Une formation réclamée sur les liens entre traumatisme crânien et violence conjugale

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le nouveau rapport du Comité d'examen des décès liés à la violence conjugale du Bureau du coroner dresse 13 recommandations pour mieux prévenir les décès liés à la violence conjugale. Entre autres, de développer des formations sur les liens entre traumatisme crânien et violence conjugale et d'accélérer la mise en place de salles d'audience virtuelles au Nunavik.
Dans son quatrième bilan, publié lundi, le Comité a examiné 10 événements de violence conjugale ayant causé un total de 16 décès, dont huit homicides, sept suicides et «un décès survenu en raison de l’état épileptique de la victime, qui a été aggravé par les traumatismes crâniens répétés découlant des agressions physiques perpétrées par l’agresseur».
Entre 80 % et 92 % des victimes ayant subi de la violence physique en contexte de violence conjugale auraient subi des coups ou des secousses à la tête pendant un événement de violence, indique le rapport. Par exemple, en étant poussé contre un mur, secoué violemment, poussé dans les escaliers ou en recevant des coups directs à la tête, parfois avec un objet. Ces situations apportent un risque de traumatismes craniocérébraux (TCC), qui sont souvent non détectés.
«Le TCC non diagnostiqué et non traité peut se manifester par des états dépressifs et désorganisés, des pertes de mémoire et d’estime de soi, de l’anxiété, l’altération de l’état de conscience, des maux de tête persistants, des étourdissements, une hypersensibilité au bruit ou à la lumière, un trouble de la vision, des épisodes de confusion, etc. La victime peut alors éprouver des difficultés à raconter son histoire lorsqu’elle se présente devant un membre du personnel d’intervention du réseau de la santé et pour cette raison, les soins adéquats ne sont pas souvent immédiats ou accessibles», peut-on lire dans le rapport.
Le Comité recommande donc à Santé Québec de développer des formations destinées aux intervenants du réseau de la santé et des services sociaux sur les liens entre le TCC et la violence conjugale. Il recommande également aux facultés de médecine de la province d’inclure dans leur cursus académique une telle formation.
Des enjeux persistants au Nunavik
D'autre part, on sait que les femmes autochtones ont un risque plus élevé d’être victimes de violence conjugale et de subir des formes plus graves de violence que les femmes non autochtones.
L'un des événements étudiés soulève des préoccupations par rapport au système judiciaire du Nunavik. L'agresseur et la victime sont tous les deux Inuits. Ils sont désormais séparés et la victime a un nouveau conjoint. L’agresseur avait un interdit de contact avec la victime et devait demeurer dans un autre village. Mais il revient dans le village de la victime pour une audition concernant une ordonnance de remise en liberté. Au lieu de repartir le soir même, il reste dans le village et entre dans la maison où se trouve la victime. Il la poignarde avec une arme blanche et se suicide par pendaison dans un autre domicile.
Un rapport de 2022 sur la situation de la Cour itinérante au Nunavik avait déjà identifié des lacunes par rapport à l’efficacité du système judiciaire. Soixante recommandations ont été formulées et le Comité d'examen des décès liés à la violence conjugale du Bureau du coroner a repris l'une d'elles. Lorsqu’un interdit de contact existe entre un agresseur et une victime, une audience virtuelle devrait avoir lieu pour assurer la sécurité de la victime.
En ce sens, le comité recommande au ministère de la Justice, en collaboration avec les organismes inuits, d’élaborer un plan pour accélérer la mise en place de salles pour les audiences virtuelles dans les communautés.
Infractions en contexte conjugal à la hausse
Le rapport souligne que la violence conjugale comprend les agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique. Il rappelle par ailleurs que l'un des mythes les plus tenaces est que la violence conjugale prend fin avec la séparation.
Dans 8 des 10 événements analysés, la séparation récente ou imminente a été une période où le risque pour la victime et son entourage était très élevé. Les autres facteurs de risque les plus fréquents dans les dossiers étaient les antécédents de violence conjugale envers la partenaire actuelle (judiciarisés ou non), la perte d’emprise sur la victime, les craintes de la victime à l’égard de l’agresseur, le harcèlement et la jalousie, notamment sexuel.
Les récentes données montrent que les infractions en contexte de violence conjugale sont en augmentation. Plus de 27 000 de ces infractions ont été déclarées en 2023, une hausse de 1678 crimes par rapport à 2022. Les données provisoires de 2024 indiquent que la tendance à la hausse se maintient. On recensait déjà plus de 28 500 infractions en contexte conjugal selon une extraction des données faite en novembre 2025.
Depuis le 1er janvier 2026, 10 femmes ont été tuées en contexte de violence conjugale au Québec.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne