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La force des liens faibles

L’enseignante en sociologie au Cégep de Sorel-Tracy, Myriam Beauchesne.
Photo: Courtoisie, Lanciault Photographie

L’enseignante en sociologie au Cégep de Sorel-Tracy, Myriam Beauchesne.

Se rendre le dimanche matin au bazar de l’église pour vendre nos vêtements ou brocher la photo de notre chat perdu sur un poteau de téléphone : voilà des habitudes qui se sont perdues au fil des années au profit des réseaux sociaux. Sorel-Tracy a désormais son Grand Bazar virtuel sur Facebook et sa page des animaux perdus et retrouvés. Comment ce changement s’est-il opéré ?

L’enseignante en sociologie au cégep de Sorel-Tracy, Myriam Beauchesne, invoque notamment la théorie de la « force des liens faibles », énoncée par le spécialiste de la sociologie des réseaux Mark Granovetter… en 1973 !

« Plus tu as un lien fort avec quelqu’un, moins il t’est utile dans le cadre d’un partage d’informations dans un réseau. Si je perds mon chat, c’est sûr que je vais le dire à mon chum, à mes parents et à mes meilleurs amis, explique-t-elle. Ils vont s’en parler entre eux, puisque nous partageons sensiblement le même réseau.

Mais si je le dis à quelqu’un que je connais vaguement – l’ami d’un ami – cette personne-là à tout un réseau que moi je ne connais pas. En partageant la photo de mon chat dans un réseau ''neuf'', j’augmente mes chances de le retrouver. »

À son avis, les réseaux sociaux permettent la diffusion de l’information à grande échelle parce qu’elle regroupe des personnes qui ont des liens faibles. Elle reconnait aussi que l’investissement en terme d’efforts est beaucoup moins grand – partager une photo par exemple – que de se déplacer.

L’exemple s’applique tout aussi bien lorsque vient le temps de se départir de ses électroménagers ou des vêtements du petit dernier.

Le mythe de l’ado

L’enseignante déconstruit aussi le mythe voulant que l’utilisateur d’Internet soit encore un jeune adolescent isolé dans son sous-sol qui passe ses soirées là-dessus pour palier à un manque de vie sociale.

« Dans les faits, ce n’est plus ça », dit-elle. De fait, les instigatrices de pages comme Le Grand Bazar de Sorel-Tracy ou Animaux perdus / trouvés Sorel-Tracy sont principalement des femmes, attirées par l’aspect participatif du Web 2.0.

« Avec les réseaux sociaux, c’est une nouvelle façon de créer des liens. Si deux personnes de Sorel-Tracy échangent sur Internet, il se peut facilement qu’elles veulent se rencontrer dans la vraie vie. Le cliché qu’on avait dans les années 1990, début 2000, que la relation numérique remplace la relation dans la vie réelle, se confirme de moins en moins », conclut-elle.  

Pour poursuivre la réflexion, Mme Beauchesne propose deux articles de la revue Sciences humaines : Une réinvention du lien social (http://www.scienceshumaines.com/une-reinvention-du-lien-social_fr_26155.html) et Trois idées reçues sur Internet (http://www.scienceshumaines.com/trois-idees-recues-sur-internet_fr_27529.html).

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