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Suicide chez les aînés: en parler pour le prévenir le pire

Le 23 mai dernier avait lieu la Journée régionale sur le suicide et les aînés en Montérégie, rassemblant une centaine d’intervenants de la Montérégie animés par la même cause : la prévention du suicide chez les gens âgés de 65 ans et plus. Si la tendance, dans les pays industrialisés, est à la hausse quant au nombre de suicides dans cette catégorie d’âge, on note plutôt l’inverse dans la région.

Au cours des trois dernières années, une personne âgée de 65 ans et plus s’est enlevé la vie dans la région, chaque année. Évidemment, ce sont des décès qu’on voudrait éviter à tout prix. « Mais globalement, durant cette journée région, on a constaté que les aînés se portent bien », indique Marie-Line St-Arnaud, directrice générale du Centre de prévention du suicide (CPS) Pierre-De Saurel. « Les éléments qui font en sorte que cette pyramide-là est inversée par rapport aux autres pays, on ne les connait pas encore tous, mais il y a certains facteurs de protection qui entrent en ligne de compte ».

Parmi ceux-ci, il y a les pratiques religieuses, encore nombreuses chez les gens de 65 ans et plus, le soutien social, le système de santé et de services sociaux, gratuit et universel, qui contribue à assurer le bien-être des aînés. Les expériences de vie joueraient également un rôle important.

Solitude et isolement

 « Cela dit, avance Mme St-Arnaud, on a aussi constaté qu'il y avait énormément de détresse parmi nos aînés. On pense que la majorité de nos personnes âgées sont dans les CHSLD, mais cela représente seulement 3 % de la population. Les autres personnes de 65 ans et plus habitent chez elles à raison de 90 %, et à partir de 85 ans, c'est 63 %. Dans les milieux urbains, comme dans les milieux ruraux, il y a de la solitude et de l’isolement ».

Par ailleurs, on pourrait penser que les problèmes de santé physique ou les maladies chroniques sont des facteurs de risques pour les aînés; or, ce n’est pas nécessairement le cas, fait valoir Mme St-Arnaud. « Comme dans tous les autres groupes d’âge, un trouble mental, particulièrement une dépression, est le facteur de risque de suicide que l’on retrouve le plus souvent chez les aînés ».

Cependant, il semble que le diagnostic de démence (la maladie d’Alzheimer incluse) protège contre le suicide. Ces données sont toutefois controversées et il est possible qu’au début du développement d’une démence, le risque puisse augmenter. Mais lors de l’évolution de la démence, la personne affectée n’est plus consciente de ses problèmes, elle souffre moins ou la démence avancée l’empêche de mettre en œuvre une tentative de suicide. Les abus chez les aînés et la violence psychologique peuvent être aussi des facteurs déterminants.

Bien que les décès par suicide soient bien répertoriés au Québec, il existe une zone d’ombre. Comme l’indique Mme St-Arnaud, « les gens qui ont des pratiques religieuses ne vont pas mettre fin à leurs jours de manière brusque, mais elles vont parfois s'abandonner tranquillement, d'une manière ou d'une autre, jusqu'à en mourir : arrêt de la prise de médicaments, malnutrition, etc. Est-ce qu'on peut appeler ça un suicide? Là est la grande question… », de conclure la directrice générale.  

Portrait local

La MRC de Pierre-De Saurel compte beaucoup plus d'aînés qu'ailleurs. « C'est un phénomène de vieillissement accéléré, ajoute Marie-Line St-Arnaud, directrice générale du CPS Pierre-De Saurel. Il y a 21 % de personnes âgées de 65 ans et plus ».

Dans l’ensemble du Québec, les aînés de 65 ans et plus ont le 2e taux de suicide le plus bas avec 20,3 décès par 100 000 personnes (le plus bas revient aux 15-19 ans avec 11,9 décès par 100 000 personnes), tandis qu'on parle de 33,9 décès par 100 000 personnes chez les hommes de 35 à 49 ans. « Il faut faire attention quand on regarde les statistiques et les taux de décès. Étant donné qu'on a une plus grande proportion d'aînés ici, c'est sûr que le nombre de suicides dans cette catégorie devrait augmenter. Mais si on le transforme en taux par rapport au nombre total de personnes, celui-ci diminue », précise-t-elle.

En 10 ans, de façon générale, le suicide a diminué de 30 % (on tourne autour de 1 000 décès par année, contrairement à 1 600 en 2000) et on note une baisse de 50 % du nombre de suicides sur le territoire de la MRC de Pierre-De Saurel de 2009 à aujourd’hui. « C'est encore énorme et c'est exponentiel. Pour chacun des décès, il y a au moins 10 personnes de touchées, et ce, chaque année », de conclure cette dernière.

Parce que le suicide n’est pas une option

Depuis janvier dernier, la population de la MRC de Pierre-De Saurel peut compter sur un nouveau service d’hébergement d’urgence développé par le Centre de prévention du suicide (CPS) Pierre-De Saurel. Ce service, entièrement gratuit, est offert 7 jours sur 7 et veille à répondre aux besoins d’une clientèle âgée de 18 ans et plus qui vit des difficultés psychosociales ou de la détresse psychologique liée à la santé mentale ou à une crise suicidaire. Deux lits d’urgence sont réservés à l’accueil des personnes qui, lors de leur séjour, sont accompagnées et soutenues dans le cheminement pour recouvrer leur équilibre.

Ce nouveau service permet à l’organisme d’être encore mieux outillé pour faire face à des situations déstabilisantes ou de grandes souffrances psychologiques, permettant de plus de réduire le nombre d’hospitalisations. De janvier à avril dernier, 14 personnes ont pu bénéficier de ce service. Ce nouveau service d’hébergement vient, par le fait même, bonifier les services d’aide déjà offerts aux hommes de la région par la Maison Le Passeur, qui ne pouvait pas offrir le service d’hébergement aux hommes en détresse, contrairement aux femmes qui peuvent se tourner vers la Maison La Source.

Besoin d’aide?

Pour connaître les différents critères d’admission et le mode de fonctionnement du service d’hébergement d’urgence, ou pour obtenir de l’aide et de l’écoute, on contacte le CPS Pierre-De Saurel par le biais de la ligne d’intervention gratuite 1 866 APPELLE (277-3553), disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Pour de plus amples informations, on visite le www.cpspierredesaurel.com ou la nouvelle vitrine Web qui regroupe toutes les ressources d’aide disponibles en Montérégie à www.parlerdusuicide.com. En cas d’abus, les aînés ou leurs proches peuvent composer gratuitement la Ligne Aide Abus Aînés au 1 888 489-2287 ou pour une urgence suicidaire, le 1 866 277-3553.

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