Derrière l’entrepreneure et la mère de famille se cache Julie Bourassa… une femme courageuse!
Le 15 septembre dernier, la conseillère en orientation Julie Bourassa donnait une conférence devant plus de 75 personnes ayant pour thème la pertinence de s'orienter tout au long de la vie. Derrière cette femme forte et énergique se cache également une battante, puisqu’en 2009, Julie apprenait soudainement, à 38 ans, qu’elle était atteinte d’un cancer du sein.
Quand as-tu appris que tu avais le cancer?
J’étais en voyage en Espagne avec mes deux filles, Sophie et Camille, âgées en 2009 de 1½ an et de 3 ans. J’ai découvert durant mes vacances une bosse très dure qui ressemblait à une grosse bille. À mon retour, je suis immédiatement allée voir le médecin. J’ai appris que j’avais le cancer par… téléphone! On voulait m’éviter le voyagement à Montréal. J’étais sur mon lieu de travail. À l’annonce de la nouvelle, j’ai commencé à trembler, puis je suis tombée en état de choc. Mon mari a dû venir me chercher.
Comment se sont déroulés tes traitements?
Sur le plan des soins, ça a été super. Ma sœur est infirmière-chef à l’Hôpital juif de Montréal. La gynécologue obstétricienne qui m’avait accouchée et ma sœur m’ont pris en charge à l’interne et j’ai toujours été soignée à Montréal. J’ai fait un protocole de recherche et j’ai eu tous les scans inimaginables et prises de sang. Mes tumeurs avaient presque disparues après mon deuxième traitement de chimiothérapie. J’ai été opérée pour enlever le reste de la tumeur et deux ganglions, puis, j’ai fait de la radiothérapie. C’est grâce à la recherche qu’il y a un taux de survie si élevé. Ma crainte, c’est qu’on en vienne à banaliser le cancer du sein, avec tout le « marketing rose », et que les gens se tannent. Pourtant, la recherche est si importante.
Ton type de cancer est différent, parle-nous-en…
J’ai eu un cancer très rare, qui n’est pas héréditaire, ni lié au mode de vie. C’est vraiment un accident de la vie que j’associe à une surcharge émotive. C’est comme ça que je me l’explique. Dans mon cas, les trois premières années sont les plus risquées. Si après huit ans, je n’ai pas de symptômes, je serai vraiment libérée. Je sens dans mon cœur que je le suis déjà.
Quels ont été les impacts sur ton travail?
Quand c’est arrivé, j’avais une résidence pour personnes âgées et j’occupais un poste temporaire à la Commission scolaire comme conseillère en orientation. En fait, quand j’ai annoncé que j’investiguais sur un problème de santé – sans même avoir le diagnostic de cancer – en 24 heures seulement, tous les résidents nous avaient quittés, des personnes à qui tu te donnes corps et âme. Mon mari Stéphane avait quitté son emploi pour travailler avec moi. Malgré tout, on était privilégiés parce que j’avais des assurances. Des fondations nous ont aidés et mon conjoint s’est retrouvé un emploi. Heureusement, parce que j’ai côtoyé des femmes à l’hôpital qui refusaient des traitements pour payer leur loyer. Je trouve que c’est quelque chose dont on n’entend pas souvent parler….
En tant que mère de jeunes enfants, comment cela s’est-il passé?
Mes filles se faisaient garder lors de mes traitements et c’était la pire douleur pour moi. Je ne voulais pas les inquiéter. C’est ma famille et celle de Stéphane qui en prenaient soin. À un moment donné, j’ai dû accepter le fait que je n’allais peut-être pas pouvoir prendre soin d’elles toute ma vie. J’ai appris à voir mes proches comme des remplacements pour mes filles, que j’aime le plus au monde. Ça a été le début de ma libération!
Tes filles étaient très jeunes, comment le vivaient-elles?
Camille voyait que mes cheveux n’étaient plus là et elle comprenait que j’avais un « bobo ». Aujourd’hui, on dirait qu’elles ne se rappellent plus que j’ai été malade. Le lendemain de ma chimio, je manquais d’énergie, mais je ne laissais rien voir. Je me reposais quand elles étaient à la garderie.
Comment te sens-tu en tant que femme?
En plus de voir mes cheveux et mes cils tombés, mes gencives saignaient et j’avais mal au nez. C’est sûr qu’entre saigner des gencives et mourir, il n’y a rien là! Mais psychologiquement, j’aurais capoté me faire enlever mon sein. Moi, je me dis qu’aucun autre homme que mon mari ne voudrait de moi… c’est clair qu’un homme en choisirait une autre que moi. Mon mari ne les voit pas mes cicatrices! N’empêche que j’ai rétabli mon image corporelle face à moi-même, mais pas encore face à l’autre.
Séance de photos spéciale réalisée par la photographe sociale NathB (www.nathb.ca) et la maquilleuse artistique Stéphanie Brunelle (www.bouclette.ca).
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