Des constructions qui risquent de ne jamais voir le jour…
Si les besoins en logements sociaux se font sentir dans l’ensemble du Québec – 261 000 ménages locataires au total –, ils le sont également dans la MRC de Pierre-De Saurel. (Photo : Pascal Cournoyer)
Se priver de nourriture. Limiter ses dépenses en chauffage. Élever ses enfants dans des conditions insalubres. Difficile de faire autrement quand le tiers, voire la moitié de notre revenu est consacré au paiement du loyer mensuel. Si l’on est une mère monoparentale, une personne âgée à faible revenu ou encore, que l’on souffre d’une maladie mentale, l’accès à un logement social peut faire toute la différence dans notre vie.
Des besoins importants
Si les besoins en logements sociaux se font sentir dans l’ensemble du Québec – 261 000 ménages locataires au total –, ils le sont également dans la MRC de Pierre-De Saurel. Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) était de passage dans les rues de Sorel-Tracy avec sa caravane samedi dernier dans le cadre d’une vaste campagne nationale. Le FRAPRU revendique aux deux paliers de gouvernement supérieurs le financement de 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans à l’échelle du Québec.
Parmi ceux-ci, 200 seraient construits dans la MRC de Pierre-De Saurel, dont 160 à Sorel-Tracy même. Selon Gilles Bellerose, président d’Action Logement Pierre-de-Saurel, « pour notre MRC uniquement, il y a environ 2 400 ménages qui consacrent plus de 30 % de leurs revenus pour payer leur loyer, et ce chiffre grimpe jusqu’à 50 % pour 820 d’entre eux ».
Dans le cas de Sorel-Tracy, précise François Saillant, coordonnateur au FRAPRU, ce sont 2000 ménages qui paient plus que la norme de 30 %, dont 655 à raison de 50 %. « Même si le loyer moyen reste plus bas à Sorel-Tracy qu’à l’échelle nationale (496 $ au printemps 2011), le revenu moyen est quant à lui inférieur de 7 000 $ à la moyenne québécoise ».
M. Bellerose a également commenté l’insalubrité de plusieurs logements dans la région, une situation qu’il a qualifiée « d’épidémique », en plus de souligner l’inflation du prix des loyers qui sévit depuis quelques années. « C’est toujours le même loyer, qu’on augmente de 100 $ ou 200 $ », affirme-t-il.
Pour sa part, Claude Daigle, directrice générale du Groupe de ressources techniques en habitation dans la région de Sorel-Tracy (GRTHS), a rappelé que près de 32 % des locataires de Sorel-Tracy sont âgés de plus de 65 ans, une moyenne de loin supérieures à celle de l’ensemble du Québec, et une clientèle susceptible de profiter de la création de logements communautaires. « Actuellement, le GRTHS soutient trois projets totalisant près de 48 unités de logements qui risquent de ne pas voir le jour. Ce serait autant de ménages qui ne verraient pas se concrétiser une solution adéquate à leur besoin de logement », déplore-t-elle. Pour la région, il s’agirait également d’une perte d’investissements totaux de quelque 6 720 000 $ et de 57 emplois.
Des coupures inacceptables
« Pour nous, c’est totalement inacceptable que le gouvernement fédéral s’entête à vouloir dépenser 30 milliards de dollars pour l’achat d’avions F-35 et que seulement 225 millions soient accordés pour le logement dans l’ensemble du Canada », a laissé savoir François Saillant, qui a aussi rappelé l’engagement électoral de Jean Charest en 2008 concernant le financement de 3 000 logements sur cinq ans, qui se voit amputé du tiers cette année. Quant à Louis Plamondon, député de Bas-Richelieu—Nicolet—Bécancour, il a rappelé que le Québec obtenait 114 millions d’Ottawa pour le logement social, un montant qui va passer à 58 millions. « Hier [7 octobre 2011], le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, suggérait au Québec de couper dans ses mesures sociales pour pouvoir payer ses prisons. »
L’exemple inspirant des Habitations Saint-Maxime
Situées à l'angle des rues Adélaïde et Albert, les Habitations Saint-Maxime permettent depuis deux ans à des familles à faible revenu de la région de se loger adéquatement. Résidente des Habitations Saint-Maxime et vice-présidente du conseil d’administration, Karine Lachapelle a vu sa qualité de vie transformée depuis qu’elle habite dans son nouveau logement en 2009. « Ça a permis à mes enfants de suivre des cours qui n’auraient pas été possibles pour eux. J’ai une fille qui a été malade et nous avons eu beaucoup de dettes, que nous pouvons désormais rembourser. Elle avait besoin de beaucoup de médicaments et de pompes. Et depuis qu’on reste là, avec les échangeurs d’air qui ont été installés, ma fille n’a plus besoin de pompes, ni de prendre certains médicaments. Ça nous aide beaucoup », confie-t-elle, visiblement émue.
« Des familles ont réussi à accumuler assez de sous pour retourner aux études ou même pour acheter une maison, renchérit Claude Daigle du GRTHS. Comme dans le cas de la fille de Karine, cela a permis à d’autres enfants d’aller mieux au point de vue de la santé. Et cela a même contribué à revitaliser le secteur. Les gens ne se rendent pas toujours compte combien les impacts sont grands. » Les Habitations Saint-Maxime comptent 20 logements, et de fait, plusieurs enfants y habitent. Mme Lachapelle se réjouit de voir les enfants jouer ensemble. « Leurs amis sont dans leur cours. Ça enlève de l’inquiétude. Ils sont moins isolés! C’est vraiment une petite communauté. »
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