Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

S'attaquer d'urgence à la gestion de projet

Le monde de la construction veut des réformes majeures dans les contrats publics

durée 15h00
17 mars 2023
ici

commentaires

ici

likes

 

vues

imprimante
email
Par La Presse Canadienne

Québec pourrait économiser 14 milliards $ au cours des dix prochaines années en faisant un grand ménage dans ses procédures d’octrois de contrats publics et, surtout, en instituant une gestion de projet professionnelle et compétente.

C’est ce que soutient une coalition formée de deux grandes associations du domaine de la construction et deux institutions indépendantes, soit le chapitre montréalais du Project Management Institute (PMI-Montréal) et le Centre d'expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU).

«Si les meilleures pratiques en gestion de projet - on parle de gestion de projet en planification de travaux, contrôle des coûts, gestion des ressources humaines, mais aussi d’impliquer les parties prenantes, comme certains partenaires, que ce soit des entrepreneurs, des ingénieurs-conseils ou des gestionnaires de projet et des approvisionnements mieux gérés - ce faisant, les risques ou les délais, tout ça va être mieux mitigé», explique Kateri Normandeau, président de PMI-Montréal en entrevue avec La Presse Canadienne.

Le chiffre de 14 milliards est basé sur une étude internationale de PMI Global, qui démontre que la mise en place de bonnes pratiques en matière de gestion de projet permet d’optimiser les ressources financières de 10%. Or, le Plan québécois des infrastructures 2022-2032 prévoit des investissements de 142,5 milliards, d’où le chiffre de 14 milliards. 

Ce chiffre est donc fort probablement sous-estimé, puisque la même logique s’applique aux contrats publics des autres ordres de gouvernement. 

S'attaquer d'urgence à la gestion de projet

La question de la gestion de projet est au cœur des demandes de la coalition: «Clairement, l’un des principaux enjeux qui sont soulevés par l'industrie, c'est le manque d'expertise chez le donneur d'ouvrage. Ce manque d'expertise en gestion de projet impacte la définition du projet, le processus puis l'appel à proposition.» 

La coalition, dont les deux autres membres sont l’Association de la construction du Québec (ACQ) et la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ), constate une nette baisse d’intérêt pour les projets publics au sein des entrepreneurs et professionnels en construction, justement parce que les appels d'offres sont mal faits.

Une étude réalisée il y a un an par la firme Raymond Chabot Grant Thornton montre en effet que 72 % des entrepreneurs et 82 % des professionnels (architectes et ingénieurs, notamment) écartent les donneurs d’ouvrage publics en raison des conditions qu’ils offrent. 

La trop lourde bureaucratie

Malgré les demandes répétées d’amélioration et les innombrables promesses politiques en ce sens, les problèmes de processus longs, lourds et complexes et ceux de délais de paiement persistent. Puisque le marché de la construction est en pleine effervescence et que la pénurie de main-d’œuvre limite leur capacité d’adaptation à des contrats publics souvent hors norme, les entrepreneurs et professionnels peuvent se permettre de choisir, souligne Mme Normandeau: «S’il y a une lourdeur contractuelle et des délais de paiement et qu’on a un choix entre une autre opportunité au même moment où il n’y a pas cette lourdeur ou ces délais de paiement, ce sont des gens d'affaires, ils vont prendre des décisions d'affaires.» 

«J'ai entendu certaines firmes dire qu’elles choisissent seulement de faire affaire avec des compagnies privées, que c'est un choix qu'elles ont fait dans leur mode de fonctionnement, parce que les projets publics ne sont pas assez attractifs. Ça devient des choix stratégiques», ajoute-t-elle. 

«L'attractivité, pour un contrat, on peut résumer ça à deux facteurs clés: il faut que le mode de réalisation soit adapté au type de projet et soumis à une bonne gestion de projet.»

La coalition demande à Québec d’établir de meilleures conditions d’accès aux marchés publics et de développer un pôle d’excellence en gestion de projet avec des personnes formées ou certifiées.

Québec et les municipalités: les pires

Québec est particulièrement visé, puisque l’étude citée plus haut place la Société québécoise des infrastructures, le réseau de la santé et celui de l’éducation respectivement aux deuxième, troisième et quatrième rangs lorsque vient le temps d’identifier les secteurs qui ont connu les pires baisses d’intérêt de la part des entrepreneurs et professionnels entre 2016 et 2021.

Ce sont toutefois les municipalités qui occupent le premier rang de ce palmarès peu glorieux, ce qui tend à donner raison à ceux qui parlent du manque de compétence des gestionnaires de projets. Outre les grandes villes, la plupart de petites municipalités peinent à offrir cette expertise. 

On note également qu’au tout dernier rang de ce palmarès se trouvent le gouvernement et les ministères fédéraux, ce qui laisse croire qu’Ottawa s’est doté de meilleures pratiques. Le ministère des Transports du Québec se classe bien également, ce qui laisse croire que de nombreux contrats qui en émanent sont relativement standardisés et que plusieurs entrepreneurs ont acquis des réflexes d’habitude face à ces projets.

Les promesses de Jonatan Julien

Qu’est-ce qui pourrait changer au Québec, après autant d’années de promesses non remplies? La coalition mise sur les signaux provenant de Québec: «Le gouvernement du Québec, le ministre Julien responsable des infrastructures, a vraiment verbalisé au dernier congrès de la CEGQ, qu’il désire améliorer les pratiques en gestion de projet», souligne la présidente de PMI-Montréal.

La balle, selon la coalition, est donc dans le camp du ministre Julien et de son gouvernement.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

commentairesCommentaires

0

Pour partager votre opinion vous devez être connecté.

RECOMMANDÉS POUR VOUS


21 juin 2024

Les membres du SPGQ ont approuvé l'entente de principe à 95 %

Les employés de la fonction publique représentés par le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) ont approuvé l'entente de principe avec Québec à 95 %, a annoncé le syndicat vendredi matin. Selon le SPGQ, 83 % de ses 26 000 membres ont participé au vote. L'entente comprend une augmentation salariale de 17,4 % sur cinq ans, ...

20 juin 2024

Les sénateurs adoptent le projet de loi visant à contrer l'ingérence étrangère

Le Sénat a adopté mercredi soir le projet de loi visant à contrer les actes d'ingérence étrangère au Canada. Les sénateurs ont approuvé le projet de loi C-70 après avoir rejeté une proposition d'amendement qui visait à garantir que des innocents ne soient pas pris dans ses filets. Le projet de loi, qui doit maintenant obtenir la sanction ...

19 juin 2024

La Caisse de dépôt et placement contredit Geneviève Guilbault

Contrairement à ce que ne cesse de répéter la vice-première ministre et ministre des Transports, Geneviève Guilbault, ce n'est pas une «grande majorité» des parties prenantes consultées par la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans le cadre de son analyse de la mobilité à Québec qui ont parlé de «sécurité économique». En fait, ce ne ...