Un organisme demande aux Canadiens d'agir pour les droits des femmes afghanes
OTTAWA — Cinq ans après la prise de Kaboul par les talibans, des défenseurs des droits de la personne exhortent les Canadiens à ne pas fermer les yeux sur l'oppression des femmes en Afghanistan.
«De l’extérieur, le monde a les moyens d’agir», soutient Murwarid Ziayee, directrice principale de l’association Right to Learn Afghanistan, située à Calgary, qui a grandi en Afghanistan.
«Pourquoi nous, les femmes afghanes, devrions-nous porter seules le fardeau de devoir faire preuve de résilience, de nous battre et de rechercher des occasions?»
Les talibans ont repris le contrôle de la capitale afghane le 15 août 2021, provoquant des scènes chaotiques où des foules de personnes s’agrippaient aux avions militaires étrangers dans une tentative désespérée de fuir.
Les troupes canadiennes ont passé 13 ans dans le pays dans le cadre d’une mission de stabilisation de l’OTAN. Plus de 40 000 membres des Forces armées canadiennes ont été déployés en Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre 2001.
Les troupes canadiennes et les organisations humanitaires ont cherché à autonomiser les jeunes filles afghanes en ouvrant des écoles et en contribuant à faire une place aux femmes dans le sport, la politique et les médias.
Mme Ziayee dit que les Canadiens continuent de soutenir les jeunes filles afghanes. Le gouvernement fédéral a donné le ton en exhortant à plusieurs reprises l’ONU à ne s’engager auprès de l’Afghanistan que si la voix des femmes était prise en compte, ajoute-t-elle.
«Le Canada s’est montré un véritable défenseur de cette cause et nous lui en sommes reconnaissantes. Le Canada a fait preuve d’une très grande solidarité de la part de particuliers (…) qui se sont tenus aux côtés des femmes afghanes pendant toutes ces années, que ce soit par le biais de campagnes de sensibilisation, de collectes de fonds ou en apportant un soutien technique.»
Mme Ziayee souhaite toutefois que le Canada en fasse davantage, notamment en offrant des bourses universitaires aux jeunes filles afghanes et en prenant des mesures contre les talibans.
Elle souligne que tant que les jeunes filles afghanes ne seront pas libres d’aller à l’école, les pays du monde entier devront interdire aux responsables du régime de voyager, geler leurs avoirs et empêcher leurs enfants de fréquenter les universités à l’étranger.
Les dirigeants talibans doivent être contraints de participer aux négociations par visioconférence, en utilisant le même moyen que celui dont disposent les jeunes filles pour suivre leurs cours, fait-elle valoir.
Mme Ziayee fait partie de ceux qui plaident pour que les pays accusent officiellement les talibans de pratiquer un «apartheid de genre» en vertu d’une nouvelle qualification juridique qui imposerait des sanctions au régime. D’autres ont averti que cela pourrait entraîner des conséquences indésirables, telles que de nouvelles restrictions sur l’aide humanitaire.
Mme Ziayee espère que les gens n'oublient pas l’Afghanistan après l’anniversaire de samedi.
«À mesure que cette actualité s’estompe, l’Afghanistan et les femmes afghanes disparaîtront de toutes les négociations, des discussions et de la scène publique», met-elle en garde.
Des droits entravés
Les talibans ont repris le contrôle du pays après le retrait des États-Unis et d’autres pays de l’OTAN, à l’issue d'une vingtaine d'années de guerre.
Bien que les talibans se soient engagés à permettre aux femmes d’accéder à l’éducation et à l’emploi conformément à leur interprétation des principes islamiques, le régime a immédiatement exclu les femmes de pratiquement tous les aspects de la société.
Les talibans ont interdit aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de la 6e année et leur ont fermé l’accès à une liste croissante de métiers. Il est également interdit aux femmes et aux filles afghanes d’entrer dans les parcs, les salles de sport et les centres sportifs.
Quelque 2,4 millions de filles sont privées d’éducation. Selon Mme Ziayee, beaucoup de jeunes filles n’atteignent même pas la 6e année en raison de contraintes financières.
L’interdiction de suivre des études médicales a réduit le nombre de femmes capables d’examiner et de soigner d’autres femmes, dans un pays où des normes culturelles strictes interdisent généralement aux hommes d’accomplir ces tâches.
Les Nations unies indiquent que les sanctions internationales et les catastrophes naturelles ont entraîné une crise économique et des niveaux critiques de malnutrition infantile dans certaines régions du pays. L’UNICEF signale une forte augmentation des mariages d’enfants en Afghanistan.
Dans un communiqué, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan a déclaré que les restrictions imposées aux femmes et aux filles entravaient la reprise économique de l’Afghanistan et sa réintégration au sein de la communauté internationale. Seule la Russie reconnaît officiellement le gouvernement taliban.
ONU Femmes, l’agence des Nations unies chargée de l’égalité des genres, a affirmé que les femmes et les filles afghanes vivaient sous les restrictions les plus sévères au monde, et que celles-ci n’avaient fait que s’aggraver au cours de l’année écoulée.
«Cinq ans après la prise de pouvoir par les talibans en août 2021, l’Afghanistan a systématiquement démantelé les droits de la moitié de sa population, ce qui en fait un cas à part au niveau mondial, sans équivalent dans le monde moderne», a souligné l’agence.
L’association caritative de Mme Ziayee fait partie de celles qui utilisent Internet pour proposer un enseignement virtuel en Afghanistan. Cela comprend des salles de classe virtuelles, des modules d’apprentissage autonome, des bourses d’études et des bibliothèques en ligne.
Ces dernières semaines, des élèves participant aux programmes d’enseignement à distance parrainés par Right to Learn ont partagé leurs réflexions sur ces cinq années de régime taliban. L’une d’entre elles, Mahmoda, a dessiné une femme vêtue d’une burqa bleue tenant un livre, les mains enchaînées.
«Même s’il y a de nombreux problèmes, les filles ont toujours des rêves et de l’espoir, a-t-elle écrit. Je veux que les gens se souviennent que les filles afghanes n’ont pas baissé les bras.»
Dylan Robertson, La Presse Canadienne

