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L’abolition des cégeps : une approche élitiste?

Le président de l’Association étudiante du Cégep de Sorel-Tracy, Marc-André Jean-Montenegro était outré que François Legault ait décrit le milieu collégial comme un endroit qui incite à la consommation de drogue et au décrochage.

Le président de l’Association étudiante du Cégep de Sorel-Tracy, Marc-André Jean-Montenegro était outré que François Legault ait décrit le milieu collégial comme un endroit qui incite à la consommation de drogue et au décrochage.

La proposition du cofondateur de la Coalition pour l’avenir du Québec d’abolir les cégeps et d’ajouter une sixième année au secondaire et un quatrième à l’université a fait réagir dans la région.

« C’est un vieux débat et on ne comprend pas qu’il ressorte ça, commente la directrice générale du Cégep de Sorel-Tracy, Fabienne Desroches. Ça faisait partie du rapport Bédard en 2004, puis ça été démenti par le rapport Fortin qui regroupait de grands économistes ».

Selon Mme Desroches, la position de François Legault serait susceptible d’augmenter le décrochage scolaire au secondaire et de réduire l’accessibilité aux études supérieures. « En ajoutant une sixième année au secondaire, on découragerait nos jeunes, note-t-elle. Le fait de fréquenter l’Université une année de plus viendrait augmenter les coûts pour les parents. C’est une approche qui est élitiste ».

La directrice générale du Cégep de Sorel-Tracy estime que le réseau collégial correspond à une étape qui est essentielle dans la vie d’un étudiant. « Un peu comme le passage du primaire au secondaire, il est essentiel pour permettre de vivre autre chose et d’acquérir de l’expérience, argumente Mme Desroches. Nos étudiants acquièrent de l’autonomie, le sens des responsabilités et une méthode de travail qui va les suivre le reste de leur vie ».

Fabienne Desroches rejette aussi l’idée de François Legault de revenir aux anciennes écoles d’arts et métiers. « Où seront enseignées les techniques humaines qui forment des intervenants en psychoéducation, en travail social, en éducation à la petite enfance?, demande-t-elle. C’est sans compter toutes les formations DEC-BACC que nous avons avec les universités qui seraient compromises ».

Elle rejette aussi du revers de la main sa boutade voulant que le cégep est un endroit pour apprendre à consommer de la drogue. « Nous avons un règlement qui fait en sorte qu’un étudiant est expulsé s’il échoue ses cours à une fréquence trop élevé », rappelle-t-elle.

Une mesure anti-région ?

Le député de Richelieu, Sylvain Simard, estime que François Legault adopte une mesure anti-région. Selon lui, le Cégep de Sorel-Tracy est un acteur de premier plan en matière d’éducation, mais aussi de développement économique, culturel, social et sportif.

« Nous évaluons les retombées économiques d’un cégep à environ 2 milliards $ par année, indique Fabienne Desroches. Les cégeps en région sont aussi ceux qui alimentent le plus le réseau des UQ (Université du Québec à), qui sont elles aussi en région, que ce soit à Trois-Rivières, à Rimouski ou en Outaouais ».

« En abolissant les cégeps, les étudiants devraient aller dans les grands centres urbains, ce qui nuirait à l’accessibilité aux études dans les régions du Québec », déplore la directrice générale du Cégep de Sorel-Tracy, qui indique que son établissement a connu une hausse d’inscriptions de plus de 40 %.

Des propos offensants

Le président de l'Association étudiante du Cégep de Sorel-Tracy, Marc-André Jean-Montenegro était outré que François Legault ait décrit le milieu collégial comme un endroit qui incite à la consommation de drogue et au décrochage.

« C'est déplorable, surtout venant de la part de quelqu'un que les Québécois semblent vouloir suivre, pestait-il. À la limite, c'est carrément offensant. Qu'il vienne faire un tour au Cégep de Sorel-Tracy et il va se rendre compte que ce qu'il dit est complètement ridicule ».

« Ça encourage les préjugés et les stéréotypes. Il n'y a personne ici qui se promène avec un joint dans la bouche, et je n'en ai jamais vu qui fume sur le terrain du cégep. Ce n'est pas un lieu de débauche, comme il le sous-entend. Nous nous efforçons d'en faire un milieu dynamique, qui soit propice aux études », ajoute-t-il.

« Pour ce qui est d'encourager le décrochage, ce n'est pas vrai non plus. Il n'a pas de preuve de ce qu'il avance. Ce sont des propos en l'air, continue le représentant des étudiants du Cégep de Sorel-Tracy. Le Cégep est une zone tampon entre le secondaire et l'université qui nous permet souvent de nous réorienter. C'est mieux de le faire au cégep qu'à l'université, parce que les frais sont beaucoup plus élevés ».

Le président de l'association étudiante s'opposait aussi vertement à la hausse des frais de scolarité, une idée qu'appuie François Legault. Tout au long du mois d'octobre, lui et son équipe informeront les étudiants sur les tenants et aboutissants des hausses proposées par le gouvernement avant de décider quelles seront les mesures à enclencher. « Si des moyens de pression se font, ce sera en novembre », indique-t-il.

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