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Une députée afghane forcée de fuir son pays demande au Canada d'en faire plus encore

durée 17h45
2 juin 2022
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

OTTAWA — Une députée afghane forcée de fuir son pays natal après la prise de pouvoir des talibans l'été dernier supplie le Canada d'en faire davantage pour que les réfugiés afghans soient en sécurité.

Le Canada a promis l'été dernier d'accueillir au moins 40 000 réfugiés afghans. Or, à la fin de mai, le ministre de l'Immigration, Sean Fraser, a déclaré que plus de 14 000 Afghans étaient maintenant arrivés au pays.

Mais Naheed Farid, qui a siégé au Parlement afghan pendant 11 ans, et trois sénatrices canadiennes ont déclaré jeudi que les demandes des 26 000 autres Afghans étaient déjà transmises et pourtant, des milliers de personnes désespérées attendent toujours une chance de fuir vers la sécurité.

Elles demandent au gouvernement fédéral de ne pas s'arrêter à 40 000 réfugiés, de faciliter l'obtention de visas pour les Afghans et de créer un comité spécial dans la haute fonction publique, dirigé par le ministre Fraser, pour éliminer les obstacles inutiles dans la machine bureaucratique.

Mme Farid, qui s'est jointe virtuellement à la conférence de presse des trois sénatrices canadiennes à Ottawa, estime que «même si le seuil de 40 000 réfugiés est atteint, la responsabilité, la détermination et l'engagement» du Canada seraient encore essentiels. 

Elle admet que le Canada a déjà beaucoup fait pour aider des milliers d'Afghans. Mais elle rappelle que des millions de gens font encore face à une situation alarmante en matière de droits de la personne et d'aide humanitaire, et qu'il fallait aussi les aider.

Les sénatrices canadiennes ont déclaré que leurs bureaux étaient inondés de demandes d'aide et qu'au début, les efforts pour travailler avec le personnel de l'ambassade, les diplomates et les agents de l'immigration avaient porté leurs fruits. 

Mais la sénatrice ontarienne Ratna Omidvar affirme que les protocoles et les processus que le Canada a mis en place pour aider sont plutôt devenus une «forteresse imprenable» de paperasserie bureaucratique que même des sénateurs ne peuvent percer.

Qui est responsable?

La sénatrice manitobaine Marilou McPhedran a raconté qu'elle ne pouvait même pas obtenir de réponse du gouvernement sur les responsables qui prennent les décisions concernant les candidats afghans qui seront invités à s'installer au Canada.

«Donc, ce qui s'est passé dans mon cas — et je parle de mon expérience personnelle —, c'est que nous avons des fonctionnaires très dévoués qui, fondamentalement, ne semblent pas pouvoir répondre à la plupart des questions clés sur certains de ces cas», a-t-elle déclaré jeudi.

Les Afghans doivent d'abord montrer qu'ils satisfont aux critères, mais ils ne peuvent ensuite demander à venir au Canada à moins d'y être invités par les agents d'immigration canadiens. Or, selon elle, tous les responsables avec lesquels elle parlait disaient qu'ils ne savaient pas qui prenait ces décisions — mais que ce n'était pas eux. «C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons pris la décision de parler aujourd'hui.»

Mme McPhedran a aussi estimé que les décisions semblaient assez arbitraires. Elle a ainsi parlé de deux femmes qui avaient toutes les deux travaillé pour une organisation d'aide canadienne en Afghanistan. Après la chute de Kaboul, en août dernier, les deux femmes se sont assises dans la même pièce et ont soumis, en même temps, des demandes par l'intermédiaire du portail du gouvernement du Canada.

L'une d'elles a reçu immédiatement une réponse et se prépare maintenant à monter dans un avion pour le Canada. L'autre n'a rien reçu, alors elle a postulé à nouveau, et elle a obtenu une réponse automatisée. Elle a ensuite postulé une troisième fois, mais n'a toujours rien reçu. Elle a finalement pu gagner le Pakistan voisin, a déclaré la sénatrice Mme McPhedran, mais elle est toujours en danger.

«Même après avoir vérifié qu'il s'agissait bien d'une femme qui a servi le Canada, dont la totalité du salaire a été versée par le Canada à (l'organisation non gouvernementale), assise côte à côte avec sa collègue, et bien cette collègue est sur le point d'arriver au Canada, alors que l'autre n'a toujours par reçu d'invitation à postuler», a soutenu Mme McPhedran.

La Presse Canadienne a contacté le bureau du ministre Fraser pour un commentaire, mais n'a pas encore reçu de réponse.

La sénatrice ontarienne Salma Ataullahjan a rappelé de son côté que l'Afghanistan était actuellement «le pire endroit sur terre — et ça ne s'améliore pas». Elle estime que le Canada a l'obligation morale de faire tout ce qu'il peut pour aider.

Mia Rabson, La Presse Canadienne