Entre 2015 et 2023
Rapport de la Commissaire: Québec dépense trop en santé et les services diminuent
Le gouvernement dépense trop en santé en fonction de son PIB et la quantité des services de santé diminue. C'est ce qui est écrit noir sur blanc dans le rapport de la Commissaire à la santé et au bien-être, publié jeudi.
Durant la période analysée, de 2015 à 2023, «la croissance moyenne des dépenses publiques de santé et de services sociaux était plus élevée que celle des revenus consolidés du gouvernement et du PIB». On constate que pendant cette période, «la quantité de services par habitant des principaux secteurs de services de santé a diminué et, en général, l’accès aux services ne s’est pas amélioré».
Le rapport mentionne que les ressources humaines sont insuffisantes et les ressources matérielles sont vieillissantes. Il indique que, pour assurer la pérennité du système de santé et de services sociaux, il faut des transformations profondes de l'organisation «alors que le budget qui lui est accordé est contraint au taux de croissance du PIB».
Le document souligne que les difficultés du système de santé relèvent surtout des enjeux d'organisation et de contraintes budgétaires alors que les professionnels de la santé travaillent d'arrache-pied dans un contexte de manque de ressources pour offrir des soins à la population.
«Aurions-nous frappé le mur tant redouté? écrit dans le rapport Joanne Castonguay, Commissaire à la santé et au bien-être. Si la création de Santé Québec et la réorganisation du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) témoignent d’une volonté d’efficacité, nos analyses laissent supposer que la pérennité du système demeure fragile. Les contraintes budgétaires, sans modifications dans l’organisation des services, limitent la capacité du réseau à continuer à répondre aux besoins.»
Mme Castonguay ajoute que le système est encore «trop centré sur l’hôpital, peu outillé pour la prévention et insuffisamment arrimé aux autres acteurs — communautaires, municipaux, sociaux — qui influencent la santé et le bien-être au quotidien».
La Commissaire ne remet pas en question que les acteurs partagent le même objectif, c'est-à-dire de ne pas seulement s'attarder à soigner les maladies, mais d'améliorer la santé et le bien-être de l'ensemble de la population. Elle précise que cette vision est de plus en plus présente dans les orientations publiques.
Trois chantiers où le gouvernement doit travailler
La Commissaire conseille au gouvernement d’entreprendre trois chantiers. Premièrement, d'intensifier le virage vers la santé de la population. Pour ce faire, elle suggère de rééquilibrer l'allocation des ressources en faveur de la promotion et la prévention de la santé, ainsi que des soins de proximité. Elle demande aussi un effort pour améliorer le soutien aux populations marginalisées et diminuer les iniquités.
Deuxièmement, il faut accroître la valeur produite par le système de santé pour répondre aux besoins de la population. Mme Castonguay recommande au gouvernement, entre autres, de renforcer les services de maintien de l'autonomie et de prioriser les investissements qui améliorent directement l'expérience de la population en ce qui a trait à la navigation des soins et services.
Troisièmement, les décisions du système doivent être plus transparentes. En ce sens, la Commissaire recommande au MSSS de documenter les critères utilisés pour guider la prise de décisions. Également, de «simplifier et clarifier les politiques en place, clarifier le portefeuille de politiques publiques existant et s’assurer que toute nouvelle politique tient compte de ce qui est déjà en cours».
La population veut «des soins accessibles, conviviaux, continus et humains», indique le rapport. Les citoyens sont toutefois peu satisfaits «de l’accessibilité, de la convivialité des processus organisationnels et de la continuité des soins et des services, malgré une perception positive de l’humanisme des soins». La Commissaire met en garde que «ce désarrimage» risque de miner la confiance des gens envers le système de santé.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne
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