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Valoriser les déchets miniers pour renforcer la sécurité du pays

durée 16h09
9 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

La valorisation des déchets miniers, très abondants au pays, devrait faire partie de la stratégie de défense du Canada afin de diminuer la dépendance du pays envers les grandes puissances étrangères, selon une intervenante invitée par le comité permanent de la défense nationale, lundi à Ottawa.

Il y a, au Canada, plus de 10 000 dépôts de résidus ou de déchets miniers qui contiennent des concentrations récupérables de nickel, de cobalt, de cuivre, d’éléments des terres rares et d’autres minéraux essentiels à la défense nationale, selon Nadia Mykytczuk, directrice générale de l’École des mines Goodman de l’Université Laurentienne.

«L’une des occasions les plus rapides de renforcer» notre souveraineté en matière de défense «réside dans les résidus miniers historiques du Canada», a lancé Nadia Mykytczuk aux élus du comité permanent de la défense nationale.

Ces déchets miniers représentent, selon elle, des «réserves élémentaires» de l’ordre de plusieurs millions de tonnes.

«À Sudbury seulement, par exemple, on estime que les résidus miniers historiques contiennent de 8 à 10 milliards de dollars de nickel, et des valeurs similaires pour le cuivre et le cobalt», a fait valoir la directrice de l’École des mines Goodman, en ajoutant que la valorisation des résidus miniers offre plusieurs avantages stratégiques.

Par exemple, l’exploitation de déchets miniers «devrait avoir des délais d’autorisation plus courts et des coûts d’investissement inférieurs» à l'exploitation de nouvelles mines.

Pour l'environnement, les avantages sont sans équivoque, car on récupère des déchets et on évite l’énorme pression environnementale que représente la construction d’une nouvelle mine.

La valorisation des résidus miniers requiert également beaucoup moins d’énergie que les méthodes traditionnelles de transformation du minerai.

«Plutôt qu’utiliser la chaleur ou des produits chimiques, nous utilisons des bactéries comme catalyseurs pour décomposer les minéraux et les libérer dans des solutions afin de les récupérer», a expliqué Nadia Mykytczuk en faisant référence à la bioexploitation minière, un processus qui utilise des organismes vivants pour extraire des métaux.

«Il s’agit donc d’une technologie expérimentale, mais elle n’a pas encore eu le temps de mûrir et d’être déployée à l’échelle commerciale au Canada», a toutefois souligné Mme Mykytczuk en réponse à la question du député libéral Tim Wathchorn, lundi.

Le Canada reconnaît déjà le potentiel de ce type de technologie et finance certaines initiatives, comme le programme de valorisation des résidus miniers de Ressources naturelles Canada et le Plan canadien pour les minéraux et les métaux.

Dans un mémoire qu’elle a déposé au comité, la directrice de l’École des mines Goodman de l’Université Laurentienne demande toutefois au gouvernement d’investir davantage dans les technologies de récupération des minéraux, mais aussi de «considérer la valorisation des résidus miniers comme une stratégie de réserve stratégique».

Diminuer la dépendance et les risques à la sécurité nationale

Valoriser les résidus miniers serait une façon de renforcer notre sécurité et notre autonomie, selon Nadia Mykytczuk.

Le pays compte environ la moitié «des sociétés d’exploitation minière et d’exploration minérale cotées en bourse à l’échelle mondiale», selon les données de Ressources naturelles Canada.

Toutefois, le Canada transforme très peu les minéraux exploités sur son territoire, ce qui le rend vulnérable aux grandes puissances étrangères.

«Dans bien des cas, les minéraux canadiens sont exportés à l’étranger pour y être raffinés et transformés avant de revenir servir d’intrants pour les technologies de pointe.»

La dépendance du Canada à l’égard de la transformation des minéraux à l'étranger expose donc le pays et ses alliés «à des perturbations de l’approvisionnement, à des contrôles à l’exportation et à des pressions géopolitiques», a indiqué Nadia Mykytczuk.

Celle-ci a précisé que les minéraux critiques comme le cobalt, le cuivre ou le nickel sont utilisés dans la fabrication d'armes et d'éléments de défense modernes, comme les technologies de communication, l’aérospatiale, les capteurs, les systèmes autonomes ou encore les infrastructures de défense électrifiées.

Rodrigue Turgeon, coresponsable du programme national de MiningWatch Canada, faisait également partie des intervenants invités par le comité, lundi.

Le représentant de Mining Watch, qui supporte la «sobriété minérale», a mis en garde les élus que «l'expansion de la production minière à des fins militaires, de sécurité nationale ou de défense nationale ne fera qu'intensifier les pressions sur l'environnement, l'eau et l'air, ainsi que sur les droits des peuples autochtones et des populations locales».

Selon lui, «la réutilisation et le recyclage des minéraux dits critiques doivent être privilégiés dans les investissements des gouvernements, à condition que ces mesures ne mettent pas à risque la santé publique et l’environnement».

L'avocat et porte-parole de Mining Watch a aussi évoqué «la possibilité que des États étrangers usent des minéraux provenant du Canada à des fins économiques, industrielles ou militaires dans un dessein hostile envers la sécurité et la souveraineté du pays».

Pour pallier ces risques, «le gouvernement fédéral devrait mettre en place des mécanismes transparents pour suivre les minéraux critiques et s'assurer qu'ils ne sont pas utilisés à des fins d'agression militaire ou de violation des droits humains».

Les interventions de Mining Watch et de l’École des mines Goodman de l’Université Laurentienne avaient lieu devant le comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes, dans le cadre de son étude sur le lien entre la défense nationale, la sécurité nationale et le secteur des minéraux critiques du Canada.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne