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Quand la ferme devient un lieu d’apprentissage

Depuis le 23 décembre 2011, quelque 134 brebis laitières forment une nouvelle bergerie située à Sainte-Anne-de-Sorel. Si cette ferme se distingue des autres par sa production – les troupeaux de brebis laitières sont rarissimes au Québec –, c’est avant tout le fait qu’elle soit le premier « incubateur agricole » de la province qui retient l’attention.

Modèle entrepreneurial implanté en Europe depuis plusieurs années, l’« incubateur agricole » se présente ici sous la forme d’une ferme où des jeunes (ou moins jeunes) incubés sont invités à venir apprendre pendant une année comment gérer une ferme de brebis laitières.

Forts de cette expérience, les incubés seront ensuite en mesure d’assurer eux-mêmes la gestion d’une nouvelle ferme de brebis laitières dans la région.

Comme le précise Alain Beaudin, commissaire agricole de la Chambre de développement agricole Pierre-De Saurel, l’incubateur, c’est une ferme dans laquelle les jeunes vont venir acquérir de l’expertise, autant de régie de troupeau que de gestion.

« Quand on parle de gestion, on ne parle pas uniquement de gestion financière et de cahier de charges; on parle d’agnelages (mise bas), de traite, de produits préventifs pour la santé de l’animal, la tonte des moutons, etc. La personne qui va venir passer un an dans l’incubateur va y apprendre à peu près toutes les techniques qu’on peut utiliser en production ovine. On parle de transfert de connaissances et de transfert d’expertise. »

Durant un an, l’équipe de l’incubateur va suivre l’incubé dans son apprentissage, mettant à profit les différentes ressources de la région pour l’aider dans son cheminement. « On veut former des jeunes avec des bons outils et qu’ils soient autonomes », affirme-t-il. Une fois sortie de l’incubateur, l’incubé n’est pas laissé à lui-même. Le commissaire agricole s’assurera de trouver une ferme à l’abandon dans Pierre-De Saurel et disponible pour développer un nouvel élevage de brebis laitières.

« Au départ, on va louer la ferme. Et on va acheter les intrants des producteurs voisins, localement. Quand l’incubé va partir de notre cheptel, la Chambre de développement agricole aura en main un contrat signé avec le transformateur qui lui garantit que tout son lait va être acheté. Il partira aussi avec un troupeau, probablement financé par l’incubateur. On va aussi lui donner le plus de soutien financier possible. Enfin, il va aussi avoir un lien qui va s’être tissé entre l’incubé et le coordonnateur, lui donnant le droit d’échanger », assure-t-il. 

M. Beaudin travaille présentement avec le ministre de l’Agriculture afin de trouver un moyen de faire reconnaitre la formation dans l’incubateur par un diplôme. En France et en Suisse, ils le font déjà.

Une belle vitrine pour la région

À la différence des « fermes écoles », lesquelles sont financées par le gouvernement, l’« incubateur » de Sainte-Anne-de-Sorel est né grâce à l’association de trois individus et entreprises, qui souhaitent voir la région se doter d’un tel outil d’apprentissage. Le trio compte dans ses rangs le coordonnateur Pierre Péloquin, fils d’agriculteur et ancien travailleur de la construction, qui assure désormais la gestion de l’incubateur au quotidien et du troupeau de brebis, en plus de la supervision des incubés.

De son côté, Alain Beaudin s’occupe d’une partie de la gestion et de la mise en marché, et ce, par l’intermédiaire de la Chambre de développement agricole. Un autre joueur important de ce projet est Alain Chalifoux, qui assurera la transformation du lait de brebis en fromage.

« Grâce au lait de brebis, il sera capable d’en faire émerger un produit de niche. On veut ainsi que la région ait une certaine vitrine avec ce produit-là », commente M. Beaudin. Selon lui, « le but ultime, c’est de développer une expertise au Québec qui n’existe pas présentement. Chacun développe seul dans son petit coin de pays. Nous, on veut uniformiser la production. » 

Même son de cloche du côté du coordonnateur Pierre Péloquin, qui croit que l’agriculture est avant tout un mode de vie auquel on adhère. « Mon rêve, c’est que les agriculteurs se tiennent par la main et se serrent les coudes », conclut-il.