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Les étudiants du Cégep de Sorel-Tracy emboîtent le pas (MISE À JOUR #2)

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Le calme avant la tempête

Malgré le beau temps, près d'une centaine d'étudiants du Cégep de Sorel-Tracy s'entassent dès 11 h 30 et patientent dans la cafeteria de l'établissement. L'un tient une vuvuzela, l'autre s'est fait de véritables peintures de guerre sur les joues et tous arborent le fameux carré rouge. À quelques minutes du départ vers la fameuse manifestation nationale des étudiants contre la hausse des frais de scolarité, l'exécutif de l'association étudiante du Cégep de Sorel-Tracy, l'AGEECST, demeure détendu.

Alors que ces collègues distribuent, sans grand succès, des carrés de feutre écarlates (« Non merci. J'en ai déjà un », étant l'excuse la plus populaire), le président de l'association étudiante, Marc-André Jean-Montenegro, se dit satisfait. « On s'attendait à ce que certains inscrits soient absents », confie-t-il en faisant référence au fait que 95 manifestants sur 155 inscrits se sont agglutinés au cégep en cette levée de cours. Selon lui, le nombre de manifestants locaux réunis demeure égal, sinon supérieur, à la foule ameutée lors de la manifestation contre la hausse d'automne dernier. « Ça va super bien se passer », lance-t-il, l'air confiant.

L'ambiance est festive, certes, mais les étudiants demeurent bigrement sérieux lorsqu'on aborde la cause. « Allright, on s'en faire le party! », s'exclame un étudiant à la blague, drapeau à la main. « Franchement! Ne dis pas ça devant lui! Des plans pour qu'il te prenne au sérieux! », rétorque une amie. « Lui » étant moi, le journaliste du Sorel-Tracy Express.ca qui accompagnera le groupuscule à cette manifestation afin de couvrir ce rassemblement d'un point de vue plus local.

Avant de prendre place dans le cortège de quatre autobus, l'AGEECST réunira les manifestants devant le Cégep de Sorel-Tracy pour donner des consignes de sécurité, réchauffer la foule et poser un geste symbolique : draper l'enseigne de l'établissement d'une toile rouge. Au retour, vers 19h, le symbole sera toujours installé, tout comme le gigantesque carré de tissu planté sur le mont du pont Sorel-Tracy depuis vendredi dernier.

Suspense sur suspension

Sur la route, les responsables de l'AGEECST inviteront les passagers à signer une décharge de droits et remettront de la documentation regroupant le trajet à emprunter, les coordonnées des responsables de l'association étudiante présents ainsi que le numéro de téléphone d'une avocate. Chemin faisant, le responsable des communications de l'association, Alex Vandal-Milette, prodigue quelques conseils. « Ne vous égarez pas dans la masse. Restons groupés! », lance-t-il. Puis, alors qu'on apercevra la tour du Stade olympique à l'horizon, le jeune homme s'avouera nerveux. « C'est un peu le même feeling que la première journée à l'école primaire! », lance-t-il. Puis, un bouchon de circulation à l'entrée du pont Jacques-Cartier. « Est-ce qu'on serait bloqué par notre propre manif'? », glisse un étudiant à la blague.

Alors que l'autobus traversera l'île pour rejoindre l'épicentre de l'événement, la clameur se fera de plus en plus sourde tandis que le son strident des vuvuzelas résonnera entre les gratte-ciel. L'ambiance est étonnamment joyeuse dans le quartier des affaires alors que la foule amassée attend son tour pour se joindre à la marche. « On me dit que la manifestation est en route depuis une bonne quinzaine de minutes et on fait toujours du sur place. C'est bon signe! », s'exclame Marc-André, miroitant une foule record. Un professeur du Cégep de Sorel-Tracy lui répond. « Ça me rappelle une manif' sur les services sociaux où plusieurs groupes syndicaux s'étaient retrouvés ici. Certains ont attendu 60 minutes afin de finalement se mettre en marche! »

Une cause multigénérationnelle

En effet, plusieurs enseignants de l'établissement se sont joints à leurs étudiants. Pour Shirley St-James, professeure de psychologie au Cégep de Sorel-Tracy, comprends la grogne émanant des différentes associations étudiantes. « Moi aussi, je suis contre la hausse et j'aurais aimé que le gouvernement comprenne [leur] message sans que les étudiants fassent la grève et prennent le risque de compromettre leur session. Mais comme le gouvernement ne veut rien entendre, nous sommes obligés de prendre ces moyens-là.

Sa collègue Myriam Beauchesne-Lachapelle abonde dans le même sens. « Le gouvernement fait preuve de beaucoup de mépris dans sa façon de traiter les demandes des étudiants », mentionne la professeure en sociologie et coordonnatrice du programme de sciences humaines, l'œil brillant, avant d'ajouter qu'« en fait, ses mesures prises en éducation depuis son élection portent atteinte à la démocratie, car elles portent atteinte à l'accessibilité aux études. »

Idem pour l'enseignant en sciences politiques Gilles Casgrain. « J'appuie fortement ces étudiants et je suis ici, entre autres, pour garder les acquis de la Révolution tranquille. Si autant de gens, moi y compris, ont eu accès à des études universitaires, c'est grâce aux prêts et bourses et à des frais de scolarité qui étaient bas. » Lorsqu'on lui demande si cette cohorte est utopiste, M. Casgrain ne sourcille pas. « Pas du tout! C'est réconfortant de voir autant de jeunes se mobiliser! »

Des rumeurs et de l'espoir

Chemin faisant, les étudiants du Cégep de Sorel-Tracy entonnent des slogans et se partagent les dernières rumeurs. « On serait plus de 100 000! », « On serait maintenant plus de 200 000! », « La manifestation s'étalerait sur deux kilomètres! ». Marc-André est satisfait. « Le Ça me rappelle les histoires de mobilisation de mon père! Avec ça, le gouvernement n'aura pas le choix de nous entendre!», confie-t-il en parcourant la foule.

Lorsqu'on lui apprend que les élèves de l'école secondaire Fernand-Lefebvre ont, eux aussi, manifestés à leur façon à Sorel-Tracy, le président de l'AGEECST se dit touché. « Des professeurs de Fernand-Lefebvre nous disaient qu'ils doutaient que leurs étudiants organisent de quoi pour le 22 mars. Je suis agréablement surpris! »

Connaître la suite

Sur le chemin du retour, l'exécutif de l'association étudiante se dit satisfait tout en envisageant les prochaines actions à prendre. « Je suis content. Côté organisation, ça s'est super bien passé », mentionne Alex Vandal-Milette. « J'avais peur lorsqu'on croisait des véhicules stationnés, mais je n'ai pas vu de voitures rayées ou de motos lancées au sol », ajoute-t-il.

Lorsqu'on discute de l'ambiance festive, une étudiante en sciences humaines, Sandra Boudreau, se joint à la conversation. « Mais vous vous attendiez à quoi, monsieur? », lance-t-elle, soulignant que la casse et les méfaits d'une minorité sont mis de l'avant par certains médias que par sensationnalisme. « Les étudiants sont surtout en colère aujourd'hui, car ils sont mieux renseignés sur la hausse qu'auparavant. Ce n'était pas brillant de bloquer le pont Champlain, mais c'est le refus du gouvernement de dialoguer avec nous qui a mené ces étudiants à se faire entendre de cette façon. »

En attendant la prochaine manifestation d'envergure, qui devrait se tenir en avril dans le comté de Jean Charest, Vandal-Milette mentionne que les prochaines semaines seront cruciales. « Certains établissements atteindront bientôt le plateau des six semaines de grèves. Certains cégeps se mettront à faire de la pression, car la reprise des cours à ce point fera en sorte qu'on devra revoir les contrats des professeurs qui se terminent en juin. Ça fera donc mal à l'État! C'est donc un moment déterminant», conclut-il.

Pour avoir plus d'information sur l'AGEECST, consultez la page Facebook de l'association.

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