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Un enseignant à la retraite de l'Alberta conteste son extradition vers l'Écosse

durée 00h30
18 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

EDMONTON — L'avocate d'un enseignant à la retraite âgé de 87 ans, originaire du centre de l'Alberta, s'apprête à plaider cette semaine pour empêcher son extradition vers l'Écosse, où il est accusé d'abus sexuels commis il y a plusieurs décennies sur 17 enfants.

L'avocate Stacey Purser a affirmé que l'affaire comporte d'importantes lacunes et que la décision d'envoyer Peter Murray en Écosse à son âge aurait de graves conséquences.

«(En Écosse), les affaires de ce type prennent environ cinq ans (pour aboutir)», a indiqué Me Purser lors d'une entrevue.

«Donc, si vous extradez quelqu'un qui aura 88 ans (le mois prochain) (...), vous le livrez en fait pour qu'il passe le reste de sa vie en attente de jugement sans qu'il ne se passe quoi que ce soit», a-t-elle ajouté.

C'est au ministre fédéral de la Justice, Sean Fraser, qu'il revient de prendre cette décision.

Le juge Thomas Rothwell, de la Cour du Banc du Roi de l’Alberta, a statué en février qu’il y avait suffisamment de preuves contre M. Murray pour que le ministre se prononce sur l’extradition.

M. Murray vit à Wetaskiwin, au sud d’Edmonton, et est en liberté sous caution.

«(M. Murray) nie évidemment les accusations, a souligné Me Purser. C'est extrêmement stressant. C'est un choc pour sa famille. C'est un père, un grand-père et un arrière-grand-père qui a enseigné à Wetaskiwin pendant des années. (...) Je serais donc choquée et déçue si le ministre acceptait de l'extrader.»

La décision rendue par M. Rothwell le 18 février indique que la plupart des agressions présumées ont eu lieu entre 1965 et 1972, alors que M. Murray aurait travaillé dans deux écoles gérées par l’ordre De La Salle, en Écosse.

Il a commencé à enseigner à St Ninian’s en 1965, alors qu’il avait 27 ans. Il a également travaillé à St Joseph’s avant de s’installer au Canada en 1972, mentionne le document.

M. Murray aurait été connu sous le nom de «Frère Peter» dans ces écoles.

Il est accusé d’avoir touché, peloté ou agressé sexuellement des élèves pendant qu’ils dormaient ou prenaient leur douche.

Dans un cas, il aurait piétiné et cassé la cheville d’un adolescent. Dans un autre, il est accusé d’avoir tordu et cassé le poignet d’un garçon.

Il est accusé d’avoir poignardé un élève à l’estomac avec un crayon pointu et un tournevis. Il aurait également traîné plusieurs élèves par les cheveux.

«(Un mineur) a décrit des agressions contre lui et d’autres élèves qui étaient si fréquentes qu’elles semblaient normales, ainsi que des coups quotidiens portés aux élèves avec tout objet à portée de main, par des coups de poing ou des coups de pied», indique le document.

Me Purser a avancé que M. Murray n'était pas le frère Peter que les plaignants souhaitent traduire en justice. Elle a indiqué que, selon des informations parues dans la presse écossaise, le frère Peter recherché dans cette affaire était décédé.

Dans sa décision, M. Rothwell indique que des questions subsistent quant aux preuves, mais qu’elles ne sont pas suffisantes pour le faire changer d’avis quant à la transmission de l’affaire au ministre de la Justice pour qu’il se prononce sur l’extradition.

«Même si j’admets qu’il y a des lacunes dans les preuves, les questions soulevées par la défense doivent être tranchées lors d’un procès», a expliqué le juge.

«Il existe suffisamment de preuves dans cette affaire pour qu’un jury correctement instruit et agissant de manière raisonnable puisse en déduire que Peter Murray est l’homme que les plaignants ont appelé “Frère Peter”», a-t-il ajouté.

L'affaire d'extradition est loin d'être réglée

Me Purser fait également appel de la décision du juge de renvoyer l'affaire devant M. Fraser et, si nécessaire, pourrait faire appel de la décision du ministre.

Elle prévoit également de contester l'affaire sur des questions plus générales dans les observations qu'elle compte envoyer vendredi au bureau de M. Fraser.

Me Purser a indiqué qu’une commission permanente de la Chambre des communes sur la justice avait formulé de nombreuses recommandations dans un rapport de 2023 visant à réformer le système d’extradition, mais que celles-ci n’avaient pas été adoptées.

Ces suggestions comprennent des changements visant à aider les personnes faisant l'objet d'une demande d'extradition à contester les accusations portées contre elles et à obliger les autorités judiciaires canadiennes à divulguer tout élément susceptible de compromettre ou d'affaiblir la demande du pays demandant l'extradition.

Me Purser a précisé qu’elle n’avait toujours pas reçu de réponse du gouvernement fédéral concernant les éventuels dossiers qu’il détient sur M. Murray.

M. Fraser a jusqu'à la mi-mai environ pour prendre une décision et a la possibilité de prolonger ce délai.

«Nous ne pouvons pas spéculer sur le moment où le ministre rendra sa décision», a mentionné le ministère fédéral dans un courriel cette semaine.

Me Purser a soutenu que M. Murray avait un dossier d'enseignant irréprochable en Alberta, où il a enseigné pendant des années et remporté des prix.

«Personne n’a jamais laissé entendre qu’il se serait comporté de manière inappropriée envers des enfants, a fait savoir l’avocate. Le simple fait de suggérer que quelqu’un ait commis tous ces actes horribles pendant si longtemps, puis soit venu au Canada, ait arrêté du jour au lendemain et se soit comporté de manière irréprochable me semble un peu tiré par les cheveux.»

Fakiha Baig, La Presse Canadienne