Plein feu sur les travailleurs de l’ombre
Louise Houle et Monique Thibault de l’Afeas régionale Richelieu-Yamaska.
Chaque jour, des parents, des aidants et des bénévoles veillent à l'éducation et aux soins des enfants et prodiguent des soins à leurs proches malades, handicapés ou en perte d'autonomie. Qualifié de travail invisible - parce que non rémunéré, non reconnu, ni quantifié dans les comptes nationaux du pays - son apport est pourtant essentiel dans notre société.
C'est pourquoi l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (l'Afeas) décidera de faire reconnaître, en 2001, la « Journée nationale du travail invisible », laquelle sera célébrée cette année le 3 avril. Il y a deux ans, cette journée devenait « nationale » avec l'adoption d'une motion par la Chambre des communes du Canada.
Pour Louise Houle, de l'Afeas régionale Richelieu-Yamaska, « cette journée permet de sortir de l'ombre ce travail exceptionnel et à l'Afeas, de poursuivre ses actions pour en obtenir la reconnaissance sociale et économique, ce qui progresse lentement. Par exemple, on demande une compensation sur l'impôt pour la perte de salaire. Souvent, ce n'est pas nécessairement par choix qu'on doit quitter son emploi », rappelle-t-elle. Selon les statistiques de 2005, les mères et les pères consacrent respectivement 2 heures et 1,4 heure par jour aux soins de leurs enfants âgés de 5 ans et moins. Parmi la population, 21,3 % des femmes et 15,8 % des hommes effectuent du travail invisible en prenant soin ou en aidant des personnes âgées.
Pour l'Afeas, il s'agit de milliers d'heures non calculées et, la plupart du temps, non reconnues comme apport à notre société. L'organisation fait également valoir que les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes seraient en partie attribuables à cette non-reconnaissance et au partage inéquitable de ce travail, pourtant essentiel à la cohésion et au développement de toute la société. « Le dévouement et la générosité de ces travailleuses et travailleurs sont exceptionnels. Disons-leur merci au moins une fois dans l'année », de conclure Mme Houle.
Aidante naturelle de mère en fille : l'histoire de Monique Thibault
Monique Thibault, une femme active et membre de l'Afeas, connaît bien ce qu'on appelle « le travail invisible », car elle a pris soin de ses parents jusqu'à leurs derniers jours.
Au fil des années, son père, un ancien chef cuisinier, avait dû subir une amputation et avait progressivement perdu l'usage de ses yeux. Après son décès, Mme Thibault a pris soin de sa mère, décédée il y a six ans, jusqu'à ses 90 ans. Placer sa mère, Mme Thibault n'y a même pas songé, puisqu'elle a toujours partagé la demeure familiale - une maison ancestrale à Saint-Joseph-de-Sorel - avec ses parents. « Ma mère avait pris soin de ses propres parents. Et je pouvais compter sur l'appui de mon conjoint, de mes cousines. Mes parents étaient des gens du public; il y avait toujours quelqu'un qui passait à la maison », illustre-t-elle.
Ses journées, elle les élaborait en fonction de ses parents : aide au bain au lever, planification des repas, des sorties, etc. « Oui, ça demande beaucoup d'abstraction, d'amour et de générosité. Mais en échange, on reçoit également beaucoup d'amour et c'est valorisant. Pour moi, c'est un plaisir de dire que j'ai pris soin de mes parents. Il faut dire que des mercis, j'en ai entendu... ça me résonne encore dans les oreilles! », s'exclame-t-elle, les yeux brillants. On pourrait croire qu'elle a dû faire de nombreux sacrifices dans sa vie, ce à quoi elle rétorque « qu'elle n'a jamais rien raté, pas un Noël. » Elle constate aussi que l'aide apportée à ses parents lui a permis de faire son deuil lors de leur départ, puisqu'elle a le sentiment d'avoir donné tout ce qu'elle a pu, conclut-elle.
Marche à relais le 5 avril
L'Afeas régionale Richelieu-Yamaska invite la population à se joindre à une marche à relais, organisée dans le cadre de la Journée du travail invisible, le 5 avril prochain, aux Galeries de St-Hyacinthe, de 11 h à 13 h 15. Pour information : 450 742-1188 ou www.afeas.qc.ca, ou encore la page Facebook de l'Afeas.
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