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La campagne électorale de 1891, première partie

En février 1891, une campagne électorale fédérale se met en branle à travers le pays. Au cours de celle-ci, les libéraux de Wilfrid Laurier promettent d’abolir la Politique nationale mise en place par les conservateurs de John A. Macdonald en 1879. Ils veulent ainsi abolir les tarifs douaniers protectionnistes pour encourager les échanges commerciaux avec les États-Unis.

Bien que cet enjeu ne soit pas sans importance dans le comté de Richelieu, c’est un autre dossier qui pimente la campagne locale : le scandale McGreevy-Langevin ou, comme on l’appelait à l’époque, le McGreevisme.

Thomas McGreevy, entrepreneur, député et trésorier québécois du Parti conservateur, avait profité de sa position privilégiée pour mettre en place un stratagème qui favorisait l’embauche de la compagnie de son frère, Robert, spécialisée dans les travaux publics. En retour, ce dernier devait lui céder des actions de son entreprise…

Un conflit finit toutefois par éclater entre les deux, lorsque Thomas refuse de verser certaines sommes à son frère. Débouté en justice et n’obtenant pas d’appui au sein du gouvernement fédéral, Robert McGreevy coule alors son histoire auprès de Joseph-Israël Tarte, un journaliste conservateur influent de l’époque.

En 1890, celui-ci utilise alors son réseau médiatique pour se lancer à l’assaut du McGreevisme. Il en profite aussi pour s’attaquer à son ancien allié, sir Hector-Louis Langevin, ministre des Travaux publics et ami proche de T. McGreevy.

Derrière les actions du journaliste, on retrouve des questions politiques plutôt qu’éthiques … Langevin ambitionnait de devenir premier ministre du Canada, alors que Tarte n’a plus confiance en son leadership. De  plus, ce dernier souhaitait aussi influencer Honoré Mercier, le premier ministre nationaliste du Québec, qui aurait profité comme Langevin, du système de T. McGreevy.

En quoi cela concerne-t-il le comté de Richelieu ? Tout d’abord, le candidat conservateur en 1891 n’est nul autre que le ministre des Travaux publics. En conséquence, il est à la tête du chantier du gouvernement fédéral, un des plus importants employeurs de la ville de Sorel, principale municipalité du comté. Langevin est donc maître d’un très utile levier de patronage. De plus, T. McGreevy est aussi président le Compagnie de navigation Richelieu et Ontario, une autre entreprise bien établie dans la localité.

Ces éléments constituent toutefois une belle occasion pour les libéraux d’inciter l’influent Tarte à travailler de concert avec eux et, pour ce dernier, de venir faire la lutte directement à Langevin. Le journaliste, par contre, demeure indépendant, lui qui se présente dans le comté de Montmagny. Son indépendance est paradoxale, puisqu’il lance sa campagne avec les libéraux de Québec et que son organisateur est un libéral notoire ! En 1896, il devient ministre libéral des Travaux publics et, à son tour, maître d’un vaste système de patronage…

Dans ce contexte, les libéraux envoient au front le gendre du premier ministre provincial : Lomer Gouin, un ancien sujet de cette chronique. Cette relation permet toutefois au charismatique beau-père de venir appuyer son gendre lors d’une assemblée publique. Cette présence est d’autant plus fascinante que les deux sont aux côtés de Tarte, qui a lancé sa compagne contre le McGreevisme en partie à cause des politiques de Mercier…

La semaine prochaine, la deuxième partie de cette chronique des élections de 1891 fort animée !

Mathieu Pontbriand, Société historique Pierre-de-Saurel

www.shps.qc.ca

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