Le poids du silence
Ali Sweeney.
La pauvreté, la violence psychologique, les agressions sexuelles et les pensées suicidaires sont venues assombrir l’enfance d’une petite fille, puis son adolescence. Aujourd’hui, la jeune femme qu’elle est devenue a réalisé son plus grand rêve : celui de devenir ambulancière.
Après un long parcours parsemé d’obstacles, Ali Sweeny touche désormais au bonheur. Elle souhaite que son témoignage soit porteur d’espoir et permette à d’autres victimes de voir le soleil après la tempête.
La petite Ali n'a que 6 ans lorsqu'elle subit ses premières agressions sexuelles. Ils sont commis par deux adultes, en qui elle a confiance, alors qu'elle se fait garder.
« Je pleurais tout le long. Encore aujourd'hui, je me souviens exactement des gestes posés, comme si c'était hier. J’ai vu et entendu des choses qu’aucun enfant ne devrait voir, ni entendre. »
Si elle garde le silence à l'époque, c'est avant tout parce qu'elle a peur des répercussions et qu'on ne la croit pas. « J'ai tout refoulé. Comment un enfant en bas âge peut faire la différence entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas ? Bien que j'arrivais à cacher ma souffrance par l'humour, à 9 ans, si ma mère n’avait pas été là, je m’enlevais la vie. »
Puis, à compter de 11 ans, Ali sombre dans la dépression et tente d'atténuer sa souffrance en consommant du LSD et de l'alcool. Après avoir été terrorisée, elle devient celle qu'on craint à l'école.
L'enfer de la violence psychologique
Or, la jeune Ali n'est pas au bout de ses peines. Les années les plus dures de sa vie l'attendent. Lorsqu'elle a 14 ans, sa mère s'éprend d'un homme qui se montre rapidement sous son vrai jour : manipulateur et cruel.
Pendant deux ans et demi, celle qui avait toujours été son pilier, « sa source d'amour » comme elle l'appelle, se transforme progressivement sous ses yeux. « Je voyais ma mère s'affaiblir moralement et physiquement et je ne pouvais pas l'aider. »
L'homme fait régner un climat de peur constant à la maison. « J'avais juste le droit d'aller à l'école. Mes amis n'étaient pas au courant. Le plus terrible était de ne pas savoir si, à mon retour de l'école, ma mère serait toujours vivante. Il avait d'ailleurs planifié de la tuer le soir de Noël », se souvient-elle.
Heureusement, il n'arrivera pas à ses fins, puisqu'elles parviennent à s'enfuir in extremis de la maison pour demander de l'aide.
Le temps n'efface pas les souvenirs
« Les gens n'ont même pas idée des ravages que peuvent causer des agressions sexuelles et la violence psychologique sur une vie entière », affirme-t-elle. Maux de tête, malaises physiques, manque de confiance envers les hommes, visites à répétition chez le psychologue, séjour en psychiatrie, blocages, idées suicidaires : Ali Sweeney a dû les surmonter un à un.
« Il arrive un moment où les obstacles s’enchaînent tellement qu’on ne les voit même plus venir, on les subit, les yeux fermés. On voit notre corps intact, alors on croit qu’on n’a rien eu, mais c’est le squelette qui prend le choc et, sur lui, le temps n’effacera rien. »
Alors qu'elle touche le fond à 25 ans, elle prend la décision de remonter à la surface et s'accroche à son rêve, celui de devenir ambulancière.
Des projets pour aider les autres
Aujourd'hui, elle est une paramédic comblée. Elle est aussi la maman de trois enfants. Après plusieurs années de thérapies, de développement personnel et de lectures, elle peut désormais affirmer qu'elle touche au bonheur.
La jeune femme souhaite faire le tour des écoles primaires pour sensibiliser les enfants à dénoncer toute forme de violence psychologique, physique et sexuelle, et ce, dès leur plus jeune âge.
Elle travaille aussi à la réalisation d'un calendrier présentant les paramédics dans leur travail quotidien et dont les recettes de vente iront à Opération Enfant Soleil. Oui, derrière la tempête, se cache le soleil.
Ali Sweeney invite les gens qui le désirent à la joindre par courriel à [email protected].
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