Nous joindre
Publicité

La fin des chevaux dans nos rues

Les matins d’été, le bruit des sabots des chevaux annonçait le passage des laitiers. Madame Hector Dumas, Messieurs Cournoyer, Antonio Péloquin de Ste-Anne et, par la suite, la laiterie Chalifoux s’arrêtaient chez leurs clients qui laissaient soit des pintes soit des chopines en verre devant leur porte et qui étaient payées avec de la monnaie ou des bons d’achat.

Les marchands de glace Wilfrid Chapdelaine et Lanciault laissaient sur les trottoirs des blocs de glace qu’on transportait à l’aide de pinces spéciales. Une fois nettoyés, on plaçait les blocs de glace dans des glacières par une porte sur le dessus. Ces glacières se trouvaient dans une petite annexe ordinairement adossée à la maison et l’eau de la fonte s’écoulait en dessous.

En hiver, on utilisait des voitures dotées de lisses ou patins. Le bruit de leurs clochettes avertissait les autres équipages de leur approche. Les nuits d’hiver étaient très longues, très noires, l’éclairage très limité.

D’autres chevaux sillonnaient nos rues, les boulangers Hervé Beaulac, Henri Gagné, Ti-Gras Cournoyer, Salvail, Robitaille ainsi que ceux des boulangeries Excel et POM de M. Joseph Rajotte.

Pour se rendre au marché et y vendre leurs produits, les cultivateurs partaient tôt le matin. Une fois leur voiture en place, on dételait les chevaux et on les amenait par la bride vers des écuries sur la rue Prince, une située du côté du fleuve, en arrière du magasin de radio Cardin, l’autre appartenant à M. Hector Dumas située derrière l’épicerie Desnoyers.

Parfois, un cheval prenait le mors aux dents. Quelques braves tentaient de l’arrêter dans sa course folle. On lui couvrait les yeux avec un veston, on tentait de les saisir par la bride. Ceci se terminait souvent quand la voiture se renversait, la pauvre bête étendue par terre, entre les brancards, haletante, les yeux fous, une scène bouleversante.

Nos ancêtres se faisaient un honneur de posséder le cheval le plus rapide. On dut même promulguer des lois pour empêcher les abus dans la ville. À Sorel, à cette époque, messieurs Roy, restaurateur, M. Roch, hôtelier et Milton Courchesnes, charretier, se livraient au sport des courses de chevaux. En hiver, j’ai assisté par grand vent aux courses sur la rivière Richelieu. En été, il y avait des pistes de course en avant du Mont-St-Bernard et plus tard au coin des rues Victoria et Royale (Fiset), à la place du stade de baseball.

En terminant sur les chevaux, il ne faut pas oublier les tombereaux de la corporation municipale dont une des tâches consistait à ramasser ce que nous appelions «les pommes de route». Bien gelées, elles avaient une autre utilité, on en retrouvait sur les patinoires comme substitut pour les rondelles.

À partir de cette époque, les autos et les camions remplacèrent progressivement les chevaux. L’arrivée bruyante de tels véhicules soulevait l’admiration de tous.

RECOMMANDÉS POUR VOUS