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Elle touche près de 35 % des travailleurs

L’incivilité est la forme de mauvais traitement la plus présente au travail

durée 09h00
25 août 2025
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Par La Presse Canadienne

L'incivilité au travail demeure la forme de mauvais traitement la plus présente dans les organisations. Elle concernerait près de 75% des personnes qui vivent des mauvais traitements interpersonnels ou qui en sont les témoins.

C'est un constat que dresse le professeur du département de gestion des ressources humaines de l’École de gestion, de l'Université de Sherbrooke, Rémi Labelle-Deraspe, qui s’intéresse à la question du respect en milieu de travail. Selon lui, 34% des travailleurs vivraient des mauvais traitements interpersonnels, incluant l'incivilité, et 44% en seraient témoins. Il indique toutefois qu'il demeure difficile de statuer sur la tendance de ce phénomène par manque de données.

«On va parler d'échanges de paroles ou de gestes qui peuvent peut-être paraître à première vue sans conséquences ou maladroits, mais qui vont quand même violer des normes qui sont conventionnelles en matière de respect sur le lieu de travail, explique M. Labelle-Deraspe. On partage tous des normes et une compréhension partagée d'une certaine moralité ou encore de savoir-être en communauté ou les uns avec les autres, mais ce n'est pas universel, c'est souvent lié à l'équipe (de travail) immédiate.»

Les formes d'incivilités peuvent alors prendre diverses formes comme être condescendant, interrompre le discours d'une personne lors d'une rencontre d'équipe ou encore ignorer les contributions de quelqu'un, mais elles peuvent être aussi plus informelles comme oublier d'inviter un collègue à un 5 à 7 alors que tous les autres sont conviés.

«Dans toutes les structures où ça va être plus rigide, où on va avoir plus de hiérarchie, où il va y avoir plus de jeux de pouvoir, où l'on va retrouver des styles de leadership qui vont être un petit peu plus autoritaires, où vous retrouvez beaucoup de règlements et de restrictions, évidemment ça, ça crée, que ce soit sur le plan structurel ou organisationnel, des conditions qui vont favoriser l'incivilité», ajoute M. Labelle-Deraspe.

Selon lui, les cultures professionnelles de «haute performance» sont également plus propices aux incivilités, car l'on va y «excuser l'irrespect au nom de la productivité». Le chercheur déplore le manque de visibilité à l'égard des cas d'incivilité. Il souligne notamment que, sur les centaines de milliers de plaintes reçues en 2024 par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), seulement plus de 4500 ont été traitées en lien avec des situations de harcèlement.

«On va porter attention à des comportements particuliers, les comportements qui vont être cadrés sur le plan légal, pour lesquels il va y avoir des lois, on va penser par exemple à la discrimination ou au harcèlement qui sont bien cadrés (légalement) ici, dit-il. Mais tous les comportements qui vont se retrouver un peu comme pour un iceberg, sous la surface de l'eau, ceux qui sont les plus présents, on ne les adresse pas réellement, alors que ce sont ces comportements-là qui sont les plus présents et se propagent le plus.»

M. Labelle-Deraspe mentionne également que les personnes issues des minorités visibles, ainsi que les femmes, vont être davantage la cible d'incivilités.

«Plus tu vas te retrouver à l'intersection d'identités qui vont être marginalisées, plus tu es à risque de subir un traitement social qui va être différencié, particulièrement en milieu de travail, car c'est des plus petits contextes, où il y a moins de monde, et où ça revient beaucoup plus vite», ajoute-t-il.

Des données «très préoccupantes»

La directrice générale de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), Manon Poirier, partage le même constat et déplore des chiffres «très préoccupants et assez élevés qui ne sont tristement pas surprenant».

«C'est le constat que nos professionnels ont fait dans les organisations, dit-elle. Les organisations sont le reflet de ce qui se passe dans la société au niveau du savoir-être et de l’interaction avec les autres, et nos milieux de travail reflètent cette réalité.»

Elle assure que beaucoup de sensibilisation, de formation et de prévention sont effectuées auprès des CRHA, que ce soit dans l'exercice de leurs fonctions ou pendant leur formation générale.

«La clé, c’est d'avoir des politiques claires, et de ramener ce sujet-là souvent, l’intégrer dans les codes d'éthiques, et de les dénoncer, car, comme équipe d’organisation, de direction ou de gestion c’est important d’agir, peut importe qui cela concerne», ajoute Mme Poirier.

La directrice générale de l'Ordre des CRHA explique également que la culture du télétravail pourrait avoir augmenté les cas d'incivilité, car «des personnes vont avoir des comportements derrière leur clavier (d'ordinateur) plus qu’en personne».

Elle rappelle que le harcèlement demeure une des formes les plus présentes d'incivilité et que les derniers chiffres font état d'une personne sur cinq qui en serait la victime sur son lieu de travail.

Quentin Dufranne, La Presse Canadienne

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