L’innommable
Bien qu’en place que depuis deux années, M. Hébert porte son lot de confidences douloureuses, mais aussi de souvenirs vifs et indélébiles. (Photo: Pascal Cournoyer)
En poste depuis deux années, l’intervenant Serge Hébert a un parcours atypique. Électricien de formation, l’homme a été mené vers son nouveau domaine de formation par les aléas – et les souffrances – de la vie. « Au fil des années, plus d’une vingtaine de collègues et de connaissances se sont suicidés », confie-t-il candidement. « C’était un sujet tabou à l’époque… et ce l’est toujours aujourd’hui. »
Selon Serge Hébert, la violence qui se manifeste – ou qui est subite - chez certains hommes serait, en fait, le symptôme d’un mal plus profond. « C’est connu. Un homme, c’est fort! Un homme, ça ne pleure pas! Ainsi, les hommes ne sont pas portés à se confier ou à demander de l’aide », ajoute-t-il. Plusieurs étiquettes collent à cette affliction – « dépression », par exemple – mais peu de gens en parlent ouvertement. On susurre, on chuchote, bien sûr, mais la définition est toujours obtuse et les recours, eux, demeurent méconnus. « Les comportements violents sont parfois des symptômes d’une dépression qu’ils ne peuvent accepter » , résume-t-il.
« Le hockey, les femmes et le Canadian Tire »
Organisme communautaire fondé en 1986 et lié au réseau provincial À coeur d’homme, un réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence, l’équipe de la Maison Le Passeur mise sur la responsabilisation et offre des consultations individuelles pour des hommes vivant des situations difficiles allant d’une rupture amoureuse à la perte d’un emploi en passant par le deuil et la solitude. Le collectif tient aussi des séances de groupe rudement efficaces selon Hébert. « C’est une excellente expérience, un excellent moyen de sociabiliser », croit-il.
« Les hommes vont parler de hockey, de femmes ou du Canadian Tire avant de se confier. En écoutant les autres le faire, les “nouveaux” se reconnaissent et vont apprendre à se dévoiler ». Mieux encore, ces hommes y prennent goût. « Ça fait du bien! », glisse-t-il en souriant.
Le spectre de Guy Turcotte
Depuis la fameuse affaire Turcotte, la Maison Le Passeur a reçu beaucoup d’appels d’hommes en détresse. « Les gens doivent être sensibilisés », affirme l’intervenant. « On parle davantage de suicides, mais toujours pas d’homicides, qui demeurent un sujet tabou. Le public doit pourtant être éduqué, être sensibilisé aux signes avant-coureurs. » Et, toujours M. Hébert, la population doit aussi apprendre à encaisser la réponse. « Peu de personnes oseront demander à un homme s’il a envie de tuer ou de se tuer », tranche-t-il. « Et plusieurs d’entre eux ne sauront quoi faire avec la réponse. »
Financement, projets et souvenirs
Bien que l’organisme communautaire dépend des contributions de ses « clients » – des « dons » souvent liés aux situations financières particulières de ceux-ci - et du financement offert par des mécènes comme Centraide, la Maison Le Passeur multiplie les projets malgré une certaine précarité. Ainsi, cet été, le collectif a monté un projet pour adolescentes et adolescents dépressifs lié à la boxe et à la sensibilisation. De plus, M. Hébert prévoit organiser une projection publique d’un documentaire choc sur le sujet.
En place que depuis deux années, M. Hébert porte déjà son lot de confidences douloureuses, mais aussi de souvenirs vifs et indélébiles. « Un client m’a déjà dit que s’il ne nous avait pas consultés, il se serait tué. Y’a pas de paie au monde qui peut remplacer ça! », glisse-t-il, l’oeil brillant.
Pour avoir plus de détails sur la Maison Le Passeur, consultez le www.maisonlepasseur.com.
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