document sur la notification des proches parents, publié lundi par la commission d'enquête publique sur la tuerie, indique que les demandes d'informations de plus de 100 membres de familles ont afflué l'après-midi du dimanche 19 avril 2020 et jusqu'en fin de soirée, après que la police a abattu le meurtrier dans une station-service d'Enfield, en matinée.

Des parents et amis qui avaient vu des images de maisons incendiées sur les réseaux sociaux cherchaient désespérément à savoir si l'un de leurs proches faisait partie des 22 victimes.

Dans les heures qui ont suivi la mort du tueur, une équipe de policiers des crimes majeurs de la GRC a pris le commandement et l'agent Wayne Bent «s'est vu confier la tâche de liaison avec les familles» pour les décès de civils — notamment pour leur dire si la police «croyait» qu'un de leurs proches avait été tué. Dans certains cas, les victimes avaient été brûlées au point d'être méconnaissables.

La caporale Angela McKay, cheffe de l'équipe des crimes majeurs, a déclaré qu'elle et son collègue Bent avaient eu une discussion dans l'après-midi du 19 avril, et on avait planifié de «joindre une personne de chaque famille (…) avant de partir pour la soirée».

Mais Harry et Cory Bond, fils de Peter et Joy Bond — un couple assassiné à Portapique le soir du 18 avril –, ont déclaré à la commission qu'ils avaient appelé à plusieurs reprises la GRC, sans réponse, pendant la soirée de dimanche et jusqu'au lundi matin. Ils ont déclaré n'avoir obtenu la confirmation que deux corps avaient été retrouvés au domicile de leurs parents que le lundi matin, 20 avril, alors qu'ils se rendaient eux-mêmes à Portapique pour tenter de savoir ce qui s'était passé.

Un scénario similaire s'est déroulé pour le fils de John Zahl et Joanne Thomas, également assassinés le soir du 18 avril à Portapique. Justin Zahl avait vu sur Facebook des images montrant la maison de ses parents incendiée. Le résumé indique qu'il a passé appel après appel au 911 pour obtenir des informations. L'agent Bent a finalement contacté M. Zahl lundi midi pour l'informer que la police pensait que ses parents étaient morts samedi soir.

Le caporal Gerry Rose-Berthiaume, l'enquêteur principal de l'équipe des crimes majeurs, a déclaré à la commission que «la quantité d'informations qui circulaient à ce moment-là était astronomique», car les enquêteurs devaient traiter 17 scènes de crime distinctes. Il a également noté que la priorité allait aux scènes de crime dans des lieux plus «ouverts», comme le carrefour à Shubenacadie où la policière Heidi Stevenson avait été tuée.

Mme Stevenson a été tuée vers 11 h dimanche matin; le commandant de la GRC en Nouvelle-Écosse, le commissaire adjoint Lee Bergerman, a été avisé de son décès 10 minutes plus tard. À 13 h 20, M. Bergerman et deux autres policiers se sont rendus au domicile de Mme Stevenson, où ils ont informé son mari. La famille Stevenson a plus tard indiqué à la commission que le soutien de la GRC avait été «immédiat et constant».

Le processus a été plus long pour la famille de Kristen Beaton, résidente de la région de Debert, qui était enceinte de son deuxième enfant. L'infirmière travaillait le dimanche matin lorsqu'elle a été abattue au bord de la route.

Un Nick Beaton inquiet a appelé le frère de sa femme, Richard Rood, qui s'est rendu sur les lieux du crime vers 11 h. M. Rood a fourni à deux policiers des informations sur Kristen Beaton et son véhicule, mais les agents ont déclaré qu'ils ne pouvaient rien lui dire.

Son mari a appelé tous les hôpitaux de la région, la GRC à Truro et l'employeur de sa femme, en vain. Il a même envoyé des amis pour approcher la scène du crime.

À 14 h 28, dimanche après-midi, la GRC a appelé M. Beaton pour obtenir des informations d'identification sur sa femme, notamment la marque de la voiture qu'elle conduisait et sa plaque d'immatriculation. Un policier sur les lieux a utilisé cette information pour l'identifier à 16 h 25. Deux agents sont arrivés chez Nick Beaton à 18 h.

«Nick a posé des questions sur le retard à les informer de sa mort, indique le document. (Le policier) a répondu que l'ampleur de la tragédie avait retardé certaines étapes.»

Michael Tutton et Michael MacDonald, La Presse Canadienne