Durée de cinq ans
Le Québec et l'Alberta signent un partenariat en matière d'intelligence artificielle
Les gouvernements du Québec et de l'Alberta prévoient de collaborer pour mettre en œuvre l'intelligence artificielle dans l'administration publique, ce qui, selon la ministre québécoise de la Cybersécurité, aidera les deux provinces à tirer parti de leur expérience respective pour développer de nouveaux outils.
France-Élaine Duranceau, ministre québécoise de la Cybersécurité et des Technologies numériques, a annoncé mardi la conclusion d’un accord entre les deux provinces aux côtés de Nate Glubish, ministre albertain de la Technologie et de l’Innovation.
Cet accord, d’une durée de cinq ans, ne prévoit aucun engagement financier, mais repose plutôt sur un partage des connaissances entre les deux administrations.
«On avance tout le monde sur l'IA; c’est nouveau et ça change à une vitesse phénoménale, a expliqué Mme Duranceau lors d’une entrevue téléphonique accordée à La Presse Canadienne. Alors pourquoi recommencer à zéro, chacun de notre côté ? On a choisi de travailler ensemble et d’échanger plus librement pour apprendre de ce que l’autre juridiction a fait.»
Elle a expliqué que les discussions entre les deux provinces sur l’IA étaient en cours depuis 2022, l’accord de mardi rendant ce partenariat «officiel», et a salué l’intérêt de l’Alberta pour le développement de l’IA.
«Ils en ont fait vraiment une priorité pour transformer leur administration publique pour donner le ton "from the top" et je pense que c'est une volonté du Québec aussi», a-t-elle dit.
L’Alberta s’est tournée vers l’IA et est au cœur du paysage émergent des centres de données au Canada, selon une étude récente de l’université York. Meta, le géant technologique derrière Facebook et Instagram a récemment annoncé un investissement de plus de 13 milliards $ pour construire un centre de données en Alberta, son premier au Canada.
Mme Duranceau a suggéré que les provinces pourraient partager les outils d’IA qu’elles ont développé, tels que celui mis au point par l’Alberta pour faciliter l’autorisation budgétaire ou celui développé par le Québec pour identifier les failles de cybersécurité. Elle souligne également que la formation des fonctionnaires est un domaine dans lequel les provinces pourraient échanger des idées, notant que le Québec déploie actuellement une formation pour aider ses employés à utiliser Microsoft Copilot, par exemple.
«Les citoyens utilisent l’IA actuellement pour organiser un voyage en un temps record, ou rédiger une lettre rapidement (…) Ce sont des exemples où les citoyens peuvent être plus efficaces dans leur vie personnelle. Eh bien, il faut qu'au niveau de l’État, on automatise des tâches de cette façon-là», a ajouté Mme Duranceau.
Cet accord pourrait aider à trouver des moyens d’utiliser l’IA pour accélérer les services publics en effectuant certaines tâches administratives ou en facilitant la recherche, a-t-elle ajouté.
Vass Bednar, directrice générale du groupe de réflexion Canadian Shield Institute, considère cette annonce comme s’inscrivant dans la continuité de l’orientation générale de la politique en matière d’IA au Canada.
Mme Duranceau affirme que ce parallèle n’a guère de rapport avec l’accord, si ce n’est en ce qui concerne une philosophie politique commune. «Nous partageons la même volonté de prendre les devants sur les enjeux qui touchent notre population et de ne pas attendre le fédéral sur ces enjeux-là», a-t-elle déclaré.
Pour Mme Bednar, l’accord annoncé mardi ne comporte pas de discussions importantes sur la souveraineté numérique et la mise en place d’une infrastructure numérique canadienne.
Plutôt que de se concentrer sur l’utilisation de l’IA pour réaliser des économies, elle estime que les gouvernements devraient envisager le potentiel de réduction des coûts liés à la possession d’une infrastructure numérique permettant, par exemple, de passer des appels vidéo et d’envoyer des courriels.
Elle a critiqué le recours des gouvernements canadiens à l’IA et aux outils technologiques américains, et les a encouragés à investir plutôt dans l’innovation canadienne.
Marieke Glorieux-Stryckman, La Presse Canadienne
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