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Une sénatrice craint la suppression du poste d'envoyé spécial pour l'Afrique

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16 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Ottawa pourrait supprimer le poste d'envoyé spécial pour l'Afrique, alors même que les comités de la Chambre des communes et du Sénat ont appelé le gouvernement à accorder une plus grande priorité à cette fonction et à lui allouer davantage de ressources afin de tirer parti de l'essor économique prévu sur le continent.

«Chaque fois que je parle de l'Afrique, c'est comme si on parlait dans le vide, parce que j'ai l'impression que les yeux des gens sont fermés sur ce continent», a affirmé la sénatrice québécoise Amina Gerba, en entrevue.

«On ne doit pas se limiter à juste l'Europe ou juste l'Asie. Il faut s'ouvrir à d'autres marchés, et les marchés qui évoluent aujourd'hui les plus rapidement sont en Afrique.»

Le 3 juin, Affaires mondiales Canada a annoncé qu’il remplacerait son ambassadeur auprès de l’Union africaine à l’issue du mandat de trois ans de Ben Marc Diendéré, qui s’achève cette année. En mars 2025, dans ses dernières semaines au pouvoir, le gouvernement de Justin Trudeau a nommé M. Diendéré envoyé spécial pour l’Afrique.

Ce nouveau rôle s’inscrivait dans le cadre de la stratégie pour l’Afrique du gouvernement Trudeau, qui appelait le Canada à réorienter sa politique à l’égard du continent, en passant d’une approche axée sur l’aide étrangère et le développement à un engagement économique plus profond avec le continent et sa population jeune.

Cette stratégie a été dévoilée peu avant le déclenchement des élections, après des années de retard, et le gouvernement Trudeau n’a prévu aucun financement supplémentaire pour sa mise en œuvre.

Dans une déclaration, Affaires mondiales Canada n’a pas précisé si le poste d’envoyé spécial serait maintenu une fois que M. Diendéré se serait retiré du service diplomatique.

«Les rôles d’observateur permanent auprès de l’Union africaine et d’envoyé spécial pour l’Afrique sont distincts et ont des mandats séparés. Une annonce future concernant l’envoyé spécial pour l’Afrique sera faite en temps voulu», a écrit la porte-parole du ministère, Thida Ith.

Des comités appellent à soutenir le poste

Les comités des affaires étrangères de la Chambre des communes et du Sénat ont tous deux exhorté Ottawa à mieux définir et soutenir ce poste.

Le comité de la Chambre a publié son rapport vendredi dernier. Il a noté que lors de son témoignage en janvier, M. Diendéré avait dit aux députés qu’il n’était secondé que par un seul diplomate canadien et un employé recruté localement à Addis-Abeba.

Ce rapport citait également le témoignage, datant de décembre dernier, du professeur Chris W. J. Roberts de l’Université de Calgary. Le professeur avait soutenu que les fonctions d’envoyé spécial pour le continent et d’envoyé spécial pour les questions de sécurité dans la région du Sahel ont ajouté des «titres» à ceux d’«ambassadeurs surchargés de travail et à leur personnel très réduit», sans augmenter leurs ressources financières ou humaines, peut-on lire dans le rapport.

Le comité du sénat a entendu des préoccupations similaires et a exhorté Ottawa à définir «les mandats et les objectifs» des deux envoyés.

«Le gouvernement du Canada devrait préciser les rôles et les priorités de l’envoyé spécial du Canada pour l’Afrique et de l’envoyé spécial du Canada pour le Sahel et devrait fournir aux deux envoyés les ressources dont ils ont besoin pour remplir leur mandat», a plaidé le comité du sénat.

Le gouvernement n’a pas répondu depuis la publication du rapport du Sénat en décembre. Mme Gerba a indiqué qu’elle trouvait cela «vraiment surprenant».

Les rapports de la Chambre des communes et du Sénat ont tous deux fait valoir que le Canada n’avait pas su tirer pleinement parti de décennies de relations globalement positives en Afrique.

Favoriser le commerce avec l'Afrique

Mme Gerba, sénatrice québécoise ayant grandi au Cameroun, a dit craindre que le Canada ne passe à côté d’opportunités en matière de commerce et d’infrastructures sur le continent, d’autant plus que le premier ministre Mark Carney s’efforce d'augmenter les échanges commerciaux avec les pays hors des États-Unis.

Elle a soutenu que le Canada devrait mener des délégations commerciales en Afrique et disposer d’un plan pour tirer parti de la croissance économique à moyen et long terme. Tous les autres grands pays commerciaux, de la Chine à la France, progressent sur le continent, a-t-elle précisé.

«Ce qui est surprenant, c'est qu'on ne voit pas ce que les autres puissances font en Afrique. On se bat pour aller faire des partenariats en Europe, et l'Europe se bat aujourd'hui pour aller s'implanter en Afrique. La plupart de nos partenaires du G7 sont déjà présents en Afrique parce que c'est là-bas que ça se joue aujourd'hui.», a souligné Mme Gerba.

«Nous avons des envoyés spéciaux dans presque toutes les régions importantes du monde. On n'en avait pas en Afrique.»

Mme Gerba a indiqué que des progrès avaient été réalisés ces dernières semaines, évoquant l’accueil par la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, des dirigeants de la Zone de libre-échange continentale africaine et de la Banque africaine de développement, à Ottawa.

Elle a noté que le Canada avait également récemment approuvé un plan marocain sur l’avenir de la région du Sahara occidental.

Mme Gerba a dit que le Maroc considérait cette question comme une source de tension avec le Canada depuis des années et qu’elle avait probablement bloqué les négociations sur un accord commercial. En avril, Mme Anand a annoncé que le Canada avait approuvé la politique du Maroc et a déclaré qu’elle prévoyait de se rendre dans le pays «dans les semaines à venir».

La remplaçante de M. Diendéré au poste d’envoyé auprès de l’Union africaine, Annika Allman, a une formation en développement international. Cela amène certains défenseurs des entreprises à se demander si l’attention portée par le Canada au continent ne revient pas à sa focalisation habituelle sur l’aide plutôt que sur le commerce.

«Les nominations comptent parmi les signaux les plus clairs que les gouvernements envoient quant à leurs priorités», a écrit le Centre canadien d’affaires africaines et de recherche sur les politiques dans une note publiée la semaine dernière.

«Si l’Afrique doit être considérée principalement comme un partenaire stratégique, la représentation du Canada devrait refléter de plus en plus une expertise en matière de commerce, d’investissement, de finance et de développement des marchés. Au lieu de cela, Ottawa s’est une fois de plus tourné vers les milieux du développement.»

Mme Gerba a fait valoir qu’elle ne se prononcerait pas sur la question de savoir si le Canada renonce à son pivot vers le commerce en Afrique tant qu’elle n’aura pas vu de résultats. Elle a fait remarquer que le continent devrait représenter un quart de la population mondiale d’ici 2050.

«D'autres continents seront en déclin. Donc, où est-ce qu'on va prospérer ? Où est-ce qu'on va vendre ?», a-t-elle demandé.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne